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Cristina Iglesias, entre bouleversement et dualité des sens

Jéremy Billault 13 mai 2016

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Jusqu’au 31 juillet prochain, le Musée de Grenoble accueille une représentante majeure de l’art contemporain espagnol : Cristina Iglesias. L’exposition, qui n’est pas une rétrospective, est plutôt conçue comme un ensemble, une promenade, un parcours et une expérience sensorielle… intense. Le calme et la tempête, la sécurité et le danger, bienvenue dans un monde où tout est en permanence remis en question.

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Cristina Iglesias, Sans titre (Passage II), 2002 © P. Migeat, ADAGP

Rarement une exposition aura été aussi uniforme, et pour cause, c’est ainsi qu’elle a été pensée. Avec Guy Tossato, directeur passionné (et passionnant) du musée de Grenoble, Cristina Iglesias (qui se fait rare en France) a conçu son exposition comme un parcours, une promenade. Mieux, comme un fil conducteur, un fil d’Ariane sur lequel le visiteur marche pourtant en funambule.

Pas question de rétrospective, de grande présentation du travail de l’artiste depuis ses débuts : réputée dans le monde entier pour certaines œuvres monumentales, Cristina Iglesias peut profiter, à Grenoble, d’un public qui la connaît très peu et qu’elle prendra par la main. Reste à savoir s’il faut la suivre…

Corps et âme

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Cristina Iglesias, Demeures sous-marines, 2002 © ADAGP, Paris 2016

Les œuvres de Cristina Iglesias ont l’avantage de s’adresser à tous : à travers un jeu de perception permanent, l’artiste imprègne sa patte à nos sensations. Parfois, le visiteur observe : un bocal de poissons nageant paisiblement autour d’une structure qui a l’air d’être ici depuis des années, un puits dont le niveau d’eau diminue avant de réapparaître.

Parfois, il plonge, il traverse, il explore des œuvres monumentales, des labyrinthes d’une végétation dure comme la pierre. Deux points de vue, deux façons d’appréhender la relation entre l’oeuvre et celui qui la regarde. Pourtant, c’est peut-être là tout son talent, rien n’est jamais aussi simple.

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Cristina Iglesias, Puits I (variation 2), 2002 © ADAGP, Paris 2016

Au contraire même, face à une oeuvre de Cristina Iglesias, le conflit est permanent : peu importe sa forme, peu importe sa taille, l’oeuvre nous attire et nous rejette : les barrières nous interdisent les espaces, les trous qu’ils contiennent nous invitent. À l’intérieur, tout semble naturel, vert, immaculé : rapidement, la matière apparaît artificielle. 

Moucharabieh

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Cristina Iglesias, Pavillon suspendu IV © ADAGP, Paris, 2016

Les barrières de la discorde, que l’on retrouve sous plusieurs formes au fil de l’exposition, s’inspirent des moucharabieh que l’on trouve en Espagne et en Afrique : des sortes d’écrans conçus pour protéger à la fois de la lumière et des regards indiscrets. En installant une sculpture suspendue formée de plusieurs de ces écrans, Cristina Iglesias nous offre une totale liberté de mouvement, pénétrable comme un Soto, et d’interprétation.

L’oeuvre est gracieuse, le jeu de lumière est sublime, des lettres illisibles sculptées à même la structure s’associent dans un jeu de lumière agréable et aérien. Mais l’ensemble ne se referme pas, par la seule action de notre pensée jointe à notre perception, il devient une cage. Là où on observait curieusement, on devient observé, on devient les poissons d’il y a quelques minutes, dont, après réflexion, on commence à douter de la béatitude.

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Cristina Iglesias, Puits I (variation 2), 2002 © ADAGP, Paris 2016

L’exposition est donc bel et bien une oeuvre : le début n’est pas un écho à la fin, ils sont indispensables, indissociables dans l’expérience que l’artiste nous propose. En ce sens, la dernière étape du voyage onirique composé par Cristina Iglesias englobe avec finesse le maelström de sensations fortes des étapes précédentes, qui en deviennent les clefs.

Dans un espace bordé de verre opaque de couleur verte, admirable, agréable et terriblement froid, le visiteur est, à son tour, suspendu (supporté par un grillage), suspendu au-dessus d’un grand puits qui, lui aussi, se vide de son eau pour laisser paraître un mélange de roche et de racines, avant de se remplir à nouveau. Tout y est, la cage, le vide, la nature, l’artifice, la beauté : voilà ce qui fait de Cristina Iglesias une artiste unique et de l’exposition de Grenoble un must absolu.  

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