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« Se souvenir de la lumière » : le Jeu de Paume et la représentation dans nos sociétés actuelles

Agathe Lautréamont 11 juin 2016

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C’est une exposition un peu particulière que nous propose, tout au long de l’été, le Jeu de Paume. Une installation hétéroclite, qui mêle tout aussi bien des photographies et des sculptures en passant par la vidéo. Le duo d’artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, par leurs créations, cherchent à interroger la notion de représentation à notre époque contemporaine. Visite d’un événement qui donne matière à réflexion…

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Hadjithomas & Joreige, ISMYRNE, 2016 © Hadjithomas & Joreige. Galerie In Situ fabienne leclerc

Qu’elles datent de la fin des années 1990 à ces derniers mois, une seule impression rejaillit des différentes œuvres créées par le duo d’artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige : la liberté. Cinéastes, photographes, parfois écrivains, ces deux amis ne se fixent aucune limite, et l’événement du Jeu de Paume : « Se souvenir de la lumière » illustre à merveille cette identité artistique qui est la leur. En faisant le choix de la diversité des médiums et techniques, ceux-ci explorent depuis près de vingt ans maintenant la fabrication des images dans nos mondes contemporains, et comment des conventions, des normes, peuvent s’imposer à l’idée même de représentation.

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Hadjithomas & Joreige, Équivalences, 1997 © Hadjithomas & Joreige. Galerie In Situ fabienne leclerc

Et pour explorer cette thématique, l’exposition du Jeu de Paume se divise en cinq catégories distinctes, chacune prenant la forme d’une interrogation. La première salle, probablement la plus représentative du travail polymorphe du duo d’artistes, se demande comment les images (photos de presse, films, documentaires, formes artistiques…) peuvent être influencées par la guerre et sa violence inhérente ? Une thématique édifiante, quand on sait que Joana et Khalil sont tous les deux originaires de Beyrouth, au Liban.

Nés tous les deux en 1969, ils furent les témoins des affres de la longue guerre du Liban qui se déroula de 1975 à 1990. Dans un second temps, les deux amis se demandent s’il est possible de donner corps à l’invisible, via la latence des images. Pour ce faire, les deux créateurs ont installé diverses œuvres allant de l’installation aux tirages argentiques. Certaines sont d’une ironie mordante, d’autres sont terrifiantes, comme l’œuvre « Faces », réalisée en 2009. Quarante-deux tirages photographies que photographies de personnes mortes au combat, placardées dans les rues libanaises. Hadjithomas et Joreige en ont récupéré certaines, volontairement usées par le temps, dans une tentative de reconstitution de la mémoire de cette victime anonyme de la folie guerrière.

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Hadjithomas & Joreige, 180 secondes d’images rémanentes, 2006 ©  Hadjithomas & Joreige. Galerie In Situ fabienne leclerc

La troisième salle explore l’influence d’une image donnée sur notre regard et notre imaginaire ; et surtout la capacité de cette dernière à détourner, déplacer, notre imagination. Notre esprit serait-il si facilement manipulable ? Après tout, nous vivons dans une époque où notre œil est constamment soumis à l’image, ces dernières ayant hélas tendance à avoir un but de publicité ou de propagande.

La quatrième étape pose la question suivante : les images virtuelles prises sur les réseaux internet sont-elles capables de devenir les rumeurs du monde ? C’est dans cette salle que l’on peut regarder trois films différents réalisés par le tandem libanais. La plus bouleversante des vidéos, probablement, est celle intitulée « Ismyrne » et réalisée en 2016. C’est un travail intime réalisé par Joana Hadjithomas, en collaboration avec une amie poétesse Etel Adnan. Les deux femmes s’interrogent sur leurs origines communes, sur le sens de la mémoire et de la préservation du souvenir des racines qui fondent une part de l’identité.

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Hadjithomas & Joreige, L’Album du Président, 2011 © Hadjithomas & Joreige. Galerie In Situ fabienne leclerc

Entre imagination, lyrisme et mythologie, la question de l’appartenant est abordée avec beaucoup de subtilité. Enfin, l’ultime étape résonne comme un bilan, un point final qui tend à raviver l’espoir. Au long d’un parcours centré sur la guerre, sur la manipulation et les changements effrénés de notre monde, la dernière salle se demande comment opposer la poésie au chaos du monde d’aujourd’hui, dans un sursaut plein d’espoir et de sensibilité. Une exposition passionnante donc, mais qui ne tombe jamais dans la facilité de montrer la violence de front. Toute la finesse et l’intelligence de Joana Hadjithomas et de Khalil Joreige, c’est leur capacité à montrer comment les images d’aujourd’hui peuvent se faire l’écho d’une violence.

JOANA HADJITHOMAS & KHALIL JOREIGE

07/06/2016 > 25/09/2016

Jeu de Paume

PARIS

Nés en 1969 au Liban, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, travaillent ensemble entre Beyrouth et Paris. À travers des œuvres où dialogu...

Exposition terminée
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