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Araki au musée Guimet : force, bondage et poésie

Jéremy Billault 8 mai 2016

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Pour la première fois en France, Nobuyoshi Araki, artiste phare de la photographie contemporaine japonaise, est présenté dans une grande rétrospective qui couvre l’ensemble de sa carrière très prolifique. L’exposition est présentée au Musée National des Arts Asiatiques Guimet jusqu’au 5 septembre prochain et revisite en détail plusieurs aspects très différents de l’oeuvre du photographe japonais. Et attention, certaines salles ne sont pas à la portée de tous les regards.

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Fête des anges : scènes de sexe, 1992 © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery

Attention, une fois n’est pas coutume, les visiteurs de la nouvelle exposition du musée Guimet devront être avertis. Car le travail de l’immense photographe japonais Nobuyoshi Araki n’est pas à la portée de tous les yeux. Considéré très justement comme une figure majeure de la photographie japonaise et internationale, l’artiste s’est avant tout fait connaître pour ses photographies de femmes nues et ligotées dans les règles du Kinbaku, l’art ancestral du bondage au Japon. Si Araki photographie comme il respire, les nus en sac de nœuds sont une partie non négligeable des 400 photographies sélectionnées pour cette grande exposition, qui est la première à lui être consacrée en France.

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Une histoire singulière à l’encre de Chine © Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii

 

Nobuyoshi Araki ne conçoit pas la vie sans photo : sans le cliquetis presque névrotique de son appareil, il est angoissé, comme amputé de l’un des organes vitaux de son esprit. Et cela se ressent dans l’exposition : à certains moments très travaillés, à des poses précises et des photos millimétrées, succèdent des séries de véritables moments d’intimité, partagés, notamment, avec feue son épouse. C’est le cas à l’intérieur d’une grande salle entièrement consacrée à son voyage de noce : on y voit parfois Araki lui-même, parfois (majoritairement) Yoko, sa femme, dans le quotidien très prosaïque d’un couple de jeunes mariés, armé d’un appareil photo compulsif.

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Voyage sentimental, 1971 © Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii Gallery

Son intimité, Araki l’exploitera tout au long de sa vie au point que dans sa rétrospective, elle devienne une sorte de fil rouge. Le jeune couple vieillit, l’épouse est très présente. Jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. Le visiteur non-initié découvrira en photos que Yoko succomba à un cancer en 1990 : en photos de la cérémonie funéraire donnée en son honneur, en photos de son corps couché sans vie sous un nuage de fleur, en photos (plus récentes) de nombreux endroits du ciel, là où Araki la voit encore et toujours, plusieurs dizaines d’années plus tard. Araki, c’est aussi ça.

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Scènes de ciel  1991 / 2000© Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery

 

Car partout où l’on entend son nom, le photographe est associé à ses nus, à ses photos érotiques et son regard unique sur le Kinbaku, le bondage et la force incroyable endossée par le corps de ses modèles. On pouvait craindre quelque chose de glauque, de vulgaire ou d’indécent, Araki nous rassure. Il y a là de la beauté, une certaine beauté, peut-être, qui en éloignera quelques uns, mais tout est dans le style, la force et l’intensité de ces moments, de ces situations déroutantes. Cette force, on la retrouve dans une déclinaison plus subtile mais tout aussi sensuelle à travers sa série de photographies de fleurs très travaillées et, là encore, extrêmement poétiques. De la carrière très riche de Nobuyoshi Araki, le musée des Arts Asiatiques a tenu à présenter les différents aspects : intime, intimiste, sensuel et poétique, Araki se dévoile dans un portrait artistique très émouvant, déroutant et complet. Vous voilà avertis…

Prolonger l’expérience

En marge de l’exposition du musée Guimet, la galerie &co119 (Paris, 3ème) présente jusqu’au 25 juin prochain « Polanography », une sélection exceptionnelles de 132 polaroids signés Nobuyoshi Araki. Le photographe compulsif n’a pas décidément pas fini de surprendre.

 

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