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En Inde, le plus ancien studio photographique au monde a fermé ses portes…

Agathe Lautréamont 29 juin 2016

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Cela faisait cent cinquante ans qu’il était actif, capturant la vie de l’Inde dans ses moindres détails. Mais aujourd’hui, le studio photo « Bourne & Shepherd », considéré comme le plus ancien encore actif, a fermé définitivement ses portes au début du mois de juin. Il laisse derrière lui une histoire riche d’un siècle et demi, et surtout une somme d’archives photographiques absolument exceptionnelles, dont l’Inde ne semble pas vouloir se préoccuper pour le moment…

Bourne & Shepherd studio in 2011 (photo by Sudipta Mallick fllickr)

L’immeuble abritant le studio Bourne & Shepherd, en 2011 © Sudipta Mallik – Flickr

L’atelier Bourne & Shepherd, nommé d’après ses deux fondateurs britanniques Samuel Bourne et Charles Shepherd ne produira donc plus de photographies. Les deux actuels gérants ont en effet perdu, au début du mois de juin, un procès qui s’est étalé sur près de quatorze ans et qui les opposait aux propriétaires des murs où l’atelier est installé depuis 150 ans, un très vieux bâtiment en plein cœur de Calcutta.

Son histoire commence en 1860 et très vite, l’atelier s’est bâti une solide réputation à travers ce qui était à l’époque une colonie britannique. En 1910, Bourne & Shepherd déménagent dans un nouvel immeuble de Calcutta, bâtiment qu’il occupait toujours il y a encore un mois.

Malheureusement, cet espace n’était que loué par Bourne & Shepherd depuis tant d’années et au fil du temps, des tensions s’accumulèrent entre le locataire et les propriétaires, notamment au sujet du loyer à verser. Aujourd’hui, Life Insurance Corporation of India, l’entreprise qui possède les lieux, a décidé de se débarrasser de son locataire de toujours, au terme d’un procès interminable. Ce qu’il va advenir des archives et du matériel entreposés là depuis tant d’années (dont une rare chambre photographique qui fut utilisée par Samuel Bourne) est encore à déterminer.

Une situation inextricable

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La chambre utilisée par Samuel Bourne © Deccan Herald Official

Mais aujourd’hui, les gérants du studio (tous deux dans leurs soixante-dixièmes années) semblent résignés de leur sort, et reconnaissent les difficultés quant au fait de gérer un atelier de ce type à l’ère du tout numérique. Ajmer et Ghandi, les deux associés ont bien essayé de suivre les tendances, en élargissant leurs activités, et promouvoir l’histoire de cet espace exceptionnel, en vain. Aujourd’hui, les deux amis se concentrent donc sur la question de la préservation des archives du studio, maintenant que la fermeture de celui-ci semble définitivement actée.

Un point réconforte cependant Ajmer et Ghandi : le bâtiment séculaire ne pourra pas être démoli. Celui-ci est classé aux Monuments Historiques, du fait de son architecture typique et de son poids historique. Mais classé ne signifie pas nécessairement en bon état. Life Insurance Corporation of India a négligé depuis trop longtemps l’entretien de l’immeuble, et celui-ci souffre de divers problèmes comme des infiltrations et un toit qui menace de s’effondrer. En 1991, un incendie s’était déclaré dans les locaux, endommageant une partie des négatifs et des documents d’archives entreposés dans les réserves du studio.

Pourtant très récemment, Bourne & Shepherd a fait l’objet d’une exposition itinérante, qui s’installa dans diverses galeries d’Inde, et aida la population à mieux connaître le parcours de cet atelier unique. Mais sans que cela n’alarme véritablement les consciences sur le destin tragique du studio…

Un fonds exceptionnel à préserver

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Rudyard Kipling, auteur du Livre de la Jungle, a posé devant l’objectif de Bourne & Shepherd © Wikimedia Commons

Se pourrait-il que l’Inde décide de laisser sombrer dans l’oubli la mémoire du plus vieux studio photographique au monde ? À son apogée, Bourne & Shepherd comptait de très nombreuses antennes en Inde, mais également à Londres et à Paris, et son commerce de photographies argentiques était florissant. Ce qui n’était à l’origine qu’un hobby pour Samuel Bourne (à l’initiative de la création de l’atelier) est vite devenu passion dévorante, au point que l’ancien clerc de Nottingham décida de quitter son pays natal pour ouvrir sa boutique en Inde ; encouragé par ses proches qui vantèrent la qualité de ses portraits.

C’est en 1863 que Bourne rencontra son associé Charles Shepherd ; une rencontre qui allait sceller leur collaboration et donner un nom à ce studio vieux de 150 ans. Entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe, les deux collaborateurs immortalisèrent nombre de personnalités indiennes, des écrivains anglais expatriés en Inde, ou encore la classe politique britannique en charge de la gestion du territoire indien. Là où Shepherd se spécialisa dans le portrait, Bourne avait l’âme d’un aventurier, et voyagea à travers son pays d’adoption pour en immortaliser les paysages, la faune et l’architecture.

Samuel Bourne, “Agra, The interiors of the Moti Masjid” (c. 1860) (photo courtesy MAP Tasveer)

L’intérieur du fort d’Agra, photographié par Samuel Bourne © Wikimedia Commons

Et pourtant, malgré cette riche histoire longue d’un siècle et demi, Life Insurance Corporation of India ne semble pas se soucier de préserver l’histoire du studio photographique. Les archives et le matériel historique sont donc aujourd’hui entièrement entre les mains des deux actuels propriétaires, qui à l’heure actuelle, ne savent toujours pas quoi faire de cet exceptionnel patrimoine photographique ; dont ils devront très bientôt gérer la conservation et la promotion.

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