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Jacques-Émile Blanche, portraitiste des grands artistes du XXe siècle

Agathe Lautréamont 13 mai 2016

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Si jamais pour la belle saison, vos pas vous dirigent du côté de Deauville et de ses planches, empruntez donc cette mythique promenade jusqu’au bout, pour visiter l’espace culturel le Point de Vue. Celui-ci propose une ravissante petite exposition sur l’artiste Jacques-Émile Blanche, peintre du foisonnement culturel du début du XXe siècle…

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Jacques-Émile Blanche, Le groupe des six, 1905 © Musée des Beaux-Arts de Rouen

Qui était Jacques-Émile Blanche ? Pour cerner de suite cette figure artistique française méconnue, écoutons ce que disait de son travail son contemporain, Maurice Denis : « Un ensemble précieux pour les historiens de l’avenir ; cette galerie est le panthéon d’une époque ». Élevé dans une famille raffinée, le jeune Jacques-Émile baigne dès son plus jeune âge dans une atmosphère culturelle prestigieuse. Dans le cabinet du père, psychiatre de son état, passeront des personnages comme Theo van Gogh, Nerval et Maupassant.

Quant à madame Félicie Blanche, elle tient salon et s’entoure d’esprits brillants pour causer culture et politique autour d’une tasse de thé fumant. En grandissant, le futur peintre évolue au contact des brillantes influences de Mallarmé, Renoir, Gide ou Degas.

Les uns le feront longtemps songer à embrasser une carrière d’écrivain ; les autres influenceront son style pictural durablement. Son choix est finalement arrêté en 1880 : peintre, il sera. S’en suivent des années de formation et les premières toiles véritables arriveront en 1889.

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Jacques-Émile Blanche, Seconde étude pour la Comtesse de Noailles, 1912 © Musée des Beaux-Arts de Rouen

Le parcours proposé par le Point de Vue s’avère aussi bien thématique que chronologique ; et illustre admirablement ce que fut le fil rouge de la carrière de Blanche : sa passion pour le portrait et ses indénombrables amitiés avec les plus grands esprits de notre temps. C’est ainsi qu’il réalisa des portraits de l’écrivaine Virginia Woolf rencontrée à Londres, du norvégien impressionniste Frits Thaulow, puis de se lier d’amitié avec l’immense Marcel Proust dont il exécutera le portrait en 1892.

De Paris à la Normandie en passant par la capitale de l’Angleterre, Blanche se lie d’amitié avec les plus grandes figures de son temps, défend les esprits novateurs et iconoclastes et scelle ses liens amicaux en réalisant des portraits. À partir de 1901, le peintre et son épouse tiennent salon à leur tour dans leur belle propriété normande, située à quelques encablures de Deauville. Des figures intellectuelles comme l’artiste Paul Helleu ou l’écrivain André Gide deviendront des habitués de la maison du couple Blanche.

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Jacques-Émile Blanche, Étude pour le portrait de Jean Cocteau, 1912 © Musée des Beaux-Arts de Rouen

La touche de cet artiste est est légère, vaporeuse; on y décèle l’influence aussi bien de peintres comme l’anglais Gainsborough ou comme le français Renoir. Et pourtant, tout au long du parcours de l’exposition, on est frappé par le grand nombre d’études et d’esquisses accrochées, encadrées et signées de la main de Jacques-Émile Blanche.

Célèbre pour son perfectionnisme, le portraitiste réalisait réalisait de nombreuses esquisses préparatoires avant de se lancer pour de bon dans l’exécution du tableau final. Certaines en arrivaient à un tel degré d’achèvement qu’au bout du compte, il y apposait sa signature et les conservait telles quelles. Et de fait, les plus saisissantes oeuvres exposées dans le parcours seront toujours présentées sous ce nom : étude. C’est le cas de son portrait du compositeur russe Igor Stravinsky, âgé de trente ans.

Le musicien venait d’arriver à Paris, auréolé du succès de L’oiseau de feu et de Petrouchka. Pourtant, sa représentation du Sacre du Printemps fit un véritable four. Blanche sera un des seuls contemporains du jeune musicien à saluer l’audace de cette oeuvre, trop moderne.

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Jacques-Émile Blanche, Etude pour le portrait d’Igor Stravisnky, 1912 © Musée des Beaux-Arts de Rouen

Dans cette toile préparatoire, le compositeur russe pose un peu distrait, le regard fuyant, comme mal à l’aise. Les touches limpides de Blanche rendent pourtant un ensemble surprenant d’harmonie et d’unité. Le constat est sensiblement le même pour son étude au portrait de Stéphane Mallarmé, posant parmi ses collaborateurs de la Revue Indépendante.

Certes, nous sommes encore face à une esquisse, mais une esquisse qui rend à merveille la fierté, le port de tête et l’assurance de l’écrivain qui fut, pour la petite anecdote, le professeur d’anglais de Blanche durant l’adolescence de ce dernier.

Ainsi l’exposition de Deauville ne se limite pas à être une rétrospective du travail de Jacques-Émile Blanche. Elle présente un panorama riche de la vie culturelle française de la première moitié du XXe siècle.

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