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Un street-artist transforme un ancien siège social en fresque de 50 000m²

Jéremy Billault 8 juin 2016

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Pendant encore quelques semaines, du côté de Bruxelles, un projet immense et exceptionnel vit ses derniers jours. Dans les 50 000 m² du siège social abandonné d’une grande entreprise, un artiste, graffeur et peintre a reproduit les écrits et les dessins de ses carnets personnels, accumulés sur une vingtaine d’années. Sur les huit niveaux du bâtiment, l’artiste se livre dans une fresque gigantesque intime et infiniment personnelle, qui devrait être détruite en juillet prochain. Visite, entre émerveillement et émotion…

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Denis Meyers © Jon Verhoeft

Difficile d’y croire, même après l’avoir vu. Quand on nous parle du projet, il parait trop grand, trop ambitieux, trop pour un seul homme. Et pourtant… Tout commence en 2012, à Ixelles (l’une des 19 communes de Bruxelles-Capitale). Installée dans la commune depuis le XIXème siècle, l’entreprise Solvay, leader de la chimie sur le plan mondial, quitte son siège social et laisse derrière elle un espace immense, réparti du huit niveaux et toujours marqué par sa présence séculaire (notamment la salle de conférence). Surface totale : 50 000 m².

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Denis Meyers © Jon Verhoeft

Loin d’être effrayé devant cet espace infini (ou presque), Denis Meyers s’est projeté, ambitieux et inspiré par le potentiel de ce siège social désertique. Avec le soutien des nouveaux propriétaires des locaux (les sociétés Allfin et BPI qui comptent y créer un espace résidentiel), l’artiste belge a pu se lancer dans son projet gigantesque : une oeuvre d’art monumentale, des mots, des dessins, des visages, dans les moindres recoins du siège social abandonné.

Des visages, des figures…

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Denis Meyers © Thomas Vandendriessche

On ne s’attaque pas à 50 000 m² carrés de murs, de sols et de plafonds sans avoir une idée de ce que l’on va y peindre. Cette idée, Denis Mayers la porte en lui depuis longtemps, si ce n’est depuis toujours, à l’intérieur de lui : son parcours, ses émotions, son passé, sa vie, à travers le prisme de 150 carnets de dessins qu’il accumule depuis une vingtaine d’années. Il fallait bien l’immensité des murs encore habités par le fantôme de Solvay pour répandre les sensations de toute une vie, des mots isolés, quelques citations, des phrases parfois illisibles (l’intimité a sa place sur les murs, mais reste confidentielles), toujours dans un style très graphique, qui habille, maquille le bâtiment gigantesque et détruit par endroit, à l’intérieur.

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Denis Meyers © Jon Verhoeft

On avance, on se perd, on se repère et on croise : des visages, des figures du parcours de l’artiste, des musiciens qui l’ont marqué, sa famille, ses enfants ou même des inconnus, des rencontres éphémères qui habitent l’abandon de cet espace absolument unique, entièrement transformé. Les dessins jouent avec la lumière, sur les vitres teintées , on sait ce qu’ils représentent mais on ne les connait pas, l’émotion devient intense tant le travail presque névrotique de Denis Meyers prend de l’ampleur, au fil de la visite et de la découverte des méandres de ce palais qui resplendit pour la dernière fois.

Éphémère

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Denis Meyers © Gilles Parmentier

Car la force de l’oeuvre géante ne s’arrête pas là : dans quelques semaines, tout sera anéanti, réduit en poussières, pour que les acheteurs construisent les résidences initialement prévues. Denis Meyers a travaillé en attendant la destruction du bâtiment, il l’a toujours su. Supposé être détruit en mai dernier, le bâtiment devenu support, l’architecture devenue canevas a bénéficié de quelques semaines de sursis : à l’heure actuelle, la démolition est prévue pour le mois de juillet. Si l’on imagine la tristesse inévitable de l’artiste face à la destruction de son oeuvre, surtout compte-tenu de son caractère intimement autobiographique,  Denis Meyers sera pourtant là, « dans le bulldozer », quelques minutes après avoir dessiné les derniers traits d’une fresque dont la création ne s’arrêtera qu’à la destruction du bâtiment. De ce projet on espère un livre, des photos, des articles, des témoignages : l’événement ne tombera pas dans l’oubli. Et jusqu’à l’instant fatidique, pendant encore quelques semaines, l’artiste organise plusieurs visites guidées de son projet, d’un lieu-oeuvre unique au monde qui, on le sait, disparaîtra, mais qui restera gravé dans nos esprits.

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