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Insaisissable et polyvalent Eugen Gabritschevsky à la Maison Rouge

Agathe Lautréamont 13 juillet 2016

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C’est la première fois que la capitale française accueille une grande rétrospective consacrée au travail polymorphe et fluctuant de l’artiste russe Eugen Gabritschevsky (1893-1979). Biologiste de formation, il abandonne la science à la moitié de sa vie pour se consacrer entièrement à une production artistique hallucinée, mouvante et inclassable. Découverte par Jean Dubuffet, Gabritschevsky est aujourd’hui considéré comme une figure majeure de l’Art Brut. La Maison Rouge lui dédie une exposition complète, d’une époustouflante richesse, dont on ressort ébranlé…

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Eugen Gabritschevsky, Sans titre © Collection de l’Art Brut, Lausanne

Eugen Gabritschevsky eut une enfance heureuse. De ces enfances dorées que seule la bourgeoisie de fin de siècle russe peut prodiguer, c’est-à-dire entouré d’un cénacle d’intellectuels polyglottes, chercheurs et artistes qui n’aimaient rien de plus que se réunir entre eux, autour d’un samovar de thé pour discuter de leurs récentes découvertes et créations.

Cette étape de sa vie ouvrira le jeune homme à l’art, malgré un choix professionnel drastiquement différent : il sera biologiste, avec une spécialisation sur le règne des insectes. Malheureusement très vite, Gabritschevsky manifeste des signes du mal qui allait l’accompagner et avec lequel il allait devoir composer pendant la plus grande partie de sa vie.

Atteint par des troubles psychiques sévères, il est contraint d’abandonner son travail de scientifique. En 1926, il quitte les États-Unis où il était établi pour rejoindre son frère, à Münich. Cinq ans plus tard, il est interné à l’hôpital psychiatrique de Haar-Eflingen, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort, un peu moins de cinquante ans plus tard.

Gabritschevsky, Sans titre (2)

Eugen Gabritschevsky, Sans titre © Collection Antoine de Galbert, Paris

Singularité

Mais si Gabritschevsky cesse d’étudier les insectes, il ne reste cependant pas inactif au sein de l’institution qui l’accueille. Cette longue période de retrait du monde correspond chez le scientifique à l’éclosion de l’artiste.

Alors qu’il n’a reçu aucune leçon de dessin ou de peinture, puisant dans ses seules connaissances et dans les arcanes de ses troubles psychiques qui lui provoquent des visions effrayantes et inspirantes à la fois. Lors du parcours de l’exposition, on ne peut qu’être profondément frappé par la singularité de l’œuvre du dessinateur.

Qu’il s’inspire de ses précédents travaux sur le monde des insectes, oui qu’il décide de s’enfoncer toujours plus avant dans les tréfonds de la folie pour tenter d’y déceler une forme de beauté hypnotique, Gabritschevsky décèle de la splendeur là où on serait effrayé par ses peintures chaotiques aux formes inextricables.

Sans titre, 1950, Gouache sur papier, 48x63 cm, Collection Chave Vence, © Galerie Chave, Vence

Eugen Gabritschevsky, Sans titre, 1950, © Galerie Chave, Vence

Alternativité

Pendant trente longues années, l’artiste russe va parcourir un univers alternatif, qu’il est seul à voir et à appréhender, pour en extraire des œuvres que l’on pourrait comparer à de petits théâtres de visions absurdes, d’angoisses poignantes mais aussi d’instants sublimes où on peut sentir qu’il touche à la véritable extase.

Bien sûr, avant que n’advienne la maladie, Eugen Gabritschevsky peignait pour son propre plaisir, à la façon de ceux que l’on taxe un peu péjorativement de « peintres du dimanche ». Mais l’internement du scientifique a permis à l’artiste de véritablement se révéler, à tel point que l’on peut parler décemment de foisonnement artistique, tant son œuvre est polymorphe.

Aucune norme stylistique, aucune règle fixe, aucun fil rouge ne peut être décelé dans le travail de l’artiste brut russe. Il crée, simplement, constamment, dans une sorte de frénésie. Huile, gouache, aquarelle, fusain, crayon, encre… Tous les supports et tous les instruments conviennent à Gabritschevsky, tant qu’il peut exorciser ses visions et ses hallucinations via la production d’une œuvre.

Gabritschevsky, Sans titre, 1939

Eugen Gabritschevsky, Sans titre, 1939 © Collection de l’art brut, Lausanne

Fièvre

Cette fièvre explique en partie que la très grande majorité des travaux exposés au sein de la Maison Rouge ne soient pas datés, ni titrés. En 1948, Jean Dubuffet découvre le travail du mystérieux artiste russe interné près de Münich et, subjugué par la puissance de cette œuvre, décide d’acquérir plusieurs pièces pour sa collection personnelle.

Mais de quoi souffrait véritablement Eugen Gabritschevsky ? Était-il schizophrénique ? Bipolaire, peut-être ? Connaissait-il des troubles de la personnalité ? Là n’est pas l’important. Une visite dans l’exposition de la Maison Rouge révèle tout un univers absolument insaisissable, une plongée dans un autre monde, dans une inquiétante étrangeté si chère à Freud.

Si l’œuvre de l’artiste russe est insaisissable quand on la regarde avec des yeux habitués aux règles, aux normes, aux écoles et aux styles, il convient donc d’agir autrement. Se laisser simplement bercer par cette symphonie de couleurs et de formes bouillonnantes, qui parlent d’une créativité sans borne.

EUGÈNE GABRITSCHEVSKY

08/07/2016 > 18/09/2016

La maison rouge

PARIS

Cette exposition monographique sera consacrée à l’œuvre d’Eugène Gabritschevsky (1893–1979), artiste et généticien d’origine r...

Exposition terminée
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