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L’Angleterre pourra-t-elle acquérir le « Portrait à l’Armada » d’Élisabeth Ière ?

Agathe Lautréamont 25 mai 2016

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Il faudra 10 millions de livres sterling (un peu plus de 13 millions d’euros) pour que le Royaume-Uni puisse s’offrir le célèbre « Portrait à l’Armada » de la reine Élisabeth Ière (1533-1603), considéré aujourd’hui comme un des plus importants portraits royaux de l’Histoire de l’art britannique. L’actuel propriétaire de l’œuvre, un descendant de Sir Francis Drake, a décidé de le vendre…

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Portrait à l’Armada d’Élisabeth Ière, vers 1588 © Wikimedia Commons

Cela fait maintenant depuis 1775 et demi que les héritiers du navigateur Sir Francis Drake, favori de la reine Élisabeth Ière d’Angleterre, se transmettent de génération en génération un portrait de cette souveraine légendaire ; surnommée « la Reine Vierge » par l’Histoire britannique et qui donna son nom à une période historique du pays (l’ère élisabéthaine). C’est pourquoi en début de semaine, le Musée National de la Marine d’Angleterre et l’organisation caritative Art Fund ont annoncé le lancement d’une grande campagne de levée de fonds afin de collecter la somme de 10 millions de livres, afin d’acheter le portrait de la souveraine pour, ensuite, la faire entrer dans les collections nationales.

Considérée comme une des œuvres les plus emblématiques de la Renaissance anglaise, le « Portrait à l’Armada » exécuté vers 1588 et dont on ignore toujours le nom de l’artiste est reconnaissable entre tous. Tout dans ce portrait, du style pictural aux éléments de décors en passant par les différents symboles glissés dans la composition évoquent le foisonnement culturel que connut la période élisabéthaine.

Élisabeth Ire par Marcus Gheeraerts l'Ancien vers 1585

 Marcus Gheeraerts l’Ancien, Élisabeth Ière, vers 1585 © Wikimedia Commons

Un portrait très célèbre

Ce portrait est traditionnellement étudié par des générations de petits écoliers anglais tandis qu’il a été souvent utilisé dans le cinéma ou le théâtre comme source d’inspiration pour les costumes de la Reine Vierge.  Le portrait, cependant, reste une œuvre de propagande, entièrement dédié à célébrer et sublimer Élisabeth Ière, qui remporta une éclatante victoire sur la flotte espagnole qui tenta d’envahir Albion. Ce que le portrait ne dit cependant pas, c’est que l’issue de la bataille s’est principalement jouée sur la météo désastreuse de ce jour-là et qui joua grandement en défaveur des bateaux ennemis…

Sur ce portrait, la reine et protectrice de l’église d’Angleterre apparaît comme hors-du-temps, d’une grande beauté et le visage comme figé dans la cire, alors qu’elle était déjà âgée de 55 ans. Sa robe parée de pierreries et de perles ressemble cependant à une armure, tandis que sa main droite repose fermement sur un globe terrestre, signifiant par-là que la souveraine règne désormais sur le monde connu, étant donné qu’elle est parvenue à vaincre la seconde plus grande puissance militaire de son époque.

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 Marcus Gheeraerts l’Ancien, Sir Francis Drake, vers 1590 © Wikimedia Commons

Dix millions pour une Reine

En plus d’une dirigeante, elle se pose ainsi en rempart infranchissable, protectrice de son pays et de son peuple. Derrière Élisabeth Ière, on peut voir deux fenêtres. La première représente la flotte anglaise se préparant à la bataille sur une mer apaisée, le ciel clair. À travers la seconde, on peut apercevoir un océan déchaîné, un ciel orageux qui malmène les navires espagnols. Certains  ne sont déjà plus que des épaves venant se fracasser contre les rochers du rivage. Aux côtés de la souveraine, trône une sculpture de sirène. Cette créature n’est-elle pas connue pour attirer les marins dans ses griffes avant de les mener à leur perte ?

Pourtant, les lointains héritiers du premier possesseur de ce tableau, Sir Francis Drake, ont décidé en ce début de semaine de se séparer de cette peinture sur panneau de chêne.  La mise à prix, on le devine, est à la hauteur de la valeur historique du tableau : 10 millions de livres sterling. L’association Art Fund a proposé d’avancer 1 millions tandis que la National Gallery de son côté, offre 400 000£. Il reste donc  8 600 000 livres à trouver pour pouvoir acheter le précieux portrait.  Le directeur de Art Fund, Stephen Deuchar, ne cache cependant pas son inquiétude : il craint en effet de voir le tableau échapper au pays, et atterrir sur le marché de l’art, ce qui serait une terrible perte pour le Royaume-Uni, comme ce dernier l’explique dans un article publié sur The Guardian.

Par cette campagne, il espère bien que le grand public et le secteur du privé se montreront intéressés par cette acquisition. Mais l’heure tourne. L’Angleterre ne dispose que de deux mois pour récolter la somme nécessaire. Si le portrait est acheté, on sait déjà où il sera accroché et visible du public : la Queen’s House, site où se tenait le palais de Greenwich, centre névralgique du pouvoir de la dynastie Tudor.

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