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Palindromes, hasard et précision: hommage à François Morellet

Jéremy Billault 12 mai 2016

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Le 11 mai dernier, à Cholet, l’artiste François Morellet est mort à l’âge de 90 ans. Alors que ses néons brillent ici où là et qu’au musée du Louvre ses vitraux lui survivront, exponaute rend hommage à un état d’esprit hors du commun, à une passion enfantine pour le hasard et la contrainte, poussée jusqu’à l’extrême qui marquera de ses facétie l’Histoire de l’art à venir. 

FRANCE - NOVEMBER 25: Exclusive: The artist Francois Morellet in France on November 25, 1999. (Photo by Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho via Getty Images)

François Morellet en 1999, Photo : Raphael Gaillarde ©Getty Images

L’est mort Morellet. C’est pur, c’est brut, c’est cru, mais c’est ce qu’on dira, parce que c’est poétique, parce que c’est libre. Il a dû s’y attendre, d’ailleurs, tout au long de sa vie. Que ça se termine comme ça, en un dernier jeu de mot, un dernier calembour, un dernier sourire. L’est mort Morellet, c’est un jeu de mot, mais c’est surtout phonétiquement un palindrome, une figure de style, là où le commencement est la fin, où la fin est le commencement. Et comme un palindrome, François Morellet a fini là où il a commencé, mort là où il est né, à Cholet, le 11 mai dernier.

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L’esprit d’escalier, Photo: A. Dequier ©Musée du Louvre

Trac-arT

Pour certains c’est le Louvre, les vitraux dérangés de l’esprit d’escaliers. Pour d’autres c’est le Centre Pompidou, le musée qui a tant tardé a lui donner sa chance et qui organisa, il y a quelques années, une rétrospective historique et enfantine :  « Je m’adore, disait-il à l’époque, toutes ces couillonnades chics et pas chères me plaisent beaucoup ». Personnellement, c’est Besançon et ses ronds points, de part et d’autre de la citadelle de Vauban, au début du tunnel, à la fin du tunnel. Outre ses néons, son matériau éblouissant (No end neoN, n’est-ce pas), François Morellet restera pour toujours un enfant, un amoureux du jeu, pratique qu’il a poussée à l’extrême, à la profondeur, sans la dénaturer.

Le jeu, d’ailleurs, Morellet est tombé dedans quand il était petit: avant la carrière qu’on lui connait, il avait repris l’entreprise familiale, qui fabriquait des jouets, sans prétention. Et sans prétention, l’art pris le dessus, via des matériaux neufs, pas faits pour l’art, pensait-on (« la peinture, la sculpture c’est fini ! » pensait-il, lui) et via une attirance compulsive pour la géométrie, sa meilleure compagne dans sa pratique de l’absurde. Sans prétention toujours, nul en math mais géomètre (pi devient une contrainte; le rapporteur, un outil; le hasard, un fil conducteur ), le travail de François Morellet est clair, il est ce qu’il est, il ne faut pas trop chercher pourquoi. C’est le cas d’une de ses œuvres emblématiques, fondatrices, intitulée Répartition aléatoire de 40 000 carrés
suivant les chiffres pairs et impairs d’un annuaire de téléphone, 50% bleu, 50% rouge 
créée en 1963, dont le processus créatif est on ne peut plus équivoque.

Pas ma faute

FRANCE - NOVEMBER 25: Exclusive: The artist Francois Morellet in France on November 25, 1999. (Photo by Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho via Getty Images)

François Morellet en 1999, Photo : Raphael Gaillarde ©Getty Images

Certains chercheront à voir beaucoup dans le travail acharné d’une contrainte purement née du hasard, Morellet n’en sera qu’émerveillé, « émerveillé par tout ce qu’on peut faire dire à des travaux spécialement faits pour ne rien dire ». Tout le monde y avait accès, les cascades néons anguleux, les vitraux réinventés, toute la médiation est dans le titre, il n’y a à voir que ce qu’il y a, rien d’autre: pas de lui-même, pas de symbole, juste ça. Mais c’est déjà beaucoup. Quoi qu’on y voie, quoi qu’on imagine, François Morellet se déculpabilise comme un enfant pris en flagrant délit: ce n’est pas moi, ce n’est pas de ma faute, je n’y suis pour rien.

FRANCE - NOVEMBER 25: Exclusive: The artist Francois Morellet in France on November 25, 1999. (Photo by Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho via Getty Images)

François Morellet en 1999, Photo : Raphael Gaillarde ©Getty Images

Avec Morellet, c’est un vent de fraîcheur qui s’en est allé: celui de l’art qui joue avec virtuosité, celui pour qui l’humour, c’est sérieux, qui émerveille, qui éblouit, dont la subtilité n’a d’égale que la gratuité. Paul Valéry avait cette formule qui (on aurait pu citer Alphonse Allais ou Boby Lapointe, ceci dit) s’attache parfaitement à ce à quoi François Morellet a consacré sa vie: la liberté, la vraie: « Les grandes contraintes exigent et engendrent la plus grande liberté d’esprit ». Ses contraintes, elles étaient grandes (voire infinies, demandez à Pi), lui, il était libre. Comme le hasard lui a toujours réussi, lui qui a l’habitude de bien faire les choses, Morellet l’est mort là où il est né (le 20/02/2002, c’était trop tôt): un itinéraire palindromique que l’on voit forcément comme un symbole. Pourtant, ce n’est pas de sa faute, il n’y est pour rien.

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