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Après trois ans de travaux, le Colisée de Rome rénové sur fond de polémique

Agathe Lautréamont 4 juillet 2016

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Cela fait un peu moins de 2000 ans qu’il trône en plein centre de Rome. Le Colisée, plus grand amphithéâtre jamais construit dans l’Empire romain, n’échappe cependant pas aux affres du temps. Depuis trois ans, les touristes de passage dans la Ville Éternelle ne voyaient qu’un vaste édifice recouvert d’échafaudages, tandis qu’une centaine d’ouvriers s’affairait à rendre sa splendeur au bâtiment voulu par l’empereur Vespasien. Mais aujourd’hui, les travaux sont terminés, et les arcades du Colisée ont enfin retrouvé leur belle blancheur !

Exterior of the Roman Colosseum

Le Colisée de Rome © John Greim – Getty Images

Trois années et plusieurs dizaines de millions d’euros plus tard, le Colisée de Rome peut enfin accueillir de nouveaux visiteurs dans les meilleures conditions, curieux qu’ils sont de se promener dans cet amphithéâtre millénaire. Ses arcades qui s’élèvent à plus de quarante mètres de hauteur, ont finalement retrouvé leur belle couleur beige clair, au prix d’un travail minutieux…

En effet, chaque partie du Colisée a demandé un traitement bien précis, du fait de sa longue histoire. Car le bâtiment a connu bien des péripéties au cours de son existence, ayant été transformé à plusieurs reprises, parfois pour des utilisations bien éloignées de son rôle originel d’amphithéâtre. Il fut ainsi tour à tour lieu de culte, espace d’habitation, forteresse… Ce qui implique que les pierres qui le constituent aujourd’hui sont d’époques et d’origines différentes ; nécessitant chacune un soin bien spécifique.

Roman Coliseum detail at night

Le Colisée illuminé de nuit © John Greim – Getty Images

Une rénovation au cas par cas

La campagne de restauration a débuté il y a maintenant trois ans. L’objectif était de rendre toute sa splendeur au monument célèbre dans le monde entier, dont les façades et arcades s’étaient peu à peu noircies du fait de la poussière accumulée par les siècles mais surtout à cause de la pollution due au trafic routier très dense dans la capitale italienne.

Certaines parties des colonnades menaçaient de s’effondrer et ont donc été renforcées. Et chaque jour, une équipe de surintendance passait sur le chantier pour vérifier point par point chaque étape de l’avancement des travaux, mais également pour indiquer aux ouvriers les prochaines étapes à suivre dans la restauration de l’ensemble.

Pour ce faire, soixante-dix ouvriers ont été mobilisés quasiment en permanence, dans une volonté de l’État italien de véritablement bichonner son patrimoine le plus célèbre : chaque année, ce sont en effet six millions de visiteurs qui se pressent à l’intérieur du monument. La restauration cependant, avait mal débuté et pris quelques mois de retard accumulés au tout début du chantier. Heureusement, tout a été finalement terminé dans les temps, pour une réouverture qui a eu lieu vendredi dernier.

Colosseum, Rome.

Le Colisée © Art Media – Getty Images

Un mécène… luxueux

Mais tout cela a un coût et pour pouvoir mener à bien le chantier, la ville de Rome a décidé de passer par le mécénat. Et c’est le chausseur de luxe Tod’s qui a bien voulu mettre la main à la poche.  La marque italienne a ainsi financé les travaux à hauteur de vingt-cinq millions d’euros ! Seulement, lors de l’annonce de cet important mécénat il y a trois ans, le nom du chausseur Tod’s avait provoqué des débats houleux en Italie et ce, quand bien même ce n’est pas la première fois que l’État italien décidait de se tourner vers des mécènes issus du milieu du luxe pour l’aider à prendre soin de son patrimoine.

Ainsi en 2015, la marque de prêt-à-porter Fendi avait avancé deux millions d’euros pour aider à la rénovation de la fameuse Fontaine de Trévi.  Cette même année, une partie de la Piazza di Spagna avait pu retrouver sa splendeur grâce à un grand nom de la haute-joaillerie, Bulgari, qui avait participé aux travaux à hauteur de 500 000 euros. L’apport de fonds privés est donc monnaie courant dès qu’il est question de venir en aide à la beauté de Rome. D’autant que ces appels à l’aide de la part de la ville se comprennent : la Cité aux Sept Collines est en effet endettée à hauteur de 12 milliards d’euros et ne peut donc plus entretenir seule son patrimoine…

Colosseum

L’intérieur de l’amphithéâtre © Piotr Jaczewski – Getty Images

Tout pour Rome, rien pour la péninsule ?

Cependant, le Colisée de Rome ne serait-il pas l’arbre qui cache la forêt ? Nombre de sites historiques dans toute l’Italie continuent de tomber en ruine. On pense, bien sûr, au fragile site antique de Pompéi, qui souffre d’une gestion désastreuse, des détournements de fonds de la part de la mafia, et d’un trop grand nombre de visiteurs. Est-il donc bien nécessaire de la part du gouvernement de Matteo Renzi de prévoir, dans les années à venir, une nouvelle campagne de levée de fonds en vue de construire de nouvelles scènes à l’intérieur du Colisée afin d’en faire (à nouveau) un lieu de spectacle, alors que tant d’autres sites tombent peu à peu en décrépitude ?

Lors de l’inauguration du Colisée, le chef du gouvernement italien a déclaré : « Nous devons arrêter de nous disputer sur l’héritage culturel de l’Italie parce que c’est non seulement ce dont nous pouvons être le plus fiers et une grande partie de notre identité, mais aussi un potentiel énorme.» Encore faut-il ne pas concentrer ses efforts sur la seule ville de Rome…

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