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Quand le Victoria & Albert Museum interdit photographies et croquis…

Agathe Lautréamont 25 avril 2016

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À une époque où certaines institutions se limitent à interdire les photos prises avec flash, et en un temps où d’autres choisissent d’encourager la prise de note et la réalisation de dessins pour une meilleure immersion dans les collections ; d’autres grandes institutions opèrent un brutal retour en arrière. C’est le cas du Victoria & Albert Museum qui, ce week-end, s’est vu épinglé par la presse britannique. La cause ? Sa décision polémique de bannir photos et croquis de ses expositions temporaires…

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Le panneau de la discorde, photographié par The Guardian © Oliver Wainwright – The Guardian

Dans nombre de musées un peu partout dans le monde, il n’est pas rare pour les visiteurs de croiser ce fameux petit pictogramme d’un appareil photo barré d’un trait rageur, indiquant l’interdiction de prendre des clichés des collections permanentes. Rien de nouveau à cela : les institutions culturelles arguant depuis longtemps que l’exposition à outrance d’œuvres d’art fragiles (en particulier des peintures et dessins) aux flashs peut, à la longue, faire considérablement souffrir ces dernières.

Du coup, là où les musées autorisent les prises de vue sans flash, certains optent pour une méthode drastique : interdire tout court les photographies, et se défendent de ce choix en expliquant que certains visiteurs indélicats ne respectent pas toujours cette règle. Là-dessus, il est rare que l’on trouve à redire et généralement, le public se plie volontiers à cette règle.

D’autres institutions, comme le célèbre Rijksmuseum d’Amsterdam, a opté pour une toute autre technique, proposant gratuitement à ses visiteurs carnets et crayons pour que ces derniers copient les œuvres plutôt que de prendre une image rapidement saisie au smartphone.

visit london

L’entrée du musée © Visit London

Sauf que certains espaces culturels sont loin de se montrer aussi tolérants et ouverts  à des stratégies originales pour tenir éloigné le danger des pernicieux flashs. Dernière illustration en date ? Le Victoria & Albert Museum. Véritable institution londonienne brassant chaque année des centaines de milliers de visiteurs et dédiée aux arts décoratifs, l’espace culturel peut s’enorgueillir d’une programmation éclectique, riche et originale, qui attire systématiquement les foules.

Or, cette image sans tache a tout récemment été quelque peu écornée par la presse britannique. En fin de semaine dernière, un reporter du journal The Guardian s’est fendu d’un édito assassin, suite à une mésaventure remarquée lors de son passage dans les expositions temporaires du musée de Londres. Alors qu’il visitait le nouvel événement du V&A : « Undressed : A Brief History of Underwear » (que l’on peut traduire par « Déshabillé : une brève histoire du sous-vêtement »), les yeux d’Oliver Wainwright se sont attardés sur LA pomme de discorde : un panneau interdisant non seulement les photos (même sans flash) mais aussi… les croquis.

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La bibliothèque du musée © V&A Museum

Après rapide enquête, le journaliste a pu constater que cette restriction s’appliquait également à l’autre événement temporaire du V&A, « Botticelli Reimagined », dédié à l’influence du peintre de la Renaissance italienne à travers les âges.

« Comme toujours, les consignes relatives aux prêts signifient que parfois, nous ne pouvons autoriser les croquis dans les expositions temporaires mais nous nous attachons à ce qu’elles soient les moins contraignantes possibles. »

Face à la déferlante de critiques que l’institution britannique n’a pas manqué de susciter suite à la publication de divers articles incendiaires dans la presse de langue anglaise, le service de communication du Victoria & Albert s’est rapidement fendu d’un communiqué. Celui-ci cherche à justifier cette drastique décision en avançant l’argument que certaines œuvres exposées dans ces deux événements temporaires résultent de prêts, ces derniers s’accompagnant de restrictions que le musée se trouve dans l’obligation d’honorer.

Le musée a donc expliqué ne pouvoir autoriser la réalisation de dessins dans les expositions temporaires ; tout dans le même temps en cherchant à éteindre l’incendie en avançant que l’exécution de croquis par les visiteurs était autorisée et même encouragée… dans les collections permanentes.

Si l’on peut comprendre l’interdiction de prendre des photos avec flash, on ne peut cependant que rester profondément circonspect face à l’interdiction de dessiner. En quoi en effet, s’asseoir face à une œuvre pour la recopier est-il dangereux pour cette dernière ? N’est-ce pas là d’ailleurs, la fonction première d’un musée ? Permettre à des artistes en herbe de se former en aiguisant leur œil et leur coup de crayon ?

londonthisweek

La cour intérieure du musée © London this Week

Les simples amateurs ne devraient-ils pas être libres de recopier pour leur simple plaisir les plus grandes œuvres des maîtres des temps passés afin d’approfondir leurs connaissances des arts et des techniques d’époques révolues ? Pour Oliver Wainwright, c’est clair, le «Victoria & Albert trahit tout ce pour quoi il existe» et cette phrase lapidaire donne d’ailleurs son titre à son papier ( « V&A signs betray everything the museum stands for »).

Toujours selon le journaliste du Guardian, un porte-parole du musée lui aurait confié qu’en vérité, cette décision avait été prise afin d’éviter un trop-plein de visiteurs et donc la formation d’éventuels « embouteillages » dans les salles d’exposition temporaire. Une décision prise depuis l’expo « blockbuster » dédiée à David Bowie, en 2013 (on se souvient des monstrueuses files d’attente qui serpentaient le long du musée à l’époque…). Alors, circulez, il n’y a rien à voir ?

L’argument des « bouchons » est souvent brandi par les musées lorsqu’il est question d’interdire les trépieds dans les collections (une interdiction largement répandue dans les musées, le trépied étant un instrument parfois encombrant et éventuellement dangereux). Mais un carnet et un crayon ? Les musées peuvent-ils ainsi décemment manquer à leur mission originelle, à leur possibilité inestimable de former de futurs artistes, en leur interdisant de reproduire ce qu’ils voient ?

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