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Vincent van Gogh : la folie, le mythe et un art entré dans l’Histoire

Agathe Lautréamont 11 août 2016

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Depuis son ouverture au public, en 1973, c’est la première fois que le musée van Gogh d’Amsterdam consacre une exposition temporaire à la maladie qui rongea le peintre au cours des dernières années de sa vie, au point pense-t-on, de le conduire au suicide dans un champ de blé d’Auvers-sur-Oise, en 1890. Pourquoi se trancher l’oreille ? Pourquoi se suicider ? D’où venaient ses régulières crises de démence qui l’empêchaient de peindre parfois durant des semaines ? L’institution néerlandaise propose un accrochage d’une grande pudeur, passionnant et qui heureusement, se garde bien de prendre parti… Au prix parfois, d’oublis difficilement compréhensibles.

Vincent van Gogh, Self-Portrait as a Painter, 1887 - 1888

Vincent van Gogh, Autoportrait, 1887-1888 © Musée van Gogh, Amsterdam

Pas moins de vingt-cinq tableaux et dessins, des extraits de correspondance, des ordonnances et des témoignages de l’entourage de Vincent van Gogh ont été réunis pour ce qui s’annonçait, bien avant son ouverture au public, comme un événement important de la vie culturelle d’Amsterdam. Le musée van Gogh propose en effet depuis le 12 juillet dernier l’exposition On the verge of sanity : van Gogh and his illness (titre difficilement traduisible, que l’on pourrait comprendre comme « Au bord de la raison : van Gogh et sa maladie »), un parcours qui, s’il ne peut apporter un diagnostic définitif, explore  le mal dont souffrait réellement le grand artiste.

Le parcours du musée néerlandais débute à Arles, dans le sud de la France. Nous sommes en 1888, l’artiste peint frénétiquement toile sur toile, reproduisant les paysages arides et colorés de cette région qui l’inspire tant. Au mois d’octobre, il est rejoint par son ami le peintre Paul Gauguin, et entame avec lui une collaboration difficile, où les tensions, les divergences d’opinion et la différence de productivité creusent très vite un fossé trop grand.

Suite à une violente dispute entre les deux hommes, le 23 décembre 1888, van Gogh se tranche l’oreille dans un geste d’une violence inouïe. Et déjà, les premières révélations de l’exposition surviennent. Comme on l’a cru pendant très longtemps, l’artiste originaire de la région du Brabant ne s’est pas coupé le lobe, mais bien l’oreille entière, rageusement mais méthodiquement. Le doute est levé grâce à un courrier de la main du docteur Félix Rey qui vient d’être découvert (le praticien qui prit soin de van Gogh à Arles), rédigé en 1930 et qui contient un croquis de la mutilation que le peintre s’était infligé.

rey

Lettre du docteur Félix Rey représentant la mutilation de van Gogh, 1930 © Musée van Gogh, Amsterdam

1888-1890

À partir de ce coup de théâtre passionnant, l’exposition du musée van Gogh déroule le fil des mésaventures de l’artiste. Les peintures choisies pour illustrer le parcours sont des autoportraits du maître, mais aussi des toiles exécutées à Arles (l’une d’entre elles représente, en bonne place, une bouteille d’absinthe à moitié vide…) ou à Saint-Rémy-de-Provence, au sein de l’asile psychiatrique dans lequel van Gogh fut interné volontaire. Paradoxalement, à cette période de sa vie, ses crises de démence dont il ne dit jamais rien (ou si peu !) dans sa correspondance avec son frère Theo sont particulièrement violentes.

Elles le font tomber dans la neurasthénie, troublent sa vision, le poussent à avaler ses tubes de peinture… Et pourtant, inlassablement, van Gogh se remet, reprend ses esprits, et réalise les œuvres les plus colorées de toute sa carrière. Les touches sont épaisses et frénétiques, les couleurs joyeuses, les formes rondes et dansantes. C’est donc à la fin de sa vie qu’il a défini véritablement une nouvelle forme d’art ; une définition qui coïncide avec la perte progressive de sa raison.

