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Le Chant du Monde de Jean Lurçat : une œuvre flamboyante, un testament émouvant

Agathe Lautréamont 17 juillet 2016

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Élevé dans une région profondément marquée par le conflit franco-prussien, puis acteur comme témoin des deux grands conflits mondiaux du XXe siècle, il n’est pas surprenant de savoir que Jean Lurçat chercha à promouvoir un message de paix dans son œuvre ; et ce tout au long de sa vie. Lorsqu’il entreprend la réalisation de la tapisserie « Le Chant du Monde » en 1956, celui-ci voyait cette œuvre comme un langage universel pour parler des dangers pesant sur l’Humanité, tout en livrant son testament artistique. Aujourd’hui, l’œuvre est admirablement accrochée au sein de l’ancien hôpital Saint-Jean, à Angers.

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En 1960, interrogé au sujet de la réalisation de la tapisserie Le Chant du Monde, Jean Lurçat expliquait : « Cette œuvre commencée tard est donc talonnée par la vieillesse, c’est en quelque sorte la table des matières d’une existence. » Et pourtant, dans cette imposante œuvre, l’œuvre d’une vie, Jean Lurçat ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixé durant toute sa carrière artistique : parler de la paix, de la communion entre les peuples, en dénonçant sans relâche les désastres de la guerre.

Inspiré par la Tapisserie de l’Apocalypse, conservée au sein du château d’Angers, Lurçat ne s’embarrasse pas du discours et de la symbolique religieuse, mais choisit au contraire un thème universel : le destin de l’Homme, sa place et son rôle. Des sujets dans lesquels on sent sourdre une véritable angoisse de la part de l’artiste, à une époque qui porte profondément le traumatisme de la guerre des tranchées, la découverte des camps de concentration nazis et l’abomination qu’est la bombe atomique.

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Entre 1938, date à laquelle Lurçat découvre la tenture de l’Apocalypse et 1957, année où il commence à travailler à son Chant du Monde, se seront écoulés 19 ans. Dix-neuf années durant lesquelles l’artiste a mûri son projet, réfléchi, hésité à se lancer dans un tel projet d’une envergure qui peut légitimement faire pâlir.

Pourtant, c’est seul et à ses propres frais qu’il décide finalement de se consacrer entièrement à cet objectif artistique, mû par son désir de parler du climat effroyable de la Guerre Froide, de ses traumatismes personnels ; mais également par une volonté d’exploiter ses dernières découvertes et expérimentations artistiques. Lurçat a ainsi participé au renouveau de la tapisserie française, grâce à une approche novatrice et des motifs d’une richesse déconcertante et d’un symbolisme foisonnant.

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C’est donc dans une série de dix panneaux (l’ensemble s’étire sur 80 mètres et chaque panneau mesure 4.4 mètres de haut) que l’artiste conte son époque, tout en créant un miroir artistique tout autant que symbolique à la fameuse Tapisserie de l’Apocalypse dont le message, bien que tissée au XIVe siècle, reste d’une troublante actualité.

La première étape de la série du Chant du Monde, s’attardes sur les grands dangers toujours prêts à fondre sur l’Humanité. Les quatre premiers panneaux s’attardent de fait sur les horreurs de la guerre (« La grande menace », « Le grand charnier »…), tandis qu’il dédie un plein panneau à l’horreur qui marqua si profondément les esprits au point que, depuis, elle n’a jamais plus été utilisée : la bombe atomique.

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Seulement, l’éternel optimisme de Jean Lurçat ne tarde pas à vite reprendre le dessus, et les six panneaux suivants s’éloignent des horreurs des conflits armés pour parler de l’espoir et de la beauté du monde. Des panneaux comme « L’homme en gloire dans la paix », « Champagne » et « Poésie » rappellent que malgré tout, l’Humain peut encore trouver la voie d’une véritable communion avec la nature et les éléments. Un autre panneau, intitulé « La conquête de l’espace », prouve que Lurçat ne voyait pas d’un mauvais œil toutes les avancées technologiques de l’Humanité.

Exposée là, au sein des murs de l’ancien hôpital Saint-Jean, Le Chant du Monde brille d’un éclat particulier, et dégage une aura onirique et fascinante. Son message est clair, universel, mais reste cependant auréolé de mystère quant à l’utilisation de certains symboles qui n’ont pas encore été totalement éclaircis, même pas les plus éminents spécialistes du travail de Jean Lurçat. Un passage obligé lors d’une visite dans la belle ville d’Angers

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Photographies © Agathe Lautréamont

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