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Salon de Montrouge : des changements et des sensations fortes !

Jéremy Billault 9 mai 2016

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Du 4 au 31 mai, 60 jeunes artistes sélectionnés parmi près de 3000 dossiers sont présentés à l’occasion de la 61ème édition du Salon de Montrouge. Dirigé pour la première fois par Ami Barak, le salon, qui a changé de forme et de scénographie, a su garder ce qui fait son charme depuis plus d’un demi-siècle : la fraîcheur, la découverte et le talent. Visite guidée et présentation des lauréats d’une édition plutôt réussie. 

BARTH Guillaume, Sculpture pour distiller le noir, 2014, installation, techniques mixtes, dimensions variables (c) Guillaume BARTH

Guillaume Barth, Elina (j+3), 2015 © Guillaume Barth

Grand cru ? Révolution ? Recadrage ? Voyage au bout de l’ennui ? La 61ème édition du Salon de Montrouge, soutien à la jeune création et tremplin très productif en matière de lancements de carrières, a enfin ouvert ses portes, dirigé pour la première fois par Ami Barak, ancien commissaire de la Nuit Blanche, de la Biennale de Jérusalem ou encore du pavillon roumain de la Biennale de Venise. En évinçant l’an dernier le critique d’art Stéphane Corréard malgré un véritable succès public et critique, la ville de Montrouge revendiquait la volonté d’une nouvelle équipe pour porter un nouveau projet. Deux jeunes scénographes, Ramy Fischler et Vincent Le Bourdon, succèdent donc à Matali Crasset tandis que c’est Camille Baudelaire, une jeune graphiste, qui a travaillé à la nouvelle identité visuelle d’un salon revisité mais pas déstructuré.

Le changement c’est maintenant ?

2 Vue du 61e Salon de Montrouge (c) Salon de Montrouge, photo Natalia Fempi Sova

Vue du 61e Salon de Montrouge © Salon de Montrouge, photo: Natalia Fempi Sova

La principale nouveauté de ce rassemblement de la jeune création, c’est avant tout son parcours. Divisé en cinq chapitres, le salon est une suite de compartiments qui, c’est là sa particularité, rassemble les artistes et les œuvres par thématiques : la sélection se veut moins éparse et plus à même de créer un dialogue entre les 60 artistes. La nouvelle direction savait donc ce qu’elle voulait et le message qu’elle voulait transmettre : la jeune création sans critère de sélection (mise à part la jeunesse, fini les jeunes artistes de 70 ans) mais dans une mouvance bien précise. Ami Barak nous a dit vouloir « une mutation plutôt qu’une révolution », une nouvelle approche plus ciblée qui, sans doute, sera moins éclectique et surtout moins représentative que celle des éditions précédentes. Reste à savoir ce que cela donne.

Parcours

PRIX DU CD DES HDS - Anne-Charlotte Finel, Trou (recherche), 2016, vidéo, 58s (c) AC Finel

Anne-Charlotte Finel lauréate du prix du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine, Trou (recherche), 2016

© Anne-Charlotte Finel

Si l’on avait quelques craintes, on peut être rassurés : les cinq chapitres agissent comme un outil de médiation, comme une forme, un parcours suggéré qui rythme la visite et les découvertes, plutôt qu’une contrainte. Les cinq thématiques retenues, bien qu’un peu pompeuses, permettent aux artistes une certaine liberté et, surtout un dialogue intéressant. Le travail d’un tel résonne avec celui d’un autre, un détail, une pensée, les liens se créent naturellement malgré la diversité de formes (peu de peinture, cela dit), l’exigence de la programmation n’a pas été entachée par l’approche de la nouvelle direction qui, du fait de ce parcours repensé, apparaît plutôt clairement. Voilà un échantillon de ce que veulent dire les très jeunes artistes d’aujourd’hui, la génération de la fin des années 80, début 90.

Les lauréats : ASMR, grisaille et bateau

23 Vue du 61e Salon de Montrouge (c) Salon de Montrouge, photo Natalia Fempi Sova

Vue de l’oeuvre d’Anne le Troter © Salon de Montrouge, photo: Natalia Fempi Sova

Innovation, ère du temps, originalité formelle : le choix d’Anne le Troter parmi les 60 candidats au Grand Prix du salon est plutôt clair. L’oeuvre récompensée est une installation plutôt austère, des chaises tout ce qu’il y a de plus banal, au point qu’on n’aperçoit pas, au premier coup d’œil, ce dont il s’agit. Et pour cause, c’est au premier coup d’oreille que tout s’éclaircit : des voix murmurent subitement à nos oreilles, via une installation sonore bien pensée et provoquent une sensation qui surprendra ceux qui la découvrent. Car l’oeuvre d’Anne le Troter est l’écho d’un phénomène grandissant : l’Autonomous sensory meridian response, autrement dit ASMR. Cette technique consiste en la provocation d’une sorte de frisson provoqué par ici un chuchotement au creux de l’oreille. L’ASMR s’est notamment beaucoup développé via des vidéos Youtube, suscitant l’adhésion absolue des uns et le rejet tout aussi absolu des autres. Drôle de sensation, donc, et probablement drôles de réactions sur place et, à l’avenir, au Palais de Tokyo qui accueillera le travail d’Anne le Troter suite à son Grand Prix.

 

PRIX DES BEAUX ARTS DE PARIS Clarissa BAUMANN, Cuillère, 2015, dim variables, sculpture et photo (c) Clarissa Baumann

Clarissa Baumann, Prix des Beaux-Arts de Paris, , Cuillère, 2015 © Clarissa Baumann

La démarche des autres lauréats (il y a 5 prix) s’inscrit, elle aussi, dans un jeu de remise en question de notre perception des objets. D’un côté, Anne-Charlotte Finel présente des vidéos obscures, curieuses et très contemplatives: les formes qu’elle filme, bien qu’étant des objets concrets, purs produits de la réalité, deviennent abstrait, surgissent de l’ombre et se dévoilent hors d’une obscurité globale qui, paradoxalement, révèle la vérité plutôt qu’elle ne la masque. De l’autre, Clarissa Baumann (lauréate de deux prix différents) sculpte un objet fini (des cuillères en l’occurrence, le faisant fondre pour, en le retravaillant, lui donner un aspect paradoxal de matière première et de matière en fin de vie, d’une manière à la fois émouvante et esthétique. Le jury des enfants de la ville de Montrouge a quant à lui décidé de récompenser le bateau de Julien Fargetton, fabriqué à partir des déchets qui s’échouent aux bord des mers du monde entier.

PRIX KRYSTAL DES ENFANTS - Julien FARGETTON, As Naus Le retour des caravelles, 2014, sculpture, 150x100x100cm (c) Julien Fargetton

  Julien Fargetton, Prix Krystal des enfants, As Naus, Le retour des caravelles, 2014 © Julien Fargetton

Malgré le fait qu’ils soient repartis bredouilles (chaque artiste reçoit tout de même 1000 euros), certains artistes se sont démarqués par leur talent, la force de leurs œuvres et de leurs idées. C’est notamment le cas de Qi Zhuo et ses « peluches brûlées » en porcelaine d’un réalisme et d’une puissance déconcertants, mais aussi des scènes presque cinématographiques des dessins de Mathieu Dufois, de l’étonnante vidéo de Camille Llobet qui associe un chef d’orchestre à une femme pratiquant le langage des signes ou encore du jeu de miroir sublime des photos de Charlotte El Moussaed. Mutation, donc, à défaut de révolution mais l’essentiel de ce Salon de Montrouge est bel et bien présent : le talent des jeunes artistes.

 

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