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Matahoata au Quai Branly : aller simple pour les îles Marquises !

Agathe Lautréamont 12 avril 2016

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Perdu au beau milieu de l’océan Pacifique, un archipel a fasciné les explorateurs et les artistes. Les îles Marquises, havre préservé de la culture polynésienne, terre de feu et de rites séculaires, jouit d’une culture florissante et d’une identité forte. Des premiers peuplements des îles Marquises à notre époque contemporaine, le Musée du Quai Branly nous offre un regard hypnotisant sur cette culture polynésienne et ce coin de paradis du bout du monde…

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Et par manque de brise, le temps s’immobilise, aux Marquises…

Commençons par lever un coin de voile sur le nom mystérieux aux consonances chantantes qui donne son titre à la nouvelle incroyable exposition du Quai Branly. Mata, dans la langue parlée aux îles Marquises, signifie selon le sens de la phrase les yeux ou le visage. Hoata, un terme polysémique, peut tout aussi bien signifier la clarté, le reflet d’un miroir, ou le brillant. Poésie, sagesse, compréhension mutuelle… Matahoata est en quelque sorte un résumé de la culture marquisienne : l’œil clair, omniscient, qui voit et comprend ce qui l’entoure, est un motif très récurrent dans l’art polynésien et dans les pratiques rituelles de l’archipel qui nous occupe.

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Matahoata, c’est l’œil qui hypnotise, qui perçoit au-delà du perceptible et, surtout, qui fascine. Et cette fascination, elle se révèle séculaire puisque depuis l’arrivée des premiers explorateurs européens, ce magnétisme ne s’est jamais démenti. Le premier voyageur à poser le pied sur ce sol isolé au beau milieu de l’océan Pacifique est l’espagnol Álvaro de Mendaña, qui les baptisa du nom que l’on connaît, en 1595. Il faudra ensuite attendre deux longs siècles pour qu’un autre navigateur, James Cook, n’aborde à son tour l’archipel.

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À la suite de ces grands personnages, des noms de légende sont venus s’ajouter à la longue liste des esprits qui ne tardèrent pas à tomber sous le charme de ces points de Paradis au milieu du grand bleu de l’océan. Les écrivains Herman Melville et Robert Louis Stevenson, le peintre postimpressionniste Paul Gauguin (dont une œuvre trône en bonne place dans l’accrochage) ou encore l’immense chanteur Jacques Brel s’en inspirèrent, s’y établirent ou y trouvèrent leur dernière demeure…

Et la nuit est soumise, et l’alizé se brise, aux Marquises…

En guise d’introduction à la culture marquisienne, la première salle du parcours rappelle la situation géographique exceptionnelle du lieu. L’archipel figure parmi les plus isolés du monde, et est constitué d’une douzaine de petites îles sans unité linguistique. Chaînes de montagnes, absence de récif corallien, falaises à pic… Il est délicat d’aborder ce havre de nature préservé, ce qui n’empêcha pas les premiers peuplements de polynésiens. Et pour expliquer ce peuplement quoi de mieux, comme dans toute culture qui se respecte, qu’un fabuleux mythe fondateur ?

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Celui des Marquises est illustré par le Quai Branly via un vaste choix de sculptures, totems représentant le tiki (figure tutélaire très répandue dans l’Océanie et la culture polynésienne), ornement de pirogues et autres ustensiles du quotidien savamment sculptés. D’emblée, l’omniprésence de la figure humaine frappe le visiteur. Qu’ils soient disproportionnés, aux traits menaçants ou aux postures animales, ces personnages aux yeux démesurés et aux visages très expressifs renvoient à l’importance du rôle de l’ancêtre aux Marquises.

Porteur du savoir, de la connaissance séculaire, protecteur des traditions et garant d’une grande sagesse, l’ancien est respecté puisqu’il permet la transmission générationnelle d’une culture isolée dans le Pacifique. Et au fil des différentes salles, la plongée dans le monde marquisien se fait de plus en plus intense, entre découverte de la vie quotidienne de ses peuples, compréhension de leurs rapports étroits à la nature environnante et exploration des rites, mythes et cultures rendus aussi bien aux dieux qu’aux ancêtres.

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Veux-tu que je dise, gémir n’est pas de mise, aux Marquises…

Au fil des XIXe et XXe siècles, les contacts entre l’archipel polynésien et le monde occidental s’intensifient, pour le meilleur, comme pour le pire. Si au début, les échanges se font surtout commerciaux et permettent l’introduction dans les îles de matériaux jusqu’alors inconnus pour le métal et certains tissus, la fin du XIXe siècle s’avère beaucoup plus sombre pour le peuple marquisien.

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En effet, celui-ci subit une influence croissante des codes de l’Occident, tandis que le christianisme est introduit dans l’archipel. L’art marquisien, la culture locale, s’en trouve affaiblie tandis que les Marquises connaissent une drastique chute démographique. Il faudra la survie d’une production destinée à la vente et l’exportation pour que l’artisanat marquisien survive à ce contact étranger. Têtes de pirogues, massue traditionnelle, tambour, pilons… tant d’objets réunis dans les vitrines du Quai Branly pour témoigner de cette évolution stylistique significative, mais qui ne perd pourtant rien de son essence originelle.

La finesse des motifs, le choix des matières et la délicatesse des détails sont toujours présents grâce à un enseignement ancestral et une volonté de permettre à la culture marquisienne de résister au cours des années et à l’influence galopante de l’Occident. C’est également au cours de cette étape passionnante que l’on croise la figure de Paul Gauguin. Le peintre, après avoir quitté la France et Pont-Aven, s’établit dans cet archipel du bout du monde à partir de 1901. L’atmosphère unique des îles, les peuples polynésiens et la nature luxuriante conféreront un nouveau souffle à la peinture du maître, qui réalisa là-bas probablement ses plus belles œuvres…

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Photographies : Agathe Lautréamont

MATAHOATA

12/04/2016 > 24/07/2016

Musée du quai Branly

PARIS

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Exposition terminée
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