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Eckersberg et l’âge d’or danois révélés à la Fondation Custodia

Agathe Lautréamont 2 juin 2016

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En-dehors des frontières de son pays d’origine, le Danemark, qui connaît véritablement le peintre Christoffer Wilhelm Eckersberg ? L’artiste est pourtant un représentant éminent de l’Âge d’Or danois, et celui-ci a considérablement marqué de sa touche précise et vibrante toute la peinture du XIXe siècle de son pays d’origine. Après être passée par Copenhague puis Hambourg, l’exposition vient désormais égayer les murs de la Fondation Custodia. Un voyage dans le Néo-classicisme nordique, entre paysages idéalisés et scènes de vie danoise.

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Rome rêvée

Au premier étage de la Fondation Custodia, la première salle de l’exposition s’attache à planter le décor, et introduire le visiteur à la personne Christoffer Wilhelm Eckersberg ; la première œuvre nous accueillant est d’ailleurs un autoportrait de l’artiste, exécuté entre 1807 et 1810. Si cette introduction permet aux curieux de se familiariser avec le jeune artiste via une sélection de réalisations de jeunesse, le véritable émerveillement arrive dans la deuxième pièce de l’accrochage. Tout autour de nous vibrent, brillent par des touches claires et d’une exactitude étonnante, des vues de la cité aux Sept Collines, ville de tous les fantasmes littéraires et artistiques ainsi qu’étape obligatoire du « Grand Tour » : Rome.

C’est à compter du mois de juin 1813 qu’Eckersberg s’installe dans la ville millénaire, et très vite, le jeune peintre parvient sans peine à s’insérer au creux d’un cénacle d’artistes enthousiasmés par les murs chargés d’Histoire qui les environnent. Eckersberg à son tour, se trouve saisi de cet embrasement pour la Ville Éternelle, et réalise nombre d’œuvres durant son séjour.

C. W. Eckersberg, Vue de la Cloaca Maxima, 1814 © National Gallery of Art, Washington

S’il reproduit des escaliers monumentaux, de fiers aqueducs et autres palais séculaires, il exécuta toujours ces toiles sur de petits formats. Question de budget ou choix esthétique ? Toujours est-il qu’en optant pour de modestes dimensions pour des paysages qui, traditionnellement, appellent de leurs vœux des toiles très grandes, Eckersberg démontre son sens de la minutie, de la précision absolue, et son goût pour la ligne.

Peintre des mœurs

Le pinceau affirmé, fort de deux voyages fondateurs à Paris puis à Rome, c’est triomphant et sûr de son style que Christoffer Wilhelm Eckersberg retourne dans ses pénates, à Copenhague. Il ne quittera plus jamais la capitale de son pays. Il devient alors professeur à l’Académie Royale des Beaux-Arts, et divise ainsi son temps entre l’enseignement et la peinture.

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C. W. Eckersberg, La Famille Nathanson, 1818 © Statens Museum for Kunst, Copenhague

Et quand bien même ce retour à la terre natale marque pour l’artiste un désintérêt croissant pour la peinture de paysage, il n’en oublie en rien l’importance que ce style représenta durant le début de sa carrière. Pour preuve, il introduisit la peinture en plein air auprès de ses élèves, arguant auprès des jeunes aspirants artistes que le paysage ne doit en rien être négligé dans une formation picturale digne de ce nom. Et à partir des années 1830, introduit auprès des riches milieux sociaux danois, Eckersberg entame une nouvelle étape de sa carrière artistique, et  dévouant son pinceau à peindre son époque, ses contemporains ainsi que leurs mœurs.

Une salle entière est dédiée à cette surprenante galerie de portraits. Avec une application surprenante, Eckersberg représente ses généreux mécènes qui lui permirent de voyager en France et Italie, sublime comme il se doit leurs jeunes et fringantes épouses, s’attache aussi bien à représenter les traits délicats de leurs visages comme la préciosité de leurs plus belles toilettes revêtues pour l’occasion. Dans une autre étape de l’exposition, un ensemble d’esquisses et de gravures représentent avec tout autant d’acuité un autre Danemark, celui des petites gens, des existences modestes, qui témoignent chez le peintre d’un sens aigu de l’observation.

Une vision du nu

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C. W. Eckersberg, Modèle masculin assis. Peter Kristrup, 1837 © Académie royale des Beaux-Arts du Danemark

Mais s’il devait être un domaine où C.W. Eckersberg devrait être retenu comme un grand novateur, c’est bien dans le registre du nu. Cette étape, le visiteur peut la découvrir après la vaste salle dédiée aux portraits et aux peintures sociales de son temps, comme une continuité. Les études de nu de l’artiste danois se détachent en effet sensiblement des canons traditionnels, qui tendaient à sublimer les corps représentés et, dans la tradition des marbres antiques, gommer tout ce qui pouvait apparaître comme un défaut. Cinq d’entre eux, réalisés presque grandeur nature, nous accueillent dans ce passage de la belle exposition de la Fondation Custodia. Cinq personnages, deux hommes, deux femmes, et une petite fille, ont été réalisés avec beaucoup de précision par l’artiste dans le but de servir ensuite d’étalon d’or à ses élèves de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Copenhague.

Âge, morphologie, taille, expressions concentrées ou au contraire rêveuses, corps fermes ou déjà affaissés par le poids des années, Eckersberg n’a évidemment pas choisi ses modèles au hasard, mais a au contraire pris le parti de représenter les corps humains dans toute leur diversité, loin des codes académiques irréels et surtout étriqués. Le parti-pris du peintre danois semble évident lorsqu’on observe la toile Modèle masculin assis. Peter Kristrup exécuté en 1837.

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C. W. Eckersberg, Le Repas est prêt, 1812 © Statens Museum for Kunst, Copenhague

 L’homme ne se tient pas droit, fier, le regard dirigé vers le lointain comme on pourrait s’y attendre. Au contraire, il semble absorbé dans ses pensées, le visage légèrement incliné vers le sol. Un éclairage latéral dote la toile d’une atmosphère qui rappelle le clair-obscur et qui vient souligner presque âprement les formes du corps du modèle, mais également ses défauts (rougeurs, pilosité, musculature peu marquée…) Ce n’est pas l’idéal qui intéresse Eckersberg, mais bien l’Humain.

C. W. ECKERSBERG

01/06/2016 > 14/08/2016

Fondation Custodia

PARIS

Pour la première fois, la France accueille une exposition monographique de Christoffer Wilhelm Eckersberg, artiste danois majeur du XIXe si...

Exposition terminée
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