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Le Palazzo Strozzi célèbre Peggy Guggenheim : portrait d’une collectionneuse du XXème siècle

exponaute 4 août 2016

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La légende, quelque peu misogyne, voudrait que Peggy Guggenheim ait grandi au sein d’une famille de nantis et qu’elle ait reçu, en héritage de son oncle Salomon, un goût sûr et aiguisé pour les œuvres d’art de son temps. Pourtant il n’en est rien, le père de Peggy est décédé sans grande fortune alors qu’elle venait de célébrer ses 21 ans et il faudra attendre les années 1940 pour que les collections de Peggy et de l’illustre Salomon, soient enfin réunies. La jeune Peggy a su travailler son œil, grâce à des fréquentations choisies avec talent au cours des ses voyages : Jean Cocteau et André Breton bien sûr, mais également Samuel Beckett, Marx Ernst, Giacometti ou Fernand Léger sans oublier, plus tard, le sulfureux Jackson Pollock ou le spirituel Mark Rothko. En citant ses amis les plus proches, Peggy offre un panorama précis de l’histoire de l’art du XXème siècle. C’est ce regard si bienveillant sur les avant-gardes européennes puis américaines que le Palazzo Strozzi a décidé de mettre à l’honneur en ce début d’été. Un hommage aussi flamboyant que le regard de cette collectionneuse engagée.

Courir de salle en salle, tourner fébrilement la tête en sachant pertinemment que la prochaine pièce coupera le souffle. C’est sur une immense photographie du Musée Guggenheim de New York que l’exposition s’ouvre. Bâtiment emblématique de la Grande Pomme imaginé par Franck Loyd Wright, il est  intrinsèquement lié à l’histoire et au rayonnement de la famille Guggenheim.

Quelques mètres plus loin, les prémices de l’abstraction sont à l’honneur avec une pièce maîtresse de Vassily Kandinsky : “Courbe dominante”.  Dès la deuxième salle, c’est dans l’univers de Peggy que le visiteur est plongé. Les premières pièces mettent en exergue les hésitations de la jeune Peggy : séduite spontanément par l’univers onirique et étrange des surréalistes avec notamment des œuvres incroyables de Paul Delvaux, Dali et Duchamp, elle s’intéresse simultanément aux premières abstractions de Kandinsky, et sait reconnaître instantanément le génie de Giacometti ou celui de Max Ernst.

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Vasily Kandinsky, Courbe dominante , 1936

Ces noms, sont ceux de ses amis qu’elle expose d’abord dans sa galerie de Londres dès 1936. Mais le continent européen est secoué par la seconde guerre mondiale et l’exode. Elle se fait alors protectrice de ces artistes. Elle vend une partie de sa collection pour payer les billets d’avions des artistes dont elle est mécène vers les États-Unis. Pour la petite histoire, son oncle Salomon, officiellement en désaccord avec les choix esthétiques de sa nièce, lui achètera en secret une partie de ces œuvres, qu’elle parviendra à lui racheter quelques décennies plus tard. 

A partir des années 1960, la création du vieux continent semble prendre la poussière. Peggy recentre ses recherches sur la scène américaine. Elle découvre le sulfureux Jackson Pollock, sublime le travail de Mark Rothko. Mais Peggy a soif d’art, l’expressionnisme abstrait l’a fasciné. Elle reste ouverte, et semble fiévreuse de toujours plus acheter, accumuler. Si les américains sont passés à une peinture gestuelle, les européens restent dans l’observation de l’avant garde américaine et leur peinture conserve un centre de gravité. Fontana, Léger, Burri ou Dubuffet font face aux concepts De Kooning, à la pop culture de Lichstenstein…

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Jackson Pollock, Mural, 1943 ©Gift of Peggy Guggenheim, 1959

Mais si on ne devait retenir qu’un seul artiste, ce serait sans doute, Francis Bacon. Ni tout à fait abstrait, ni tout à fait surréaliste, il est peut être celui qui synthétise le mieux l’individualisme et la solitude de Peggy. “L’étude du singe” trônera d’ailleurs jusqu’à la fin de sa vie au dessus de son lit.

Cette exposition est une forme de rétrospective du travail de collectionneuse de Peggy Guggenheim. La force de l’accrochage réside dans la personnification de l’espace: au quatre coins de l’exposition, des traces tangibles et personnelles de l’existence de Peggy ponctuent l’expérience immersive. Elle rappelle à quel point cette femme sût être libre, humaniste, passionnée et jusqu’au-boutiste dans sa quête esthétique.

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