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Numérisés et traduits, les manuscrits de Tombouctou vont révéler leurs secrets

Agathe Lautréamont 4 mai 2016

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Menacés par le conflit qui éclata au Mali en 2012, les Manuscrits de Tombouctou sont désormais en sécurité. Une équipe de chercheurs s’est attelée à la longue, mais nécessaire tâche, de numériser l’ensemble de ces précieux documents. Ils espèrent avoir rempli cette mission d’ici à 2018, préservant ainsi de façon pérenne ces véritables trésors historiques.

Des manuscrits exposés au Mali, en 2010 © Andrea Borgarello – Getty Images

Lorsque les terroristes d’Ansar Dine envahirent la ville de Tombouctou, au nord du Mali, en 2012, des inquiétudes ne tardèrent pas à s’élever au sujet d’un ensemble de textes inestimables : les manuscrits de Tombouctou. L’opinion publique réalisa l’existence de cet ensemble de textes et leur valeur. Aujourd’hui, ils sont au cœur d’une vaste opération internationale visant à les préserver pour toujours de la barbarie des djihadistes venus du Sahel.

Cela fait donc maintenant deux ans que, grâce à des fonds récoltés à l’international, un ensemble de 380 000 documents manuscrits (témoignages cruciaux de la culture malienne et de l’histoire de cette partie de l’Afrique, pour certains remontant au XIe siècle) sont actuellement consciencieusement numérisés.

L’ONG malienne Savama-DIC (Sauvegarde et valorisation des manuscrits pour la défense de la culture islamique) créée en 1996 s’est donc attelée, en partenariat avec la Faculté de Lettres de Bamako, à nettoyer, conserver et numériser tous ces anciens documents. D’abord, les manuscrits sont délicatement ouverts, puis une brosse douce est passée sur les feuillets, dans le but de les préparer à être photographiés.

Un manuscrit photographié en 1998 © Wolfgang Kaehler – Getty Images

Les supports doivent être manipulés avec la plus grande délicatesse, étant donné que certains n’ont plus été touchés depuis des siècles ; et la peau de chèvre ou de chameau, sans reliure, s’abîme aisément. Une fois photographiés en très grande qualité puis numérisés, les manuscrits seront à nouveau rangés, pour ne plus être que très rarement sortis de leur sommeil.

Leur nouveau contenant cependant, est fabriqué à partir de carton non-acide, de toile de lin et de colles d’origines naturelles, de façon à préserver au mieux les textes. En effet, les documents risqueraient de souffrir de cette brusque exposition à la lumière et à l’humidité, après être tranquillement restés tranquilles pendant des siècles. La numérisation en haute-définition permettra aux chercheurs d’étudier les textes tout à loisir, de les traduire et les analyser, sans risque de porter préjudice à ces pièces chargées d’histoire. Sur 380 000 documents, 30 000 ont déjà été préservés grâce à la technologie.

Des manuscrits incendiés par les terroristes, en 2013 © Sudarsan Raghavan – Getty Images

Et cette campagne de numérisation s’apparente à une véritable redécouverte. En effet si l’existence des manuscrits de Tombouctou était connue du milieu scientifique, leur contenu lui, demeurait mystérieux, puisqu’aucune véritable campagne de recherche n’avait été menée sur ces derniers. Moins de 5% des manuscrits avaient été ainsi étudiés avant l’avancée dangereuse sur le Mali des islamistes en 2012.

On sait que la majorité sont composés de textes religieux, mais d’autres comptent également des notes juridiques, des actes de commerce, des correspondances, des écrits poétiques, des traités de médecine ou de théologie, et des essais dans divers domaines de recherche comme la géographie, l’astronomie, les mathématiques… une véritable plongée dans le passé donc, qu’il est important de mieux connaître.

On croise dans cet inestimable fonds des Corans du XVIIIe siècle, un exemplaire du traité de Madrid datant de 1880 ou encore une biographie du prophète Mahomet remontant au XIIe siècle de notre ère.

Un précieux manuscrit, en 2010 © Andrea Borgarello – Getty Images

L’association Savama-DIC espère avoir terminé cette longue et fastidieuse tâche pour l’année 2018. Le budget qui leur a été alloué pour cette délicate opération, environ 12 millions d’euros, a été utilisé pour le moment à 40%. Quant aux numérisations en elles-mêmes, ces archives seront transmises à diverses universités et institutions culturelles de par le monde, étayées par un répertoire très précis du contenu des divers manuscrits. Reste cependant la délicate étape de la traduction des textes séculaires.

Pour le moment, seules deux adaptations sont prévues : en français et en anglais, pour lesquelles un nouveau budget sera alloué à l’association de préservation des manuscrits. Ces derniers pourront ensuite être diffusés via internet, et rendus accessibles aux chercheurs et autres curieux aux quatre coins du monde.

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