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Entre bouleversements et espoirs, la Chine s’expose à la MEP

Agathe Lautréamont 14 avril 2016

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Des portraits émouvants en noir et blanc, des vues de la modernité galopante en couleurs et toujours, un instant poignant figé sur papier glacé. Patrick Zachmann fait partie de ces photographes qui ont le sens du moment d’une poésie absolue, travaillant avec une sensibilité rare sur les notions d’identité et de l’ineffable. Visite d’un accrochage poignant à la Maison Européenne de la Photographie.

Mémoire

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Patrick Zachmann, Canton, 1992 © Zachmann – Magnum Photos

La question du souvenir est un pilier dans le travail du photographe Patrick Zachmann. Lorsqu’on lui demande de parler de sa vocation, il se plaît souvent à expliquer le choix de la voie de l’image par le fait qu’il ne possède pas une très bonne mémoire. Aussi, afin de conserver des images fixes, fidèles et immuables des étapes importantes de son quotidien, s’est-il tourné vers la photographie.

Rien de surprenant donc à retrouver la réminiscence en guise de constante de son travail, en forme de fil rouge permanent qui donne une unité à son œuvre, et la rend dans le même temps aussi saisissante. L’exposition « So long China », présentée à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 5 juin prochain, ne déroge pas à cette règle. Trente années de travail, à observer l’Empire du Milieu, ses populations hétéroclites, ses traditions séculaires, ses grands désordres sociétaux et ses profondes mutations politiques. De 1982 à 2015, Zachmann a braqué ses focales vers une nation si célèbre, mais au fond si mal connue…

Regard

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Patrick Zachmann, Tournage du film Liao Zhong Kai, 1982 © Zachmann – Magnum Photos

C’est donc un ensemble fascinant d’une centaine de photographies qui se trouvent réunies au deuxième étage de la MEP pour deux mois. Si la dominante esthétique se trouve dans le noir et le blanc, Zachmann ne livre pas pour autant un travail monotone et terne. Véritable architecte de la lumière, le photographe fait vibrer les teintes neutres comme un rouge ou un jaune pourraient briller, tandis que ses heureuses touches de blanc, qui viennent rehausser un regard profond, une expression indescriptible ou un détail qui en dit long sur la scène se déroulant sous nos yeux, subliment l’ensemble.

Ses compositions monochromes se révèlent majoritairement serrées, mais paradoxalement, on ressent une grande liberté dans des images qui respirent, à travers lesquelles on ressent les vibrations d’une Chine qui a connu de nombreux changements au cours des dernières décennies. Sans juger, dans le seul souci très prégnant de figer la mémoire, Zachmann saisit les manifestations de la place Tian’anmen. Avec la même intensité, il photographie des couples s’enlaçant, ou une foule s’élançant vers une destination mystérieuse.

Mutation

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Patrick Zachmann, Pékin, 2005 © Zachmann – Magnum Photos

Après presque vingt années de bons et loyaux services, Patrick Zachmann laisse de côté la pratique du noir et blanc pour laisser son art être pénétré par le monde de la couleur. Visions des rues encombrées et parfois embrumées de pollution, témoignage de l’urbanisation et de l’industrialisation parfois à outrance du paysage chinois, ou alors plongée dans les atmosphères sulfureuses et tristes des bas-fonds de certains quartier de grandes villes, où les prostituées sont légion…

Zachmann ne sépare pas le repoussant du beau, l’impressionnant du caché. Avec toujours le même regard implacable, une acuité constante, il livre le témoignage d’un pays asiatique qui ne cesse de se renouveler, se cherche de nouveaux codes passé  une certaine époque. Images de façades, au sens propre comme au figuré (immeubles ou visages impassibles) et images du dissimulé (monde de la nuit et paradis artificiels), le travail de Patrick Zachmann ne laisse pas indifférent.

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