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Au Musée de Port-Royal, l’hommage à la nature de Rosa Bonheur…

Agathe Lautréamont 18 avril 2016

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Dans un article paru dans La Presse en janvier 1853, le grand écrivain Théophile Gautier vantait une famille d’artistes exceptionnels, aujourd’hui injustement tombés dans l’oubli. « Légion artistique qui a pour père et maître Raimond Bonheur. Voici Auguste et Isidore et Juliette et Rosa, l’étoile la plus brillante de cette pléiade de talent. » Le Musée de Port-Royal des Champs, dans la vallée de Chevreuse, rend un hommage bienvenu et ravive le souvenir des Bonheur et de leur plus illustre membre : la talentueuse peintre Rosa…

R. Bonheur-troupeau de moutons dans le nivernais

Rosa Bonheur, Troupeau de moutons dans le Nivernais

Si la petite, mais passionnante, exposition du Musée de Port-Royal des Champs tend à jeter à nouveau la lumière sur la famille d’artistes qu’était le clan Bonheur, le pilier central de cet événement, se détache sensiblement, clairement, par l’éclat du talent, la minutie de la touche et l’acuité du regard. Ainsi, parmi les gravures, esquisses et sculptures de Raimond Bonheur (le père), Isidore, Auguste et Juliette (frères et sœurs), on s’arrêtera toujours plus longuement, ébahis et stupéfaits, par les œuvres d’une seule figure : Marie-Rosalie, dite Rosa, l’aînée du clan et le plus éclatant de tous ces talents, chacun œuvrant dans un registre bien défini.

À l’image des membres de sa famille, mais avec une prédisposition bien plus étincelante, Rosa concentra sa pratique sur les scènes de genre avec des animaux, et la peinture animalière. Alors qu’en cette seconde moitié de XIXe siècle, la tendance est aux représentations réalistes puis impressionnistes, Rosa se tient volontairement éloignée des tendances contemporaines de la peinture, affirmant son amour des bêtes, de la nature et de la vie campagnarde simple.

André-Adolphe-Eugène Disdéri (1819-1889), Famille Bonheur, vers 1870 © Musée d’Orsay

Hélas, c’est probablement ce positionnement à contre-courant qui explique l’éclipse de la gloire de Rosa Bonheur après sa mort, malgré les succès qu’elle et sa famille connurent de leur vivant, ainsi que leurs nombreuses expositions aux Salons des années 1840, 1848, 1876, 1878 et 1880 (pour ne citer que quelques dates).

Curieuse de l’environnement l’entourant, amoureuse du règne animal, Rosa Bonheur lui consacre la majeure partie de sa production. Que ce soient des huiles sur toile de grandes dimensions ou des esquisses sur papier réalisées au fusain rehaussé de craie blanche, son trait reproduit avec une perspicacité ahurissante chaque détail de la fourrure d’un bœuf, l’humidité luisante d’une truffe, les aspérités d’une corne ou la sueur perlant sur le flanc de chevaux emballés.

R. Bonheur-moutons

Rosa Bonheur, Moutons

Ce goût de Rosa et plus largement de la famille Bonheur pour les choses de la nature va d’ailleurs s’entériner au moment de l’installation du cercle familiale à Magny-les-Hameaux (dans la même commune où se trouve aujourd’hui le Musée de Port-Royal des Champs). En plein cœur de la vallée de Chevreuse, les Bonheur vont créer là un véritable cénacle artistique, faisant venir à eux des artistes renommés comme Eugène Carrière ou Claude Debussy. Quant à l’environnement, essentiellement dédié à l’agriculture et à l’élevage de bovins et d’ovins, il fournissait à foison des sujets pour l’art des Bonheur.

Certaines œuvres de la main de Rosa, cependant, sont empreintes d’un véritable mysticisme qui est à rapprocher des croyances primaires celtes et du paganisme. Une des rares bêtes sauvages à revenir régulièrement dans son œuvre est en effet le cerf. Apparaissant sous les traits du dieu Lug dans la mythologie gauloise, le fier cervidé joue également un rôle majeur dans le folklore celte, comme représentant de l’Autre Monde mais aussi du courage et de la puissance de la Nature omniprésente.

A. Bonheur-portrait de Rosa

Auguste Bonheur, Portrait de Rosa Bonheur, 1848

Rosa Bonheur, dont la foi était imprégnée de mysticité, était véritablement fascinée par cet animal. L’exposition du Musée de Port-Royal des Champs est donc un véritable hommage à la vie à la campagne, bucolique et éloignée de l’animation parisienne. Si le portrait qu’en brosse Rosa Bonheur et sa famille en est peut-être quelque peu idéalisé, il n’en demeure pas moins que l’on ressent pleinement dans leur art une volonté de vanter les travailleurs de la terre, la patience des éleveurs et les plaisirs d’une existence tournée vers l’essentiel.

ROSA BONHEUR ET SA FAMILLE

07/04/2016 > 25/07/2016

Musée de Port-Royal des Champs

MAGNY-LES-HAMEAUX

Entre 1860 et 1930, le village de Magny-les-Hameaux fut habité par de nombreux artistes, parmi lesquels les membres de la famille Bonheur. ...

Exposition terminée
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