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Quand David LaChapelle rend hommage à Edward Hopper

Agathe Lautréamont 3 août 2016

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Quand le géant américain du réalisme en peinture reçoit un hommage appuyé de la part de la star de la photographie contemporaine, il n’y a pas à dire : c’est une rencontre au sommet ! Jusqu’au 11 septembre prochain, la Edward Hopper House a invité le photographe déjanté David LaChapelle à investir l’institution avec plusieurs photographies originales, toutes inspirées de l’univers vespéral de Hopper et réalisées spécialement à l’occasion de cette exposition temporaire… Découverte en images.

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David LaChapelle, Gas Station, 2016 © Courtesy Edward Hopper House

Le réalisme austère et sans concession de l’univers du peintre américain Edward Hopper (1882-1967) peut-il s’accommoder de celui, pop et bariolé, du photographe David LaChapelle ? Il semblerait que le musée Edward Hopper House ait décidé de relever le défi, et le résultat est aussi brillant (au sens propre comme au figuré) qu’étonnant ! Jusqu’au mois de septembre prochain, LaChapelle présente six tirages de grande taille issus de sa série de photographie intitulée « Gas Station » (Station-service, en anglais).

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David LaChapelle, Gas Station, 2016 © Courtesy Edward Hopper House

Bien sûr, le premier coup d’œil permet tout de suite de reconnaître l’hommage à une huile sur toile célèbre de Hopper, « Gas », exécutée en 1940. Afin de recréer l’atmosphère désolée et sombre de l’œuvre du peintre étasunien, tout en y injectant sa propre patte significative (c’est-à-dire à grands coups de néons fluorescents et de couleurs qui brûlent quelque peu la rétine), l’artiste controversé et volontiers provocateur a créé des maquettes de stations-essence à partir de matériaux épars, récupérés çà et là. Il a ensuite installé ces maquettes au beau milieu de la nature luxuriante qui s’étire sur l’île de Maui, à Hawaii, où il vit et travaille.

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Edward Hopper, Gas, 1940 © EdwardHopper.net

C’est donc une interprétation bien personnelle que nous livre là David LaChapelle. On imagine en effet mal Edward Hopper s’adapter à l’univers fou et bigarré du photographe des stars, qui a bâti sa renommée grâce à un univers résolument provocant (apologie de la drogue, critique de la société de consommation, références à la culture LGBT)  mais qui sait également lorgner du côté des grands maîtres du passé pour la composition de ses images les plus célèbres (il n’hésite pas à citer la Renaissance italienne dans ses références).

Face au photographe excentrique, on trouve un Hopper à la peinture empreinte de réalisme et de naturalisme, représentant des scènes simple de la vie quotidienne de la classe moyenne américaine. Ce témoin des mutations sociales de son pays, à l’univers pictural identifiable entre tous, représente donc une curieuse source d’inspiration pour LaChapelle.

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David LaChapelle, Gas Station, 2016 © Courtesy Edward Hopper House

Et pourtant, ça marche ! Car au-delà de rendre hommage à Hopper, le photographe américain a fait sienne l’œuvre du peintre, en y glissant ses propres influences et préoccupations. La forêt vierge de nos jours se trouve constamment menacée par l’industrialisation galopante et l’exploitation des richesses qui se trouvent en sous-sol.

Et pourtant ici, c’est bien la nature qui reprend le dessus en enveloppe peu à peu la station-service abandonnée, promise à être peu à peu engloutie par la densité de la forêt. Avec ces photographies, LaChapelle livre donc un clin d’œil intéressant à l’histoire de l’art, mais livre également une critique acerbe de la dépendance de notre époque aux énergies fossiles comme de notre volonté constante de maîtriser ou détruire la nature qui nous entoure.

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