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Le marché de l’art français vent debout contre l’interdiction du commerce de l’ivoire

Agathe Lautréamont 13 mai 2016

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Un collectif de professionnels du marché de l’art s’est récemment réuni pour rédiger une lettre ouverte à la Ministre de l’environnement Ségolène Royal. Le but de ce courrier ? Critiquer vertement sa décision d’interdire tout commerce d’objet en ivoire en France.

Stefano Montesi Contributeur

Des défenses d’éléphant exposées en Italie avant d’être détruites, le 31 mars dernier © Stefano Montesi – Getty Images

Ils ne sont pas contents et se sont empressés de le faire savoir. Un collectif de professionnels du marché de l’art a publié une lettre ouverte pour critiquer un projet de loi défendu par Ségolène Royal ; un courrier signé de présidents de diverses représentations comme le SNA (syndicat national des antiquaires), la SFEP (syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art), le Symev (syndicat des maisons de vente), le SNCAO-GA (syndicat national du commerce de l’antiquité, de l’occasion et des galeries d’art) et de la CNE (compagnie nationale des experts).

Dans cette lettre d’un peu moins de deux pages, ces professionnels font part de leur inquiétude au sujet d’un projet de loi défendu par Madame Royal, visant à interdire purement et simplement tout commerce d’objet en ivoire sur le territoire français. Face à ce projet que l’élue de la République devrait présenter dans les prochains jours, les spécialistes du marché de l’art ont opposé une véritable levée de bouclier.

Pour eux, cette décision porterait un coup dur au marché français de l’art. Il faut en effet savoir que le commerce de l’ivoire, également surnommé « or blanc » du fait de sa préciosité, se révèle rigoureusement encadré depuis 1990. Son commerce est limité aux objets datant d’avant 1947 et qui, de fait, sont considérés comme des antiquités ; ou bien à des pièces et morceaux bruts qui sont entrés au sein de l’Union  européenne à une date antérieure à 1990.

Stefano Montesi Contributeur 2

De l’ivoire exposé en Italie avant d’être détruit, le 31 mars dernier © Stefano Montesi – Getty Images

Une tonne d’ivoire vendu tous les mois en France

Ce décret prôné par Ségolène Royal serait donc un très mauvais coup porté au marché de l’art en France, si l’on en croit les inquiétudes des collectionneurs et des acteurs du marché. En effet, pour les signataires de la lettre ouverte, interdire la vente de pièces anciennes ne contribuerait en rien à améliorer le sort des éléphants de notre période contemporaine.

Même si la lettre s’attache scrupuleusement à souligner, en début et en fin de lettre, que le trafic d’ivoire au XXIe siècle est une abomination qu’il convient de fermement condamner, il n’en serait en revanche pas de même pour les pièces qui ont été fabriquées à partir de défenses d’éléphants abattus il y a de ça plusieurs siècles. Il y a prescription. En effet, on retrouve des objets fabriqués à partir d’ivoire aussi bien dans les arts premiers que dans les arts de l’Islam jusqu’au XIXe siècle.

Aussi, ces professionnels du marché de l’art réclament-ils une concertation avec la Ministre, afin de discuter avec cette dernière d’une révision de son projet de loi. Ils espèrent ainsi assouplir les décisions de Ségolène Royal, et leur expliquer plus largement leur point de vue. Objectif : permettre le commerce de  pièces anciennes faites en défenses d’éléphant qui représentent chaque mois, selon les estimations de l’ONG pour la protection de l’environnement Robin des Bois, près d’une tonne d’ivoire (que les éléments soient bruts, ou travaillés en objets d’art).

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Le Kenya brûle de l’ivoire près de Nairobi, le 30 avril dernier © Charlie Hamilton James, National Geographic

70% des éléphants d’Afrique centrale abattus en 10 ans

Les divers syndicats signataires estiment, par ailleurs, qu’interdire un commerce légal et contrôlé en France viendrait à faire fuir les vendeurs vers des contrées aux législations plus souples, ou pire : amènerait à la création d’un marché parallèle, ou pour le dire plus directement, d’un véritable marché noir.

Ce projet de loi visant à interdire tout commerce d’ivoire en France résulte d’une action de grande ampleur menée au Kenya à la fin du mois d’avril dernier. Dans une cérémonie dirigée par le président kenyan Uhuru Kenyatta et proposée par l’ONG Kenya Wildlife Service, les défenses d’environ 7000 éléphants avaient été incendiées près de Nairobi, dans un gigantesque brasier. La valeur estimée de l’ivoire brûlé ce jour-là est estimée à environ 105 millions de dollars.

L’objectif pour le Kenya ? Affirmer son engagement en faveur des éléphants d’Afrique, aujourd’hui toujours la cible régulière de braconniers, qui n’hésitent pas à abattre de sang-froid les pachydermes pour ensuite tronçonner leurs défenses. Ces dernières partiront ensuite du côté de l’Asie, ou l’ivoire mais hélas aussi les cornes de rhinocéros sont particulièrement prisées, les unes pour leur valeur marchande, les autres pour leurs soi-disant propriétés aphrodisiaques.

La lettre ouverte peut être consultée ici.

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