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La famille Nathanson par Christoffer Eckersberg : histoire d’un portrait

Agathe Lautréamont 25 juillet 2016

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Si vous n’avez encore jamais eu l’occasion de visiter la Fondation Custodia, jolie institution culturelle du septième arrondissement de Paris, cet été est le moment idéal ! En effet, l’espace artistique propose pendant toute la durée des beaux jours une exposition événement, dédiée à un artiste rare dans nos contrées mais considéré comme un maître au Danemark (son pays d’origine) : Christoffer Wilhelm Eckersberg. Considéré comme la figure de proue de l’âge d’or danois, Eckersberg s’est illustré aussi bien dans le paysage que dans le portrait. Aujourd’hui, focus sur une de ses œuvres les plus célèbres : La famille Nathanson.

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C.W. Eckersberg, La famille Nathanson, 1818 © Statens Museum for Kunst, Copenhagen

Après plusieurs années de voyages à l’étranger (France, Italie…), Christoffer Eckersberg revint au Danemark en 1816, en tant qu’artiste accompli, fort d’un passage dans l’atelier de Jacques-Louis David et d’une pratique intensive de la peinture de paysage à Rome. Mais ces voyages furent possibles en grande partie grâce à l’argent que lui versèrent ses mécènes tout au long de sa formation. Une fois de retour sur ses terres natales, il était normal pour Eckersberg de les remercier de leur générosité en réalisant, en signe de gratitude, leurs portraits.

Or, un de ses mécènes les plus généreux n’était autre que Mendel Levin Nathanson. Celui-ci arriva au Danemark à l’âge de douze ans, pauvre migrant d’origine juive, mais ne tarda pas à s’élever parmi les plus hautes sphères de l’économie danoise. Économiste, magnat de la presse et marchand, sa fortune fut rapidement faite ; et celui-ci se tourna alors vers les arts, devenant un généreux bienfaiteur pour de nombreux artistes de son pays d’adoption.

En 1818, Nathanson passa donc commande à Christoffer Eckersberg d’un portrait de lui et de sa famille. Dix personnes devaient donc apparaître sur la toile : l’influent marchand, son épouse et leurs huit enfants ! Un portrait comptant autant de protagonistes fut une première pour Eckersberg, qui s’en sortit pour autant avec brio, et la commande fut livrée la même année. On y voit le couple Nathanson dans leur riche intérieur, accueillis gaiement par leurs nombreux enfants.

Bella and Hanna. Mendel Levin Nathanson’s Elder Daughters by Christoffer Eckersberg (1820)

C.W. Eckersberg, Bella et Hanna. filles de Mendel Nathanson, 1820 © Statens Museum for Kunst, Copenhagen

Ascension sociale

Bien sûr, cette commande était accompagnée de nombreuses règles par le commanditaire, Nathanson ayant des exigences bien spécifiques concernant ce tableau ; celui-devant renvoyer une image précise de cette famille de Copenhague : le portrait devait rendre compte de l’influence du cercle familial tout comme de son statut social élevé. Malgré tout, nous ne sommes pas là face à la représentation d’un groupe de personnes issu de l’aristocratie, mais bien d’une vie à la bourgeoise : la classe moyenne danoise gagnait peu à peu en importance au début du XIXe siècle, grâce à des fortunes bâties via le labeur et le flaire, et non plus seulement grâce à un nom prestigieux ou un héritage important.

Mais Nathanson cherchait également à prouver qu’il s’était parfaitement inséré dans la société danoise de ce début de siècle, et ce malgré ses origines étrangères. C’est pourquoi chaque élément sur cette toile a été parfaitement étudié, tout comme la gestuelle des différents protagonistes, qui n’a pas été choisie au hasard. Héritage de sa formation auprès de David, Eckersberg a positionné ses modèles en ligne, à la manière des bas-reliefs de l’Antiquité grecque, tandis que leurs regards sont en accord avec les différentes diagonales qui traversent le tableau.

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C.W. Eckersberg, Esquisse préparatoire au portrait de la famille Nathanson, 1818 © Wikimedia Commons

Une image très étudiée

L’œuvre représente une famille heureuse, soudée, qui apprécie de se réunir. L’idée était réellement de donner une image idéale du cercle familial, à tel point qu’une esquisse préparatoire à l’œuvre montre une toute autre scène originellement imaginée par Eckersberg : sur ce premier jet, les enfants dansaient la ronde autour de leurs parents. Ce premier choix, peut-être jugé trop brouillon, a finalement été abandonné par le peintre danois au profit d’une composition plus classique, moins intimiste, qui serait plus digne d’être montrée au grand public afin de refléter une atmosphère de respectabilité et de rectitude.

Ainsi, ce portrait peint par Christoffer Eckersberg rassemble toutes les caractéristiques d’une œuvre issue d’une commission : l’artiste n’a pas eu les mains libres pour exécuter le portrait, tant son commanditaire s’est montré soucieux de sa réputation et de l’image qu’il allait renvoyer de son cercle familial. Le couple Nathanson, qui venait d’être reçu par la reine du Danemark en personne peu avant l’exécution du tableau, montre ici non pas une simple vie de parents, mais bien l’ascension d’une puissante famille bourgeoise.

C. W. ECKERSBERG

01/06/2016 > 14/08/2016

Fondation Custodia

PARIS

Pour la première fois, la France accueille une exposition monographique de Christoffer Wilhelm Eckersberg, artiste danois majeur du XIXe si...

Exposition terminée
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