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Modigliani, Picasso, van Gogh… Quand les Panama Papers touchent (aussi) au marché de l’art

Agathe Lautréamont 5 avril 2016

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Panama Papers. Ce sont les deux termes qui défraient la chronique depuis maintenant quarante-huit heures. Le Consortium International des Journalistes d’Investigation a pu obtenir 11.5 millions de fichiers venant d’une firme panaméenne de domiciliation de sociétés offshore, « Mossack Fonseca ». Ces documents, datés de 1977 à 2015, ont été initialement obtenus par le journal allemand Süddeutsche Zeintung. Au menu : scandale financier, paradis fiscaux… et on pouvait s’y attendre légitimement, de l’art.

Dmitry Rybolovlev © Getty Images

C’est l’affaire qui occupe toutes les antennes depuis le début de la semaine. Ces millions de fichiers confidentiels, révélant une incroyable affaire d’évasion fiscale, dans laquelle pas moins de 140 personnalités internationales sont aujourd’hui citées. Ces noms vont de l’aspirant directeur de la FIFA Michel Platini au roi d’Arabie Saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud en passant par Vladimir Poutine.

Et comme on pouvait le prévoir, le domaine de l’art se trouve également touché par cette affaire. Ainsi, si l’on en croit les documents révélés par l’ICIJ, le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev aurait fait appel à la firme Mossack Fonseca pour trouver une entreprise enregistrée aux Îles Vierges britanniques dans le but de cacher à son ex-femme nombre d’œuvres d’art en sa possession au cours de leur procédure de divorce, qui avait fait la une des journaux de l’époque.

Cette compagnie donc, vint en aide à l’homme d’affaires russe à dissimuler quelques œuvres signées Picasso, Rothko ou encore van Gogh (parmi tant d’autres), les faisant passer de la Suisse aux possessions britanniques pour que son ex-compagne, Elena Rybolovlev, ne puisse mettre la main dessus.

Dmitry Rybolovlev en 2015 © Getty Images

L’enquête de longue-haleine, menée par le Consortium International des Journalistes d’Investigation, permet de prendre la pleine mesure des transferts secrets d’argent, le plus souvent réalisés de façon totalement illégale, partout à travers le monde. Sans oublier, les prévisibles connections avec le monde de l’art. En décembre 2008, Elena Rybolovleva et son époux Dmitry entrent en procédure de divorce (à noter que le principal intéressé est aujourd’hui embourbé dans une autre affaire judiciaire avec son ancien conseiller artistique Yves Bouvier).

Problème : installés en Suisse depuis plusieurs années, leur séparation doit donc se faire selon les lois suisses, qui prévoient un divorce sur le mode de la stricte et égale séparation des biens. Une solution qui, on s’en doute, n’était pas au goût du milliardaire. Celui-ci a donc été aidé par Mossack Fonseca pour transférer nombre de ses biens dans une société offshore basée sur les Îles Vierges britanniques : Xitrans Finance Ltd, après avoir transité par Londres et Singapour.

La firme se trouvait alors soudainement en possession de peintures de la main de Modigliani, Picasso, Monet, Degas, Rothko ou encore Vincent van Gogh.  Celle-ci se mit également à acheter du mobilier prestigieux, comme un bureau époque Louis XVI, ou encore des tables dessinées par les plus grands noms parisiens. Le tout était désormais hors de la portée de son ex-femme, bien à l’abri dans des sociétés-écrans.

mossack-fonseca

Capture d’écran de la page web du site de Mossack Fonseca

Une affaire qui vient donc ajouter une casserole supplémentaire dans le sillage de Dmitry Rybolovlev, qui est déjà pris dans un litige l’opposant à son marchand d’art, Yves Bouvier. Le milliardaire russe prétend en effet que Bouvier l’aurait escroqué durant leurs années de collaboration. Pour le moment, seul le nom du magnat russe est cité dans les Panama Papers en ce qui concerne le domaine artistique. Malheureusement, il y a fort à parier que l’affaire ne devrait pas tarder à éclabousser d’autres personnalités du milieu du marché de l’art, les pratiques financières douteuses et autres transferts illégaux étant hélas monnaie courant dès qu’il est question d’acquérir ou protéger des œuvres valant à elles seules plusieurs millions d’euros….

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