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Un livre, une œuvre : quand les Préraphaélites s’emparent du cycle arthurien

Agathe Lautréamont 17 mai 2016

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Pilier de la matière de Bretagne, la légende arthurienne nourrit de ses récits incroyables, personnages héroïques et aventures chevaleresques la culture britannique depuis le Moyen-âge, époque à laquelle les premiers textes sur la Table Ronde ont été rédigés. Or, la période médiévale, après être tombée dans un relatif oubli, a connu un soudain regain d’intérêt à partir du XIXe siècle ; les artistes s’attachant alors à exploiter ce terreau de légendes inépuisable pour nourrir leur art. C’est ainsi que les préraphaélites, école artistique s’inspirant des peintres nés avant Raphaël (1483-1520), se sont emparés des légendes entourant Arthur et des nombreux personnages qui gravitent autour de lui. Illustration avec le peintre Frederick Sandys représentant la maléfique Fée Morgane…

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Frederick Sandys, Morgan Le Fay, 1864 © Wikimedia Commons

Né en 1829, Frederick Sandys est un artiste britannique s’inscrivant dans le mouvement pictural des Préraphaélites. Fortement imprégnée de la culture foisonnante de l’ère Victorienne, le dessinateur, graveur et peintre est passé à la postérité grâce à ses huiles sur toile dont les sujets sont majoritairement inspirés par la mythologie grecque et latine et, bien sûr, par la légende arthurienne. Issu d’une famille d’artistes, Sandys se forme très jeune au dessin grâce aux leçons de son père, peintre de son état. À l’âge de dix-sept ans seulement, son talent est salué par la prestigieuse Royal Society of Arts, ce qui augure une carrière prolifique pour le jeune artiste.

Au cours de sa carrière, le britannique se fit remarquer pour ses illustrations destinées à des classiques de la littérature anglaise, mais également pour ses caricatures qui, parfois, n’hésitaient pas à distribuer quelques coups de griffes aux grands artistes qui lui étaient contemporains, à l’image de John Everett Millais qu’il n’hésita pas à représenter en chevalier monté sur un… âne !

Dans les années 1860, Frederick Sandys se lie d’amitié avec un des plus éminents représentants de la mouvance Préraphaélite : Dante Gabriel Rossetti. Leur amitié fut si profonde que le style de Sandys s’en retrouva fortement influencé, lui donnant le goût pour les sujets inspirés de la matière de Bretagne et pour les représentations de jeunes femmes éthérées et à la beauté idéalisée.

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Frederick Sandys, Marie-Madeleine, 1859 © Wikimedia Commons

Fascination pour la femme

C’est à cette même époque que le peintre se trouve au sommet de sa carrière, exposant dans tout Londres ses portraits de femmes issues de la mythologie ou de la littérature. Toutes ont en commun des visages aux formes magnifiées, aux chevelures longues et abondantes (le plus souvent rousses) et au teint très pâle ; une représentation issue d’une époque qui tendait à esthétiser et sublimer les femmes atteintes de tuberculose.

La terrible maladie pulmonaire contribuait en effet à blanchir le teint des femmes, rendre leurs yeux humides et donc brillants, et rosir leurs lèvres. La représentation par l’artiste de la Fée Morgane, demi-sœur vengeresse du Roi Arthur, est une illustration caractéristique de cette esthétique typique de la seconde moitié du XIXe siècle anglais.

La Fée Morgane est un des personnages les plus complexes du cycle arthurien. Selon les époques et les auteurs, elle peut tout aussi bien être une femme animée de bonnes intentions qu’une créature maléfique ayant juré la perte de son demi-frère, le Roi Arthur, et de ses chevaliers de la Table Ronde. C’est d’ailleurs ce côté malfaisant que notre époque contemporaine a davantage retenu, faisant de Morgane l’opposé de la bienfaitrice Fée Viviane.

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John William Waterhouse, The Lady of Shalott, 1888, Tate Gallery © Wikimedia Commons

Morgane la tentatrice

Les tous premiers textes s’attardent peu sur son véritable rôle, et il faut attendre le début du XIIIe siècle pour voir son caractère gagner en épaisseur et en précision. De guérisseuse, Morgane devient sorcière portée sur l’empoisonnement et les mauvais sorts. De figure féminine protectrice, elle devient une femme dépravée en tentatrice, dévorée par une ambition que la période médiévale réprouvait forcément.

Ce caractère volcanique, bouillonnant et mauvais, Frederick Sandys s’est attaché à le révéler via diverses clés de lecture glissées dans cette huile sur toile, exécutée en 1864. Arborant une épaisse chevelure rousse, couleur de la tentation Morgane vient de terminer la conception d’un vêtement ensorcelé qu’elle destine à son demi-frère Arthur, qui brûlerait sa peau. Dans son dos, on voit d’ailleurs le métier à tisser qui lui a permis de réaliser sa triste besogne. Fioles contenant des potions, grimoires couverts de symboles cabalistiques, coffre secret renfermant des élixirs ponctuent la scène et définissent précisément le rôle de Morgane : celui de sorcière.

Son aspect extérieur, avec ses cheveux en désordre, sa gestuelle emportée et sa robe aux couleurs vives et agrémentées d’une peau de léopard suggère le danger, tout comme une sexualité bestiale et débridée, bien que sous-jacente. Cette œuvre de Frederick Sandys est très célèbre et aura très fortement influencé la vision que nous avons aujourd’hui de la Fée Morgane.

Retrouvez nos précédents épisodes de la série «Un livre, une oeuvre» sur Rodin et Dante, William Shakespeare, Martin et Milton !

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