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Saturation, sécurité, argent public : l’installation de Christo accumule les polémiques

Jéremy Billault 30 juin 2016

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A quelques jours de sa fermeture, l’installation sublime de Christo sur le lac Iseo est l’objet de plusieurs polémiques. Suite à une affluence inattendue et incroyablement élevée, des problèmes de sécurité et de dégradation ont marqué les esprits dès le jour de l’ouverture, sans jamais être résolus. Attente, risque et gaspillage d’argent public, cette installation restera sans doute pour Christo l’une des plus amères. 

SULZANO, ITALY - JUNE 18: People walk on the installation 'The Floating Piers' on the Iseo Lake by the Bulgarian artist Christo Vladimirov Yavachev known as Christo on June 8, 2016 in Iseo, Italy. (Photo by Pier Marco Tacca/Getty Images)

Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images

On pourrait presque dire que c’est un échec. En Italie, sur le lac Iseo, l’installation gigantesque de Christo, sera retirée comme prévu dans quelques jours, après avoir suscité polémiques sur polémiques. La presse locale l’avait pourtant bien accueillie, considérant les kilomètres de pontons installés sur l’eau comme un miracle, une expérience forte au plus proche de la surface, un Christo grand cru, donc quelque chose d’exceptionnel. Mais les choses se sont vite gâtées, la faute à une donnée dont personne n’a apparemment saisi l’ampleur : le succès. Malgré une jauge maximale de 11 000 personnes présentes simultanément sur l’installation, les pontons semblent avoir, au même titre que l’organisation, croulé sous les pas des milliers de visiteurs.

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SULZANO, ITALY - JUNE 18: A view of the installation 'The Floating Piers' on the Iseo Lake by the Bulgarian artist Christo Vladimirov Yavachev known as Christoenter on June 8, 2016 in Iseo, Italy. (Photo by Pier Marco Tacca/Getty Images)

Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images

Et parler de millier n’est pas une hyperbole. Avec un peu d’optimisme, Christo attendait un demi-million de visiteurs entre le 18 juin et le 3 juillet mais dans la pratique, l’affluence s’est révélée un tantinet supérieure : en moins d’une semaine, le lac Iseo avait déjà été visité par 270 000 visiteurs. Et les conséquences de cette erreur de jugement n’ont pas tardé à se manifester. Dès le jour d’ouverture, le pallier des 11 000 visiteurs simultanés a été atteint, donnant naissance à une file d’attente exponentielle stagnant sous le soleil. Et puis ce dernier s’est fait la malle, remplacé par des intempéries menaçantes pour l’installation et ses promeneurs. Il a fallu évacuer.

A l’origine, les Floating Piers devaient être accessibles 24/7 pour que l’expérience soit à la fois complète, visuelle et très variée. Mais rapidement, il a fallu se rendre à l’évidence : trop de monde, trop de travail. La ville de Monte Isola n’était pas prête à accueillir autant de curieux d’un coup et les traces qu’ils laissent derrière eux, pour des raisons de santé publiques. Le préfet de Brescia décide donc de fermer l’oeuvre entre minuit et six heures du matin.

Outre la régulation du trafic de promeneurs ( des milliers de personnes en permanence dans la ville, de jour comme de nuit), cette décision s’attachait à résoudre un autre problème de taille. Cette fois-ci, il s’agit de l’oeuvre en elle-même et de ses 200.000 cubes de polyéthylène qui, eux non plus, n’étaient pas préparés. En quelques jours seulement, les blocs ont subi une dégradation supérieure à celle qui était prévue pour la fin de l’installation, ils se disloquent, s’effritent et pourraient éventuellement devenir un danger. Chaque soir, une équipe se charge de l’entretien et des réparations nécessaires, et inattendues.

Argent Public

SULZANO, ITALY - JUNE 18: A view of the installation 'The Floating Piers' on the Iseo Lake by the Bulgarian artist Christo Vladimirov Yavachev known as Christo on June 8, 2016 in Iseo, Italy. (Photo by Pier Marco Tacca/Getty Images)

Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images

A quelques jours de la fin de l’événement, l’heure est déjà au bilan,  notamment du côté des collectivités locales. Si Christo a revendiqué, comme toujours, financer intégralement son projet via la vente des dessins et maquettes préparatoires, l’addition reste salée pour les collectivités locales. Entre les frais de manutention, la sécurité grandement renforcée, la prise en charge de certains malaises (une trentaine de personnes ont été hospitalisées) et l’évacuation de 3000 personnes bloquées à la gare de Brescia pour éviter la saturation, la ville et la région doivent faire face à des dépenses imprévues exorbitantes.

Face aux milliers de visiteurs marchant par troupeaux de 11 000 sur un ponton sans rambarde, au plus proche de l’eau , les équipes de sécurité et les maîtres nageurs ont du faire appel à du renfort, au même titre que les services d’urgences qui comptent en moyenne une centaine d’interventions par jour. Certains habitants de la ville demandent donc des comptes : l’artiste bénéficie d’une véritable publicité, l’économie locale, elle, souffre. En ce qui concerne même l’expérience esthétique, il est légitime de se demander si le pari est tenu, si la sensation exceptionnelle promise et envisagée par Christo n’est pas corrompue par l’affluence grégaire : là où l’on devait marcher sur l’eau, paisiblement, sans parasites visuels et sans rambardes, on tombe nez-à-nez avec un pauvre agent de sécurité qui veille à ce que personne ne glisse dans un flot permanent et panurgique.  L’installation disparaîtra dans quelques jours, le bilan sera, on le sait déjà, plutôt mitigé.

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