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Rencontres d’Arles : HyongRyol Bak, la poésie et l’empreinte de l’Humanité

Jéremy Billault 11 août 2016

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Cet été, pendant tout la période des Rencontres d’Arles, la Manuel Rivera-Ortiz Foundation accueille le travail de HyongRyol Bak, un jeune photographe coréen peu connu en Europe. Entre nature apaisée et formes géométriques à la précision chirurgicale, l’artiste coréen est certainement l’une des plus belles découvertes de l’été. Evidemment on partage, le tout en images !

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On pensait presque avoir tout vu. En ce qui concerne l’art coréen, on pensait que la France avait été servie, plongée dans les délices exceptionnels d’une année France-Corée riche en événements. Du XVème siècle à l’art contemporain, de la céramique à la mode et au design, la Corée a régalé nos yeux pendant une année qui est sur le point de s’achever, à la fin du mois d’août, pour laisser place à la Colombie. On pensait donc avoir tout vu, avoir fait un tour quasi-exhaustif de ce que la Corée avait dans le ventre. Et puis on est tombé sur HyongRyol Bak.

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C’est dans le maelström très hétéroclite (une quarantaine d’expos) des Rencontres d’Arles, l’Eldorado des amateurs de photos, que cette expo discrète nous a surpris, en marge des grands noms. Un peu hors-programme (en entrée libre, comme toutes celles de la Manuel Rivera-Ortiz Foundation qui l’accueille) et officiellement en dehors du cadre de cette année France-Corée, la perle de l’été s’appelle HyongRyol Bak, photographe coréen pour l’instant méconnu en Europe mais dont l’arrivée pourrait être fracassante.

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Face aux quelques œuvres de l’expo présentée à Arles, difficile d’interpréter dès le premier coup d’œil ce que l’on regarde.  Des photos abstraites, des formes géométriques profondément ancrées dans un environnement aux allures toutes naturelles : une chose est claire, il va falloir prendre le temps. Paisiblement. C’est alors qu’on pense avoir affaire à du Land Art, à des œuvres créées in situ sur lesquelles la nature reprend ses droits et à des photos qui en seront le seul témoignage. Mais, à défaut d’être plus que ça, c’est autre chose. Car chez HyongRyol Bak, ce qui compte, c’est la photo elle-même, l’esthétique et le symbole. Loin de tout, dans des endroits déserts, il intervient, il taille, il creuse, il créé, il met en place une forme incrustée dans l’environnement pour en arriver là, à sa photo.

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Là où Andres Serrano manipule nos esprits dans ses photos gorgées de symboles, HyongRyol Bak manipule la nature. Dans les deux cas, le choc esthétique est pur. Chez l’artiste coréen, la frivolité hasardeuse d’un environnement naturel qu’on peine parfois à identifier rencontre la perfection de la technologie humaine. A travers des prises de vue aériennes qui jouent sur les perspectives (on se perd entre le minuscule et le monumental), Bak matérialise notre empreinte, celle de l’Humanité.

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Les couleurs changent au fil des environnements, d’un point de vue purement esthétique, le photographe surprend autant qu’il apaise, dans la lignée tranquille et ralentie du slow mouvement. Et on réfléchit. Cette brèche dans l’eau, parfaitement géométrique, mais violente comme un Fontana, la violence de l’humanité qui se fait une place dans la nature innocente mais toujours avec harmonie. On se perd, on admire, on s’admire et on l’admire, tant l’idée de chaque photo est une idée fulgurante, une idée graphique, plasticienne et absolument poétique.

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On reconnait bien là la légèreté coréenne, toujours gracieuse lorsqu’il s’agit de toucher au Monde, au grand, à ce qui pèse, partout, à l’immuable. On pense aux grandes toiles de  Lee Kang So, aux vidéos reposantes de Lee Nam Nam (tous deux notamment aperçus lors de la dernière Art Paris Art Fair) ou même à quelques œuvres beaucoup plus anciennes, comme celles du musée Guimet et leurs personnages, leurs Hommes minuscules mais centraux au milieu de l’immensité des montagnes.

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Le travail de HyongRyol Bak est monumental, lui et ses équipes investissent pendant des heures des sites naturels éloignés de toute civilisation pour y installer leurs outils de précision et finalement aboutir à une seule et unique photo, à une forme parfois minimaliste mais, elle aussi, centrale. A quelques jours de la fin des festivités, la Manuel Rivera-Ortiz Foundation ouvre la perspective coréenne sur un avenir brillant, celui d’une photo contemporaine habitée esthétique et engagée qui, on en est sûr, s’emparera très bientôt de l’Europe toute entière.

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