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Bricolage, insectes et machines : entrez dans le monde fou de Nicolas Darrot à la Maison Rouge

Agathe Lautréamont 7 juillet 2016

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Entre la Maison Rouge et Nicolas Darrot, c’est une longue histoire. Déjà en 2006, l’institution parisienne avait donné carte blanche à l’artiste pour qu’il investisse son patio d’une gigantesque installation, qui avait fortement marqué les esprits. Dix ans plus tard, l’artiste est de retour avec l’exposition « Règne Analogue »,où il nous invite à découvrir son univers parsemé de mythes, de sciences et de malice… Jusqu’au 18 septembre !

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Nicolas Darrot, La Tequilera, 2008

Jean de La Fontaine expliquait la genèse de ses célèbres Fables de la façon suivante : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ». La même phrase pourrait aisément être attribuée à l’artiste français Nicolas Darrot qui, lui, crée des animatroniques pour nous parler de notre société contemporaine. Ces créatures, robotisée ou animées à l’aide de câbles, cherchent à donner une apparence de vie à l’invention. Chez Darrot, le mécanisme peut être très complexe, avec l’aide d’une machinerie intérieure très pointue. Mais parfois, le système est bien plus grossier, se contentant de quelques câbles brusquement tirés par des bras mécaniques aussi imposants que les pantins dont ils tirent les ficelles. L’exposition de la Maison Rouge a le don d’interpeller. Sommes-nous dans un cabinet de curiosité d’un univers déshumanisé où le métal aurait pris le pas sur la chair ? Nous trouvons-nous dans le laboratoire de quelque savant fou cherchant à créer une nouvelle forme de vivant ? Ou est-ce là un théâtre sombre et inquiétant, où des pantins désarticulés pointent le doigt vers l’urbanisation à outrance, l’omniprésence de la technologie et le recul progressif, inexorable, de la nature ?

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Nicolas Darrot , Dronecast, 2013

L’important est de se laisser surprendre. Le visiteur est d’abord guidé vers l’intérieur de l’exposition par une longue galerie, une collection de petites vitrines en verre dans lesquels reposent des insectes étranges. Çà, c’est une libellule dont le long corps effilé est remplacé par une douille en métal. Là, c’est une mante religieuse dont les pattes avant ont été remplacées par des pinces crocodiles. Et pourtant, comme on visiterait les réserves d’un musée d’histoire naturelle, on passe de longues minutes à détailler ces petites créatures qui, on se plaît à l’imaginer, ont peut-être bel et bien été vivantes, un jour. L’introduction est intelligente, et se révèle un amuse-bouche savoureux du travail de Nicolas Darrot.

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Nicolas Darrot , Shaman / L’oreille / Providence © galerie Eva Hober

Puis, c’est l’effusion ! Partout, des créatures mi-bêtes mi-robots surgissent des murs, s’animent, cherchent à nous dire quelque chose. On suffoque en même temps que cette sculpture reprenant la forme d’un casque de pilote d’avion, dont le masque, supposé lui apporter l’oxygène nécessaire, paraît plutôt l’étouffer. Un peu plus loin, un arbre en métal décharné, dénué de toutes feuilles, est envahi par de petits êtres translucides et fantomatiques ; comme des insectes qui suceraient inexorablement sa sève, si tant est qu’il en possède une.

Bien sûr, l’accrochage de la Maison Rouge regorge de références, que ce soit au cinéma, à la littérature ou encore aux mythes fondateurs. Du personnage tragique de Prométhée  aux facéties de François Rabelais en passant par l’univers de l’artiste suisse H.R. Giger, on vogue donc dans l’imaginaire de Nicolas Darrot, mais également dans ses goûts personnels, dans lesquels il puise pour concevoir ses créatures désenchantées, goguenardes et torturées tout à la fois.

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Vue d’exposition

Et pourtant, la magie opère. Une forme de complicité s’établit entre le visiteur et le robot qui se trouve en face de lui. On pense à Tinguely, on pense à la saga cinématographique Alien et on regarde avec une certaine fascination cette créature qui s’agite devant tout, avec des gestes saccadés mais qui dans une certaine mesure, se veut le miroir de notre époque contemporaine. Un temps où la spontanéité n’est plus de mise, où les rapports deviennent trop normés, où les populations fuient la nature pour s’enfermer dans des tours de béton et de métal. On ressort songeur de l’accrochage de Nicolas Darrot, car celui-ci a beaucoup à nous enseigner.

NICOLAS DARROT

08/07/2016 > 18/09/2016

La maison rouge

PARIS

Au cours de l'été 2016, la maison rouge donne carte blanche au jeune artiste français Nicolas Darrot (né en 1972 au Havre).

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Exposition terminée
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