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Reconstruire la flèche de la basilique de Saint Denis : bonne ou mauvaise idée ?

Agathe Lautréamont 29 juillet 2016

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L’idée a été initiée en 1987, puis tombée en dormance, avant d’être relancée en 2013 par Didier Paillard, Patrick Braouezec et Erik Orsenna. Celle de rendre à la basilique de Saint-Denis son aspect d’origine, à savoir sa monumentale flèche qui fut démontée au XIXe siècle. Après bien des hésitations de la part de l’État, le Ministère de la Culture a lancé en fin de cette semaine des études de faisabilité de ce projet pharaonique, qui peine encore cependant à s’attirer tous les suffrages…

2BDM ARCHITECTURE ET PATRIMOINE basilique today

La basilique de Saint-Denis, en 2016 © 2BDM Architecture et Patrimoine

Des propres mots du maire de Saint-Denis, Didier Paillard, remonter la flèche de la basilique de Saint-Denis permettrait de « redonner à ce monument sa majesté et son intégrité, pour une reconquête du centre-ville ». À nouveau sorti des cartons en 2013, l’idée de rendre à l’édifice religieux sa flèche n’était pourtant pas gagné d’avance, tant l’initiative divisait profondément aussi bien la classe dirigeante que les riverains.

Mais en cette fin de mois de juillet 2016, il semblerait que la situation veuille bien se décanter. La DRAC île-de-France, qui s’est réunie au début du mois, a clarifié le protocole des études de faisabilité, donnant espoir aux trois principaux acteurs de cette reconstruction : Didier Paillard (actuel maire PCF de Saint-Denis), son prédécesseur Patrick Braouezec et l’architecte en chef des Monuments Historiques responsable de la cathédrale Jacques Moulin.

Du côté de l’association de promotion et de soutien du chantier, « Suivez la flèche », on est déjà sur les chapeaux de roue pour lancer des campagnes de sensibilisation et d’information auprès des habitants de Saint-Denis, pour que les principaux intéressés puissent donner leur opinion à ce sujet.

Des soutiens de tout bord

3D©WNS-STUDIO

Plan pour une éventuelle reconstruction, 2015 © WNS – Studio

Première étape dans le chemin de la reconstruction de la flèche : réaliser des relevés techniques dès cet été, ces derniers permettront de vérifier la compatibilité d’une telle érection monumentale avec deux éléments du paysage local qui bien sûr n’existaient pas à l’époque de la flèche : le métro à quelques pas de la basilique et surtout l’aéroport du Bourget, à quelques kilomètres. Les résultats seront ensuite transmis au Ministère de la Culture, qui devra ensuite donner, ou non, son feu vert.

Si le chantier est accepté, il devrait démarrer aux alentours de l’automne 2017. Pourtant, il y a encore peu, l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti n’avait pas masqué son hostilité vis-à-vis de ce projet gigantesque, arguant qu’il était une mauvaise idée de restituer à l’identique une partie des édifices anciens. Un avis que ne partage pas le président de la République, qui lors d’une visite à Saint-Denis en 2015, s’était au contraire montré favorable à cette reconstruction.

S’axant sur la même ligne de conduite que le chef de l’État, d’autres personnalités comme Philippe Bélaval (président du CMN), Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d’Île-de-France) ou encore l’animateur Stéphane Bern avaient apporté leur soutien à l’initiative. On le voit, le projet a le mérite de transcender les différences de couleurs politiques !

Un vrai coup de pouce pour la municipalité

musée de saint denis

Photogrpahie d’époque montrant la basilique et sa flèche © Musée d’Histoire de Saint Denis

La mairie de Saint-Denis ne cache pas son enthousiasme face à cette initiative. Un chantier d’une telle envergure serait en effet promesse de renouveau touristique pour la commune et aiderait probablement le publique à se rendre davantage à l’intérieur de la basilique qui pour le moment, est de loin devancée par sa rivale de toujours, Notre-Dame de Paris. Le monument de l’île de la Cité attire chaque année 13 millions de visiteurs. À côté, la nécropole des rois de France fait grise mine avec « seulement » 160 000 visiteurs au compteur… Une restauration pourrait-elle rendre la basilique plus attractive ? Oui, si l’on prend l’exemple de la cathédrale d’Orléans qui suite à un récent gros coup de propre, a gagné pas moins de 170 000 visiteurs !

La mairie rendrait ainsi le chantier accessible au grand public, en organisant des visites guidées, des conférences, ainsi qu’une riche médiation autour de l’événement. Un chantier qui, tout de même, devrait s’étaler sur une bonne décennie, ce qui ne fait pas peur à la municipalité, bien au contraire. Plus le chantier dure dans le temps, et plus nombreux seront les curieux à admirer les travaux. Un espace de médiation serait installé dans la cathédrale afin d’expliquer aux visiteurs ce qui se trame là-haut, et serait l’occasion de jeter une lumière bienvenue sur les techniques et métiers ancestraux nécessaires à l’érection d’une telle construction.

La médiation en elle-même serait assurée par des jeunes dionysiens (gentilé de Saint-Denis) et les ouvriers mêleraient aussi bien professionnels du bâtiment que jeunes en réinsertion. Objectif également inavoué : redorer un peu le blason de la commune, qui souffre de son image de banlieue à problème (en particulier depuis les attentats du 13 novembre).

Des oppositions

basilique avec fleche

Reconstitution 3D de ce que donnerait la basilique avec sa flèche © WNS – Studio

Malheureusement, l’idée ne fait pas l’unanimité, en particulier du côté des farouches défenseurs de la Charte de Venise signée par la France en 1964. Cette charte condamne en effet, en principe, toute reconstruction à l’identique d’un édifice disparu de longue date, avançant le respect de l’Histoire et l’authenticité des édifices comme arguments principaux. Les destructions et modifications du patrimoine font partie de l’histoire de celui-ci, et revenir en arrière serait en quelque sorte « falsifier » l’historique du monument en question, là où un édifice doit se révéler une sorte de « palimpseste » pour reprendre le mot de l’historien Alexandre Gady.

Les éternels grognons avancent également la question pécuniaire. Le chantier, lors d’une première évaluation en 2013, avait en effet été chiffré à 25 millions d’euros. Une somme qui, selon les auto-déclarés défenseurs du patrimoine, pourrait être utilisée pour rénover d’autres monuments qui souffrent bien sûr des affres du temps. De plus, le mécénat privé et les billets d’entrée ne suffiraient pas, selon eux, à réunir la somme nécessaire à un tel chantier, ce qui forcerait le contribuable à mettre la main à la poche. Mais le contribuable est-il tant gêné que cela de devenir acteur de son patrimoine ? Enfin les détracteurs du projet pointent du doigt ce qu’ils voient comme « un coup de communication », un objectif qui tendrait avant tout à dynamiser la ville de Saint-Denis plutôt qu’un véritable souci pour la beauté de la nécropole royale.

Enfin, les critiques avancent qu’il serait de mauvais ton de vouloir construire une toute nouvelle flèche, faite avec des matériaux de notre temps, sur un lieu de culte presque millénaire. C’est oublier un peu rapidement qu’en 1847, la flèche n’a pas été « démolie » mais bel et bien démontée ! Tandis que les matériaux ont été soigneusement stockés au chevet de la cathédrale, attendant une éventuelle reconstruction.

Reste à savoir maintenant si le chantier démarrera bien dans le courant de l’année prochaine. Le Ministère de la Culture doit encore donner son feu vert au début de ce chantier titanesque sur un des joyaux du patrimoine français.

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