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Jimmy Nelson à la galerie La Hune : entre esthétique et choix artistiques

Agathe Lautréamont 9 juin 2016

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Jusqu’au 4 septembre prochain, la galerie-librairie parisienne La Hune dédie son nouvel accrochage photographique au travail d’un baroudeur qui, depuis trente ans, sillonne le globe à la recherche de populations isolées qui ont su garder intactes traditions et croyances : Jimmy Nelson. À travers une sélection de 37 tirages, pour la plupart des portraits, les visiteurs peuvent découvrir la démarche d’un artiste humble, fasciné par la recherche du beau ; quitte à parfois prendre des distances avec la vérité.

@ Jimmy Nelson Jimmy Nelson, Arbore, Serengeti, Tanzania, 2010

 Jimmy Nelson, Arbore, Serengeti, Tanzania, 2010 © Jimmy Nelson

Before they pass away (Avant qu’ils ne disparaissent) est une exposition qui a déjà deux ans d’ancienneté et qui a été présentée dans diverses galeries à travers le monde avant de poser ses valises du côté de La Hune, dans le chic quartier parisien de Saint Germain des Prés. Photographe originaire d’Angleterre qui a passé le plus clair de sa vie à sillonner les routes du monde, Jimmy Nelson photographie, du Tibet à la Tanzanie en passant par la forêt Amazonienne, des tribus autochtones méconnues afin d’en livrer un documentaire artistique absolument saisissant.

Depuis l’année 2010 ; année où il s’est lancé dans ce vaste projet photographique, Jimmy Nelson a eu l’occasion de rencontrer pas moins de trente-cinq tribus qui ont su conserver vivaces et prégnantes leurs traditions les plus ancestrales, loin de l’influence de la mondialisation qui phagocyte tout sur son passage.

Maori, Gisborne Festival, North Island, New Zealand, 2011

Jimmy Nelson, Maori, Gisborne Festival, Nouvelle Zélande, 2011 © Jimmy Nelson

Des images de grande qualité

Disons le tout de go : les images sont d’une beauté saisissante. Les modèles d’un jour de Jimmy Nelson se présentent dans leurs plus beaux atours, fiers et droits devant un fond noir, parés de tenues traditionnelles fourmillant de détails. De la corde grossière aux bijoux les plus finement travaillés, ces parures témoignent de cultures solidement ancrées dans un territoire, dans une religion donnée, et de rituels puissants qui dictent chaque instant d’une existence. Via sa chambre photographique ou son boîtier argentique, le photographe se pose en témoin de ce que ces tribus ont à offrir comme leçons de vie et de philosophie.

Himba, Hartmann Valley, Cafema, Namibia 2011

Jimmy Nelson, Himba, Vallée Hartmann, Namibie, 2011 © Jimmy Nelson

En collectant leurs visages, leurs territoires, leurs tenues, il compose un document avant tout esthétique, mais néanmoins ambitieux. Chaque image dégage une force surprenante, qu’elle se focalise sur le regard pénétrant d’un guerrier Masai ou témoigne des dunes envoûtantes d’un désert aride au beau milieu duquel se déplacent trois silhouettes nous tournant le dos. Mais après un coup d’œil attentif aux clichés exposés à La Hune, on notera bien sûr un grain prononcé (argentique oblige), ainsi que des modifications numériques ajoutées en post-traitement; retouches réalisées par le photographe pour mieux coller à l’atmosphère qu’il avait imaginée pour son image finale. Une volonté de mise en scène qui est aujourd’hui reprochée à Jimmy Nelson.

Subjectivité photographique

Car oui Jimmy Nelson l’aventureux, Jimmy Nelson chambre photographique sur l’épaule, Jimmy Nelson qui a bravé les forêts vierges des régions les plus reculées du globe, retouche ses images. La quasi-totalité de tous les beaux portraits que nous avons pu admirer à la galerie-librairie La Hune ont été manipulés en post-production, avec plus de subtilité que son homologue Steve McCurry, pris en flagrant-délit d’un photoshop quelque peu hasardeux.

@ Jimmy Nelson Maori, Taupo Village, North Island, New Zealand, 2011

Jimmy Nelson, Maori, Taupo, Nouvelle Zélande, 2011 © Jimmy Nelson

Çà, c’est un reflet de soleil heureux apposé numériquement sur la main d’un enfant népalais. Là, c’est une mèche disgracieuse qui a été effacée de la joue d’une jeune fille Maori (mais un cheveu a échappé à la vigilance de Nelson !) Parfois, la manipulation s’intensifie et c’est tout le reflet dans un point d’eau qui a été modifié pour mieux coller à l’atmosphère solennelle de l’image.

Lorsque Jimmy Nelson tire le portrait à des membres de tribus de Tanzanie et d’Éthiopie, celui-ci opte pour la technique dite de la désaturation partielle, de sorte à placer l’accent et attirer l’œil du spectateur sur un élément de parure, une couronne de fleur ou un bijou éclatant. On soupçonne également du flou rajouté au premier plan de certains portraits.

@Jimmy Nelson Kazakh, Altantsogts, Bayan Olgii, Mongolia, 2011

Jimmy Nelson, Kazakh, Bayan Olgii, Mongolie, 2011 © Jimmy Nelson

Les partisans d’une authenticité absolue grinceront des dents. Les autres admireront la beauté indéniable des images captées par le photographe. On reproche souvent à Jimmy Nelson le caractère irréel de ses clichés, tant leur composition peut sembler trop parfaite, trop grandiloquente, presque hors du temps.

Bien évidemment, le photographe fait poser ses sujets, leur indique une position, une gestuelle ou dirige l’orientation de leur regard en fonction de l’âme qu’il souhaite donner à son image. À la façon d’un peintre composant une toile selon les règles de la spirale de Fibonacci, Nelson positionne ses modèles sur des points de force, leur indique quel geste adopter au moment le plus opportun de sorte à obtenir le cliché le plus harmonieux possible. Jimmy Nelson n’est pas un photoreporter, il est un artiste.

De même, une autre critique récurrente est son choix de ne pas donner davantage d’informations sur la situation critique de certaines tribus qu’il a choisi de rencontrer, ou bien de leur demander de porter certains vêtements qu’ils ne revêtent peu, voire pas du tout. Là aussi, les critiques dotent le photographe d’un rôle dont il ne s’est, pourtant, jamais réclamé : celui d’ethnologue.

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