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Before I die : pourquoi l’œuvre de la Gare de Lyon est-elle légitime ?

Agathe Lautréamont 11 août 2016

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« Anxiogène, macabre, terrifiant, mal venu… » Dans le hall de la Gare de Lyon, à Paris, une œuvre d’art contemporain fait polémique à peine installée. Son titre ? Before I die (« Avant de mourir »). Le principe ? Un grand tableau noir d’école sur lequel, à la craie, les passants sont invités à écrire leurs désirs ou leurs souhaits ; ce qu’ils rêveraient de faire avant de mourir. Chaque ligne est recouverte d’une phrase, laissée par un voyageur anonyme, traduisant un enthousiasme certain de la part des passants. Pourtant, les critiques ne cessent de pleuvoir depuis son apparition en début de mois.

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Le tableau de la Gare de Lyon, août 2016 © DR

À l’origine, une idée née à la Nouvelle Orléans, en 2011. Candy Chang, une artiste américano-taïwanaise voit son existence bouleversée par la disparition d’un membre de son entourage. Suite à ce drame, elle inscrit à la craie blanche ce début de phrase : « Before I die, I want to… » sur le mur d’une maison abandonnée et incite dans le même temps les passants à faire de même. Les photos des inscriptions se mettent alors très vite à circuler sur les réseaux sociaux, et l’initiative plaît tant qu’elle se trouve reprise dans plus de 2000 villes réparties dans 70 pays différents.

À l’occasion d’une conférence TED, Chang s’était expliquée de sa démarche, arguant que parler de la mort ne devrait pas être un sujet tabou mais au contraire, responsabilise l’être humain, tandis qu’investir l’espace commun s’avère un excellent reflet de ce qui importe aux individus et aux sociétés.

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Une passante participe à l’oeuvre © AFP – Bertrand Guay

Renouer des liens

Ce n’est pas la première fois que l’œuvre collaborative de Candy Chang apparaît sur le sol français. Le grand tableau noir avait ainsi été installé auparavant comme du côté d’Avignon en 2013, à Paris en 2014, à Saint-Dié-des-Vosges en 2015 et enfin à Belfort, au mois de mars dernier. Malheureusement, à une époque où les attentats terroristes sur le sol français se multiplient et deviennent de plus en plus fréquents, l’œuvre de l’artiste américaine n’est manifestement plus la bienvenue, d’autant plus installée dans un espace public comme une gare, qui représente une cible de choix pour les terroristes.

Face à la déferlante de critiques, la SNCF s’est bien sûr défendue d’avoir voulu créer un écho à l’actualité ensanglantée de ces derniers mois. Au contraire, celle-ci jette un pont entre l’œuvre et l’installation (datant d’il y a plusieurs années) de pianos en libre accès dans les gares. L’idée serait sensiblement la même : créer un lien entre les individus, ajouter une note de créativité et de gaîté dans un quotidien banal et répétitif, remettre l’accent sur le partage et le dialogue.

L’installation des pianos est d’ailleurs une belle réussite, il n’est pas rare de constater régulièrement des rassemblements autour de pianistes/chanteurs d’un jour qui apportent un peu de musique et de bonne humeur le temps de quelques minutes. On écoute, on apprécie, on applaudit, et un peu de soleil a été apporté dans notre journée.

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L’installation en Gare de Lyon © SNCF

Choquer, interroger : le rôle de l’art ?

Ainsi, depuis le début du mois d’août, les voyageurs en attente de leur train à la Gare de Lyon peuvent donc s’emparer d’un bout de craie et inscrire leur rêve sur ce tableau, installé au pied de l’imposante verrière du fameux restaurant « Le train bleu ». Une pause artistique et pleine d’espoir entre les publicités pour le dernier portable à la mode ou une boutique de biscuits industriels. Il est amusant de détailler toutes les inscriptions laissées là par les anonymes. « Voyager dans l’espace », « voir mes enfants réussir », « être enfin moi », « te revoir <3 », « aller à Hawaï », « devenir maître Jedi », « faire un massage à Céline Dion » ou actualité oblige « capturer un Pikachu » !

Malheureusement, nombreux sont ceux qui pointent du doigt cette initiative de la SNCF, rappelant l’actualité sombre de ces derniers mois. Pourtant, lors de son installation à Belfort en mars 2016, l’œuvre n’avait pas provoqué autant de remous, alors d’où provient le problème, cette fois-ci ? Peut-être est-ce l’emplacement qui a mal été choisi pour « Before I die ». Les gares ferroviaires étant très fréquentées, elles représentent des cibles privilégiées pour les terroristes, et les passants pourraient faire un parallèle morbide entre le début de phrase « Avant de mourir, je voudrais… » et les militaires de l’opération Sentinelle patrouillant à l’intérieur de la gare.

Memento mori ?

Il serait donc réducteur de voir dans l’œuvre de Candy Chang un simple « memento mori » macabre installé là pour rappeler à tout un chacun que nous sommes mortels. Dans une société de plus en plus codifiée, où les liens entre les individus se distendent et où la fantaisie cède peu à peu la place à l’efficacité au travail et à la course après la montre, donner la possibilité à tout un chacun de révéler ce qu’il a sur le cœur et de placer ainsi un peu d’espoir et de magie dans le monde devrait être considéré d’un bon œil.

Le fait est qu’il convient de ne pas se limiter à la phrase « Avant de mourir, je voudrais… » mais bien à ce qui suit. L’œuvre de Candy Chang rappelle qu’avant d’être un individu anonyme travaillant et rentrant chez lui le soir, il y a une somme de rêve, des désirs inassouvis, des envies qui guident une existence, des passions qui nous font du bien. Le tout, saupoudré de fantaisie et d’une bonne dose d’humour. Ne disait-on pas, en janvier 2015, que l’humour et la culture étaient de bons remparts contre le fanatisme ?

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