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Depuis plus de 50 ans, il construit seul sa propre cathédrale

Jéremy Billault 21 juillet 2016

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A quelques kilomètres de Madrid, un monument un peu spécial attire un public curieux et de plus en plus nombreux. Ce monument, encore en construction, est une cathédrale construite par un seul homme depuis une cinquantaine d’années, un homme sans aucune notion d’architecture ni même de maçonnerie qui, depuis des années, récupère des matériaux un peu partout pour ériger un édifice devenu gigantesque. 

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La cathédrale en 2005

Si vous pensiez, dans la vie, être vous-même plutôt obstiné(e), acharné(e) ou même un minimum persévérant(e), préparez-vous ) à être déçu(e). On vous parlait hier de ces bourguignons qui, depuis une vingtaine d’années, construisent un château de leurs propres mains en utilisant uniquement des techniques et du matériel du Moyen-Age. On vous parle aujourd’hui d’un homme, un seul , dont l’obstination force à la fois le respect et l’admiration. Cet homme, c’est Justo Gallego Martinez, un espagnol de 91 ans que la santé et, paradoxalement, la foi, ont éloigné de sa carrière monacale toute tracée : atteint de la tuberculose, ce fils de paysan ne peut mener à bien son séminaire et doit se faire soigner.

Pendant huit longues années, il guérit avec peine après avoir été accueilli dans un couvent. Sa vie, il en est persuadé, doit être consacrée à celle qui l’a sauvée, à la Vierge. C’est alors que commence un projet monumental, pharaonique, qui, encore aujourd’hui, suit son cours : nous sommes le 12 octobre 1961, jour de la fête de la Vierge du Pillier,et Justo se lance dans un chantier qui s’étendra, il le sait, pendant toute une vie. Ce chantier ? Une cathédrale, digne de la Basilique Saint-Pierre de Rome, un édifice dont la taille n’aurait d’égal que la gratitude de Justo Gallego envers celle à qui il doit sa vie.

Saint-Justo

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La Nef

Seul, sans aide, sans financement, sans matériau et, surtout, sans aucune formation, Justo investit un terrain qu’il a hérité de son père dans le village de Mejorada et commence la construction de la Cathédrale Notre-Dame du Pillier. Cela fait aujourd’hui près de 55 ans, jamais Justo n’a cessé son activité extraordinaire : du lundi au samedi, il se lève à six heures et travaille toute la journée à son monument. A 91 ans, l’homme bénéficie aujourd’hui de l’aide de sa famille et de quelques coups de pouce financiers mais travaille toujours avec ce qu’il récupère à droite, à gauche : chez les entreprises voisines, il récupère des tuiles, des briques, des cartons, des seaux qu’il remplit de béton…

 

Après un demi-siècle de travaux, la cathédrale n’est pas finie, loin de là. Mais le résultat est malgré tout hallucinant : un édifice de 30 mètres de haut pour 50 mètres de long et une surface de 8000 m², des vitraux, un cloître et un immense dôme qui ont contribué à faire de lui une véritable attraction touristique. La visite est libre (les normes de sécurité ne sont pas respectées) et seuls quelques panneaux indiquent aux curieux d’être extrêmement prudents.

Art brut et architecture naïve

La démarche de l’ami Justo est à l’architecture ce que celle de certains artistes devenus artistes sans aucune « culture » dans leur domaine est à la peinture. Le plus édifiant, dans ce cas précis, est probablement celui d’Augustin Lesage, un mineur touché par la grâce, par une voix qui, du jour au lendemain l’a poussé à peindre. Ses tableaux, d’une précision chirurgicale et, à leurs façons, monumentales, sont incroyables de détails. Pendant plusieurs années parfois, Lesage travaillait avec minutie une seule et même toile, sa figuration minimaliste conduisant une abstraction globale.

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Le Palais Idéal en 2014

En matière d’architecture, quelques autres individus ont brillé par leurs créations, encore aujourd’hui célèbres. On parle plutôt, dans ces cas-là, d’architecture naïve (comme on parle d’art naïf pour le douanier Rousseau). En France, dans la Drôme, se situe, par exemple, l’un des chefs-d’oeuvre du genre : le Palais Idéal du Facteur Cheval. D’abord boulanger puis (vous l’aurez deviné) facteur, Ferdinand Cheval heurte, en 1867, une pierre qui manque de la faire choir. Soudain, un rêve lui revient, un rêve vieux de 15 ans, dans lequel il avait construit un Palais Idéal. Il n’en fallu pas plus : pendant ses tournées, le facteur amasse les pierres et passe rapidement pour un fou. Jusqu’en 1912, le facteur construit au point d’achever son palais dans lequel il voudra qu’on l’enterre. Impossible. Il passera donc la fin de sa vie à construire, pendant des années, son propre tombeau. Les deux incroyables édifices sont encore aujourd’hui accessibles à Hauterives, dans la Drôme.

L’ami Justo, lui, ne pourra pas finir ce chantier de toute une vie : conscient que son âge avancé ne lui permettra probablement pas d’achever son oeuvre, il a pourtant  bon espoir en ses successeurs, peut-être sur plusieurs générations. Lorsqu’elle sera achevée, si elle l’est un jour, la cathédrale sera offerte à l’Eglise et son créateur, selon sa volonté, y reposera en paix. Une paix bien méritée après une vie entière consacrée à la foi et à la dévotion. Mais à en croire la forme de l’énergumène, ce n’est pas pour tout de suite !

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