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Photo: Seydou Keïta invite le « tout-Bamako » au Grand-Palais

Jéremy Billault 8 avril 2016

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Jusqu’au 11 juillet, le Grand-Palais accueille une grande exposition monographique autour d’un photographe malien reconnu sur le tard : Seydou Keïta. Uniquement concentré sur les portraits, Keïta a photographié un grand nombre de notables et d’anonymes à Bamako entre 1948 et 1977 et ne sera « découvert » dans le reste du monde qu’après sa retraite, dans les années 90. Un voyage, un œil, une société et une époque: à découvrir d’urgence.

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Pendant plus de trois mois, le Grand Palais invite bien plus qu’un immense photographe: il invite une société. Car outre son regard et son talent remarquable, la force de Seydou Keïta tient de ses modèles, de ces personnages de tous âges et de tous milieux, de ce tout-Bamako venu se faire tirer le portrait. Devenu photographe le jour où l’un de ses oncles lui offre, presque par hasard, un appareil photo, l’artiste malien rendra surtout service à ses clients, dans les années 50 et 60 : d’abord photographe de ses voisins, des habitants de son quartier, il est rapidement reconnu et son excellente réputation attire des clients plus aisés. Son studio installé dans sa propre cour voit alors défiler des personnages hauts en couleurs, des notables, des familles, des maliens lambda, bref : tout le monde à Bamako veut son portrait par celui qui travaille rigoureusement la pose de son modèle, le décor et le cadre, par Seydou Keïta.

Sur le tard

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Les portraits de Keïta ont donc une saveur particulière. Cette saveur, c’est celle de son regard sur la personnalité de ses modèles: souvent venus habillés « à l’européenne » (surtout les hommes), les modèles tenaient parfois à être photographiés avec un objet. Quand ce n’était pas le cas, le photographe pouvait leur proposer un accessoire de sa collection, des montres, des stylos, voire même un scooter: Keïta suit son instinct, le résultat est toujours probant. En 1962, après environ 15 ans de studio, Keïta est engagé en tant que photographe officiel du nouveau gouvernement et ferme son studio mais reste actif jusqu’à sa retraite en 1977. Mais ce n’est qu’au début des années 90, alors que l’on redécouvre peu à peu ses archives, que le succès arrive. Le succès international. En France, via les rencontres d’Arles et la Fondation Cartier, puis à New-York et partout dans le monde, l’artiste est plébiscité pour ses clichés vieux de plusieurs dizaines d’année. Certains peuvent être reproduits en grande qualité, d’autres, beaucoup d’autres, ont disparu ou se trouvent encore chez les descendants des clients de l’époque.

Galerie de portraits

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La grande monographie du Grand-Palais présente donc Seydou Keïta à travers d’anciens portraits agrandis, mais aussi via des portraits authentiques, dont certains ont même été colorés par endroits (bijoux dorés…) à la demande des clients. Presque à l’image de Vigée Le Brun, qui lui a précédé de quelques mois, Keïta propose un éventail immense de la société de son époque : les physiques, les regards, les vêtements, les poses, dans la galerie de portraits s’enchaînent les personnages, avec une vision unique, un regard familier. Au cœur de l’exposition, une vidéo montre l’artiste à l’oeuvre, en couleur cette fois-ci, son rapport avec le client/modèle et l’ambiance qu’il provoquait en un shooting.  Quelques figures sont reconnaissables, un cartel nous présente les notables de l’époque présents dans l’expo, mais l’essentiel est anonyme, photographié en une prise, avec force et intensité. Pendant quelques instants, par la magie de son oeil, Seydou Keïta nous plonge ici, maintenant, dans son studio, il y a un demi-siècle.

 

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