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Et si Pokémon Go était une bénédiction pour le patrimoine ?

Jéremy Billault 1 août 2016

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Depuis plusieurs semaines, Pokémon Go, application qui utilise la réalité augmentée pour permettre à ses utilisateurs de chasser des pokémons dans le monde réel, est au cœur des débats. Pour certains, le jeu est une occasion en or qui envoie se promener des millions de joueurs, pour d’autres, une supercherie abrutissante de plus. En dehors de ce débat, l’application pourrait être, objectivement, un véritable coup de pouce pour la curiosité et la découverte de l’art et du patrimoine…

 

Application du diable ou jeu révolutionnaire, Pokémon Go, le tube technologique de l’été, en est rapidement devenu la saga. Fait-il miraculeusement sortir le méchant geek ultra-sédentaire de sa grotte ténébreuse ? Ou a-t-il, au contraire, transformé le monde en une map gigantesque à travers laquelle s’enferment toujours plus des joueurs en quête de sensations illusoires ? Réalité augmentée versus  réalité diminuée, randonneur versus zombie, chacun sa version. En ce qui nous concerne, l’intérêt de cette application au succès phénoménal n’est pas tant la balade en elle-même que son parcours, dicté par les Arènes et autres Pokéstops qui en plus de sortir les joueurs, pourraient bien les faire sortir au bon endroit. N’en déplaise à la Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Pokémon Go et curiosité pourraient bien faire bon ménage.

Exploration

stops

© Géo 

Pour ceux qui seraient déjà un peu largués, Pokémon Go est une application gratuite qui permet au joueur de capturer, en allant à leur rencontre, les pokémons qui apparaissent sur leur chemin. Pour les capturer, il faut, entre autres, des pokéballs, pokéballs que l’on trouve majoritairement en passant par des Pokéstops, situés un peu partout. Un peu partout et, autant que possible, dans un endroit digne d’intérêt : art public, statues, sculptures, monuments, street-art, les Pokéstops en question ont souvent affaire au patrimoine, photos (et parfois même descriptions) à l’appui. Le parcours idéal d’un dresseur de Pokémon d’un point A à un point B sera donc celui qui suivra le plus d’œuvres d’art et de patrimoine dans l’espace public.  Une sculpture, un lieu emblématique, un Invader, l’application est souvent une opportunité de découvrir des œuvres discrètes, y compris pour le plus fin observateur, y compris dans son propre quartier. Une communauté de joueurs a même décidé, au rythme des promenades et des découvertes, d’aider une association qui référence les Monuments aux morts de la Grande Guerre.

Evidemment, beaucoup de dresseurs ne prennent pas le temps de niaiser devant les nombreux Pokéstops qui rythment leur chasse, mais de temps à autres, on se laisse surprendre. Parfois même, ils n’ont pas vraiment le choix. C’est le cas dans les parcs et les jardins publics, spots les plus rentables et, on s’en aperçoit très vite, les plus fréquentés :  les dresseurs placent des leurres (qui, pendant 30 minutes, attirent les pokémons autour d’un Pokéstops précis) et restent aux alentours car, une fois n’est pas coutume, c’est le pokémon qui vient à eux. Or les pokéstops de ce genre d’endroits sont majoritairement des statues, des fontaines, des sculptures au pied desquelles on reste et on attend. Et on admire.

Mew-seum

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Magicarpe au Brooklyn Museum, à New York

Face au succès phénoménal de Pokémon Go dans le monde entier, les musées ont rapidement saisi l’opportunité d’augmenter leur fréquentation. Si, en France, les musées n’hésitent pas à utiliser les pokémons pour attirer les dresseurs, aux Etats-Unis, les institutions culturelles ont fait un grand pas vers ce nouveau public potentiel.  Le MoMA, par exemple, revendique fièrement ses deux Pokéstops (et se qualifie lui-même de Mew-seum, tmtc) constamment abreuvés en leurres pour attirer le dresseur opportuniste à l’entrée et à l’intérieur du musée. Mais c’est le Philadelphia Museum of Art qui a poussé le plus loin la chasse aux chasseurs. En s’appuyant sur les 8 Pokéstops alentours, le musée est allé jusqu’à organiser des rencontres (qui connaissent généralement un grand succès) pendant ses horaires « pay what you wish » ( payez le prix que vous voulez). La démarche se veut non-lucrative mais bel et bien ouverte au public adepte de Pokémon Go, le musée étant « enthousiasmé par l’idée d’un jeu créatif ». Et les chiffres sont là : 25% de visiteurs supplémentaires par rapport à l’année dernière à la même période et, surtout, 13% de plus que la semaine précédente.

 

Pour les dresseurs eux-même, une visite au musée peut s’avérer très prolifique : elle permet de marcher (on fait éclore des œufs à coups de kilomètres), de croiser des pokémons parfois rares tout en profitant de l’éventuel wi-fi du musée pour ne pas épuiser trop rapidement sa 4G. A bon entendeur…

Centre Pompidoudou

 

Reste à savoir si le fait de déplacer les foules est suffisant. Et, à moins de considérer de manière caricaturale les millions de joueurs comme littéralement abrutis par l’écran de leur smartphone, l’application est profitable. L’immense majorité des dresseur fait la part des choses et ceux qui se rendent au musée pourraient se rendre ailleurs. Un Roucool devant un Degas n’empêchera jamais un dresseur d’admirer ledit Degas après avoir capturé ledit Roucool. A terme, rêvons un peu, l’application pourrait même enrichir la visite : à coups de Pokéstops et de descriptions aux quatre coins des musées, on arrive vite à une visite guidée. Pour l’heure, seul McDonald’s compte passer un tel partenariat avec Niantic mais l’idée  s’inscrirait dans la ligne de l’application, qui pousse les dresseurs à explorer le patrimoine de leur ville. Quoi qu’il en soit, le musée du Quai Branly remportera probablement la palme du musée Pokéfriendly et mettra tout le monde d’accord dans l’expo Persona qui, bien avant Pokémon Go, exposait déjà ces mystérieuses créatures.

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