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A Londres, la reproduction de l’Arche de Palmyre au centre des débats

Jéremy Billault 25 avril 2016

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En Angleterre, la réplique de l’Arc de Triomphe de Palmyre, l’un des monuments pris pour cible par Daech pendant leur occupation de la ville, vient d’être installée à Trafalgar Square. La copie identique de l’arche de six mètres a alors endossé la lourde tâche de concrétiser ce qui pendant des mois était le seul espoir concernant les destructions de Palmyre : la technologie pour sauvegarder le patrimoine. Et les réactions ne se sont pas faites attendre. 

LONDON, ENGLAND - APRIL 19: A replica of the Triumphal Arch at Palmyra is unveiled in Trafalgar Square on April 19, 2016 in London, England. The 2000 year old arch in the Syrian city of Palmyra was destroyed by Islamic State forces in October 2015. The replica is intended as an act of defiance against ISIS. (Photo by Chris Ratcliffe/Getty Images)

Photo : Chris Ratcliffe/Getty Images

Il y a des circonstances dans lesquelles l’intention ne fais pas tout. Alors que la cité antique de Palmyre se remet doucement du traumatisme que lui a infligé l’Etat Islamique, chassé de ses portes il y a quelques semaines, les hommages et les tentatives de sauvegarde du patrimoine se multiplient. Partout, l’espoir renaît , quand bien même il s’agirait de monuments intégralement détruits : de New-York à Londres en passant par Paris et les mesures affirmées de Fleur Pellerin, ministre à l’époque, Palmyre pourra être sauvée de l’oubli, ses monuments gravés dans l’Histoire et dans le cœur de l’ensemble de la population mondiale.

Palmyre 3D

LONDON, ENGLAND - APRIL 19: A replica of the Triumphal Arch at Palmyra is unveiled by the Mayor of London, Boris Johnson, at Trafalgar Sq on April 19, 2016 in London, England. The 2000 year old arch in the Syrian city of Palmyra was destroyed by Islamic State forces in October 2015. The replica is intended as an act of defiance against ISIS. (Photo by Chris Ratcliffe/Getty Images)

Photo : Chris Ratcliffe/Getty Images

Ce qui a permis, en marge de la tristesse, un certain engouement général, c’est la technologie et son symbole : la population locale travaillant main dans la main avec les plus grands experts pour sauver ce qui peut encore l’être et pour reproduire à l’identique les monuments vandalisés. Cette technologie, c’est l’occasion de retrouver le lion de Palmyre, le temple de Baalshamin ou celui de Bêl et même de le reproduire en plusieurs exemplaires, à Los Angeles, New-York, Tokyo, Londres ou Paris, pour que les peuples de la planète entière se confrontent à ces merveilles en danger.

Pendant le siège de l’Etat Islamique, les espoirs de technologie étaient, il faut le dire, la seule lueur d’espoir, le seul souffle positif d’une situation désastreuse : le monde impuissant devant ses trésors vandalisés et pulvérisés à la chaîne. Elle est même devenue un argument de lutte : la médiatisation et la reproduction de ces perles archéologiques les ont rendues accessibles au monde entier. Sans trop savoir à quoi s’attendre, on espérait donc, raisonnablement mais avec sincérité, que la technologie pourrait nous rendre ce qui a été partiellement détruit ou totalement désintégré.

Tadaaa !

LONDON, ENGLAND - APRIL 19: A replica of the Triumphal Arch at Palmyra is unveiled at Trafalgar Square on April 19, 2016 in London, England. The 2000 year old arch in the Syrian city of Palmyra was destroyed by Islamic State forces in October 2015. The replica is intended as an act of defiance against ISIS. (Photo by Chris Ratcliffe/Getty Images)

Photo : Chris Ratcliffe/Getty Images

Seulement voilà, aujourd’hui, en Angleterre,  tout est devenu concret. A Trafalgar Square, devant l’élégance imposante et historique de la National Gallery, une réplique identique de l’Arc de Triomphe de Palmyre a été installée et présentée au public. La voilà, la présence de Palmyre, ailleurs. Et il faut se rendre à l’évidence, l’esprit n’y est pas. Même si aujourd’hui la technologie a permis la prouesse exceptionnelle de reproduire l’arche de six mètres de haut dans le moindre détail, sans concession, le monument est plus glacial que le marbre égyptien à partir duquel il a été confectionné. Et pour cause, un détail fera toujours défaut à ce genre de reconstitution, un détail d’environ deux mille ans, la succession des civilisations et les aléas de l’Histoire. En Angleterre, l’arche a été accueillie avec toute l’ironie et le flegme qu’on pouvait y attendre.

Pour Matthew Slocombre, directeur de la Société de Protection des Monuments Anciens, les violences de Palmyre font désormais partie de l’Histoire du site : « Alors qu’il y a une volonté compréhensible de limiter les dégâts, il y a sans doute une plus grande dignité dans l’acte de se souvenir et de conserver ce qui restera comme un témoignage poignant de ce que l’humanité et la culture ont perdu. Il faut aujourd’hui sécuriser et prendre soin de ces icônes de la culture antique qui ont résisté. Je suis Palmyre mais Je ne suis pas Palmyre Pastiche* (en français dans le texte).

A Palmyre, si Daesh a été un ouragan, il n’a pas tout emporté sur son passage : si quelques temples ont été réduits en poussière, plusieurs monuments ont été vandalisés, renversés, mais pourront être restaurés. C’est le cas de cette arche dont la copie digitale trône à Trafalgar Square comme une attraction, un objet sans âme qui a au moins le mérite de nous rappeler que l’original existe en dévoilant une part infime de sa beauté potentielle. C’est déjà ça.

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