Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_cercle_2 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS
expo_cercle_4 PICASSO – GIACOMETTI

04/10/2016 > 05/02/2017

Musée Picasso - PARIS

LA NEWSLETTER

En Angleterre, opération sauvetage pour des graffitis datant de la Première Guerre mondiale

Agathe Lautréamont 16 mai 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Dans la région du Nord Yorkshire, en Angleterre, se dresse la silhouette crénelée d’un imposant château du XIe siècle : Richmond Castle. Pendant le Première Guerre Mondiale, la forteresse servit de prison à des citoyens britanniques ayant refusé de partir à la guerre  et ses cellules contiennent toujours des graffitis griffonnés par les prisonniers, qu’il est aujourd’hui urgent de sauver…

2

Un graffiti datant de 1916 © Anthony Chappel-Ross- English Heritage – PA

L’organisation English Heritage, qui est en charge de la préservation et de la promotion du patrimoine britannique, vient d’annoncer son intention de financer une vaste opération de sauvetage. Celle-ci ne concerne pas directement le superbe château de Richmond Castle, non, mais plutôt de ce qui se trouve à l’intérieur, très précisément sur ses murs.

Dans ses cellules, dans ses escaliers, dans ses communs, se rencontrent de rares graffitis et inscriptions laissés là par d’anciens prisonniers du début du XXe siècle, qui furent enfermés à Richmond pour avoir refusé de s’engager pour se rendre sur le front, au cours de la Première Guerre Mondiale. Aujourd’hui, un siècle après la « der des ders », English Heritage estime urgent de répertorier, documenter et préserver ces précieuses inscriptions, de véritables archives d’exceptionnels témoignages d’hommes qui refusèrent d’aller se battre à la guerre.

Ainsi, dans une des cellules du château de Richmond, on peut encore lire le texte suivant (bien qu’à moitié effacé), hâtivement tracé au crayon gris sur les murs alors blanchis à la chaux : « Moi, Percy F. Goldsbrough de Mirfield, fut transféré à Richmond depuis Pontefract le vendredi 11 août 1916 et placé dans cette cellule, pour avoir refusé de devenir soldat. » Selon Kevin Booth, archéologue à la tête du projet de préservation, ne cache pas son inquiétude dans les colonnes du journal britannique The Guardian.

1

Un paysage dessiné à Richmond Castle © Anthony Chappel-Ross- English Heritage – PA

Le château, vieux de dix siècles, souffre d’humidité. Et depuis 150 ans, les prisons de la forteresse connaissent d’importantes infiltrations qui mettent en péril les inscriptions.  Pourtant, Kevin Booth, se réjouit de voir qu’autant de graffitis ont pu traverser le cours du temps, malgré leur très grande fragilité. Plein d’espoir, il espère bien parvenir à les préserver. Et si jamais la tâche s’avérait impossible, tout au plus espère-t-il pouvoir les photographier, les documenter et les numériser.

Parmi ces témoignages émouvants, on trouve des lignes rédigées par des quakers, des méthodistes (dont on retrouve des extraits de prières sur les murs), des socialistes qui ont écrit des extraits du chant révolutionnaire « The Red Flag » (Le Drapeau Rouge) et même de délicats motifs floraux tracés par un dentellier. On retrouve également des esquisses : femmes, enfants, paysages et foyer familial, probablement tracés par des hommes se demandant s’ils rentreraient jamais un jour chez eux…

Sur un autre mur, on trouve ce manifeste : « La seule guerre méritant d’être menée est celle de la lutte des classes. La classe ouvrière de ce pays n’a rien à reprocher à celle de l’Allemagne ou des autres pays. Le socialisme est l’international. Si les travailleurs de toutes les nations s’unissaient et refusaient de se battre, il n’y aurait pas de guerre. » Tous les prisonniers de Richmond Castle ont en commun d’avoir refusé de partir au front, d’obéir à la discipline militaire, ou de contribuer à l’effort de guerre de quelque manière que ce soit.

3

L’archéologue Kevin Booth examinant une partition dessinée au crayon © Anthony Chappel-Ross- English Heritage – PA

Parfois, certains parmi les plus résolus, passaient devant la cours martiale avant d’être condamnés à mort, afin de « faire un exemple ». Ils étaient alors extraits de leur prison, une aile attenante an donjon datant du XIXe siècle, glaciale et humide même en plein été, et étaient  fusillés. Après le Premier Conflit mondial, cette aile lugubre de Richmond Castle continua d’être utilisée pour cette sinistre tâche pendant la Seconde Guerre mondiale. On trouve même quelques habitués. Ainsi, un certain « Soldat Badger » a laissé son nom dans à peu près toutes les cellules de Richmond… Un récalcitrant, probablement. Facétieux, il a même changé le nom de la belle fiancée dessinée par Percy F. Goldsbrough.

Malgré des points de vue, des milieux sociaux ou des opinions politiques différents, l’archéologue Kevin Booth souligne que les prisonniers n’effacèrent ou ne biffèrent jamais des inscriptions précédentes susceptibles de heurter leurs convictions, comme s’ils avaient senti le devoir de respecter les inscriptions laissées par leurs camarades d’infortune, unis dans leur refus d’aller à la guerre. En tout et pour tout, ce ne sont pas moins de 5000 inscriptions et dessins qui ornent les prisons de Richmond Castle, au plus grand bonheur des archéologues et des historiens.

On trouve même une caricature d’Hitler, plutôt réussie, flottant dans les airs. Objectif principal : trouver un moyen de préserver les graffitis du climat très pluvieux de cette région du nord de l’Angleterre. Moisissure, infiltrations et humidités continuent en effet de détériorer les dessins, et ce même après une première initiative prise il y a trente ans pour protéger les graffitis : la fermeture des prisons au public.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE