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Houellebecq en bifurcations et en fumée au Palais de Tokyo

Jéremy Billault 28 juin 2016

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Alors qu’au Palais de Tokyo la saison estivale est lancée aujourd’hui, l’exposition dont tout le monde parle a enfin ouvert ses portes. Rester vivant, la vaste exposition imaginée par Michel Houellebecq en est la tête d’affiche : entre littérature, photos personnelles et pièces reconstituées, l’exposition divague, bifurque, joue avec les frontières des pratiques artistiques, de la fiction et de la réalité. A retrouver jusqu’au 11 septembre.

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© Courtesy de l’artiste

Il est là, bien sûr. Soir de vernissage de la grand messe de l’art contemporain, dans un Palais de Tokyo bondé, Michel Houellebecq, l’homme de la soirée, discute paisiblement. Cigarette à la main (entre le majeur et l’annulaire, toujours), il est loin des mondanités inévitables de ce genre d’événement, au cœur de ce qui sera pendant plusieurs mois l’endroit le moins fréquentable, et le moins fréquenté, de tout le musée. Cet endroit, c’est un fumoir tout en moquette, en comptoir et en Jukebox que les irrités du tabagisme fuiront, et c’est compréhensible, comme la peste. Nous sommes en plein cœur de Rester Vivant, l’exposition tant attendue de Michel Houellebecq qui s’installe dès aujourd’hui et pendant tout l’été au Palais de Tokyo.

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© Courtesy de l’artiste

Cette invitation du Palais de Tokyo n’est pas aussi saugrenue qu’on a pu l’entendre ou le lire : depuis plusieurs années déjà, la littérature est au coeur de sa programmation (on pense à JeanMichel Arbeloa ou à l’expo de Frank Thilliez créée à partir d’une nouvelle écrite pour l’occasion). Avec Michel Houellebecq, il s’agit de prolonger l’expérience à travers une expérience presque scénarisée et totalement inattendue, à cheval entre le réel de l’homme et la fiction de l’artiste qui se succèdent; s’embrassent et s’unissent dans une cacophonie harmonieuse. Comme il le dit lui même, tout ici n’est que “Bifurcations” dans un maellström d’images, de sons et de sensations qui, on ne s’en aperçoit qu’à la fin, forment un ensemble subtile et puissant.

Bifurcations

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© Courtesy de l’artiste

“Je n’ai pas abusé des bifurcations. Il y en a une à entrée+30m; une autre, moins brutale, à entrée+90m.” Brutale indeed. Après une trentaine de mètres dans la pénombre, à scruter des photos lumineuses aux inscriptions toutes littéraires, l’expo explose : on était tout en retenue, arrive l’extravagance. Et là, on commence à comprendre qu’on avait pas compris, que la bifurcation explique le chemin que l’on vient tout juste de traverser. A la pénombre succède un cube pop et coloré recouvert de photos. A ce cube, succèdent des salons recouverts de moquette : tantôt, on admire le plus muséalement du monde, tantôt on s’affale dans des fauteuils, on s’accoude au bar, on demande du feu, les frontières sont poreuses, on bifurque sans arrêt. Le pragmatisme de l’action se fond dans la sacralité de l’oeuvre d’art, comme le réel se mêle à la fiction.

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© Courtesy de l’artiste

Car il y a du Houellebecq un peu partout : dans le texte, dans les photos, les dessins et même les quelques artistes invités. Il y a de l’écrivain comme il y a de l’homme car, finalement, il y a le poète. Il y a Clément, ce chien anthroponyme si important qu’il est devenu emblème de l’exposition (et cela parait être la moindre des choses). Les fidèles de Houellebecq y retrouveront certaines obsessions, les autres seront au moins surpris (on essaye de ne pas trop en dévoiler ici), au mieux émerveillé par une exposition incroyablement bien pensée, forte et absolument brillante. Brillante au point qu’à la sortie, on en redemande, on y retourne, histoire de comprendre comment on nous a bifurqué à notre insu, de comprendre que l’on se trouve là parce qu’ensuite on se trouvera là-bas. La surprise, puis la réflexion, le double d’un travail littéraire qui converge vers quelque chose de plus global, de total : la poésie.

MICHEL HOUELLEBECQ

23/06/2016 > 11/09/2016

Palais de Tokyo

PARIS

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