Vincent van Gogh, The Garden of the Asylum 1889

Vincent van Gogh, Jardin de l’asile de Saint-Rémy, 1888 © Musée van Gogh, Amsterdam

Des oublis

Et c’est probablement là où le musée van Gogh commet une erreur. Si l’exposition se garde bien d’apporter une réponse ferme et précise aux spéculations sur la maladie du peintre et apporte un parcours tout en pudeur et en discrétion, celui-ci précisément a décidé de se centrer sur la dernière partie de la vie de l’artiste, à partir du jour où il se mutila d’une façon aussi cruelle. Pourtant, une lecture de la correspondance de Vincent van Gogh pourrait apporter un éclairage tout autre sur le mal qui le rongeait ; or cette correspondance entre les deux frères n’est que très peu mise en avant dans le parcours. Les seules lettres exposées sont celles de ses médecins ou de son frère échangeant avec les praticiens d’Arles et de Saint-Rémy.

Une lecture de l’intense échange de lettres entre Vincent et Theodorus (entre 1872 et 1890) montre que la réalité n’est pas aussi simple, et surtout aussi concentrée dans le temps que l’exposition veut bien le faire croire. La vie de van Gogh fut faite d’indigence. Face à la pauvreté et aux difficultés, son caractère devint instable, passant de l’excitation la plus intense à l’abattement le plus abyssal. Isolé, renfermé, incapable de se faire apprécier des femmes dont il tombait amoureux (à l’exception de Sien, la prostituée dont il prit soin à La Haye), se heurtant à l’incompréhension des marchands d’art, son tempérament changeant doit en plus être couplé à une santé malmenée.

Capable de jeûner pendant des jours faute d’argent, sa santé déclina très vite : il perdait ses dents et pouvait rester alité, faible, plusieurs jours de suite, trompant ses maux de ventre par la consommation d’alcool ou de traitements médicaux de l’époque. Une telle condition de vie, une existence aussi morose et une incompréhension farouche des galeristes pourraient suffire à miner le moral et la santé mentale du plus solide des individus.

Paul Gauguin, Vincent van Gogh Painting Sunflowers, 1888

Paul Gauguin, Vincent van Gogh peignant les tournesols, 1888 © Vincent van Gogh Foundation

Une vision romantique

Comment alors, s’étonner de le voir s’effondrer de plus en plus fréquemment, de plus en plus violemment, vers la fin de sa vie ? L’étape finale de l’exposition du musée d’Amsterdam, intitulée « Les derniers mois », là aussi se concentre sur les possibilités cliniques qui pourraient expliquer le geste de van Gogh, un axe de recherche illustré par tout un pan de mur sur lequel ont été répertoriées les différentes maladies avancées pour expliquer le « cas van Gogh » depuis le début du XXe siècle (de l’épilepsie à la bipolarité en passant par l’empoisonnement au plomb et la maladie de Ménière).

Pourtant, là encore, le musée van Gogh tourne le dos à la parole du peintre, qui, dans sa correspondance avec son frère Theo, apporte une clé qui ne serait pas à négliger sur son suicide manqué (le pauvre artiste mettra un peu moins de deux jours à mourir de sa blessure au thorax).  Quelques jours avant ce 27 juillet 1890 où il se tire un coup de pistolet, Vincent avait reçu une lettre de Theodorus. Son frère cadet lui faisait part de ses soucis financiers, qui tombaient au plus mal puisqu’il avait désormais un petit enfant à charge. Vincent van Gogh prit peur.

Cela faisait tant d’années qu’il vivait au crochet de son frère, dépendant entièrement de ses envois d’argent tous les mois pour pouvoir subsister. Conscient du poids qu’il représentait pour Theo, constatant que ses toiles ne se vendaient toujours pas, peut-être a-t-il estimé que c’en était trop, et qu’il ne pouvait plus être un boulet accroché à la cheville de son cadet. Peut-être.

Revolvers, type ‘Lefaucheux à broche’, 7mm, 1865-1873, private collection. Photo Jan-Kees Steenman

Revolver de type Lefaucheux à broche, 7mm © Musée van Gogh – Jan Kees Steenman

Demi-teinte

L’exposition du musée van Gogh, On the verge of sanity, est donc une semi-réussite. Prudente, documentée, éclairante, elle a le mérite d’apporter des informations inédites et bienvenues sur l’existence tragique de Vincent van Gogh (lettres des médecins, pistolet qu’il aurait utilisé à Auvers-sur-Oise, croquis de l’oreille coupée…) et propose un parcours tout en pudeur et en prudence. Malgré tout, le musée a simplement fait un choix orienté qui romance, voire dramatise la vie de van Gogh, pour le spectacle mais au détriment des faits. Après tout, il est tellement tentant de taxer les grands génies artistiques de fous ou de malades, n’est-ce pas ?

Si jamais une virée culturelle du côté des Pays-Bas vous tente, rendez-vous sur la page officielle de l’office de tourisme néerlandais !

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