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Quand le street-artiste eL Seed réalise une fresque géante en anamorphose…

Agathe Lautréamont 25 mars 2016

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Généralement, l’artiste de rue eL Seed voit les choses en grand lorsqu’il est question de réaliser des œuvres de street-art, comme en témoignent certaines de ses réalisations sur la Tour 13 de Paris ou encore sur les panneaux de bois du Pont des Arts (remplaçant les cadenas rouillés). Mais dans le cas de cette œuvre exécute au Caire, le graffeur a encore frappé un grand, un très grand coup !

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© eL Seed

Selon ses propres termes, eL Seed est un artiste de rue pratiquant la « callifraffiti », comprenez par ce néologisme (non, ce n’est pas la célèbre chanson de Mary Poppins) qu’il mêle les lettrages réalisés à la peinture en bombe à l’art historique de la calligraphie arabe.

En effet, eL Seed est issu d’une double culture, car né en France de parents tunisiens. Il se définit souvent lui-même comme un mélange de différentes cultures, langues et identités. Un mélange qui nourrit la pratique du jeune homme, se rencontrant dans des fresques d’envergure au style atypique qui permet de reconnaître sa « patte » entre tous.

Dans ses œuvres, le graffeur s’intéresse bien sûr au message délivré par les mots qu’il choisit de peindre, mais aussi à leur forme propre. Rondeur, fluidité, et mouvements des lettrages forment une rythmique artistique unique afin de transporter le spectateur vers un autre état d’esprit. Artiste engagé, ses œuvres promeuvent le vivre-ensemble et la tolérance.

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© eL Seed

Célèbre de par le monde, eL Seed s’est particulièrement fait remarquer en 2012 lorsqu’il réalisa une œuvre dans la mosquée de Jara à Gabès, en Tunisie. Un an plus tard, en 2013, il récidivait en se voyant invité par le Musée du Qatar à réaliser des fresques en plein cœur de Doha.

La même année, il investissait les murs de la fameuse Tour 13 à Paris, haut-lieu de rencontre du street-art de la région parisienne. Mais l’année 2016 marque la naissance d’un nouveau projet d’ampleur pour l’artiste de rue, puisque celui-ci s’est rendu dans le quartier pauvre de Manshiyat Nasr, au Caire, pour y réaliser une fresque pas comme les autres…

Appelée « Perception », cette œuvre est en fait une anamorphose, et s’étire sur près de cinquante bâtiments différents ! Une mise en abyme pour une création qui questionne le thème du jugement, la vision des uns face à autrui, les rencontres entre plusieurs communautés… Une manière de redorer le blason de ce quartier défavorisé et de mauvaise réputation. Là-bas, les habitants de cette zone urbaine sont surnommés les « Zabaleen », ce qui signifie « le peuple des ordures ».

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Les rues du quartier sont souvent jonchées de poubelles, tandis que l’architecture de la zone, aux ruelles étroites et nombreuses, ne facilite pas le déplacement et la circulation de l’air au milieu de ces indénombrables petites maisons de briques rouges. L’espace est-il laissé à l’abandon par ses habitants ? Bien sûr que nom, semble répondre eL Seed.

Sur son site internet personnel, il rectifie quelques erreurs bien trop souvent répandues : « Les habitants de la communauté copte de Zaraeeb collectent les détritus de la ville depuis des années et ont développé le système de recyclage le plus efficace à grande échelle (…) ils sont ceux qui nettoient la ville du Caire. »

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C’est donc dans cet espace qui souffre d’une piètre image que le street-artiste a décidé de poser ses bombes de peinture. Prises une à une, les peintures sur chaque maison ne donnent rien de précis. Pour se rendre compte de l’ampleur du travail d’ eL Seed, il faut prendre du recul, et de la hauteur.

Le point de vue idéal est le mont Mokattam, au sommet du Caire. Alors la fresque apparaît clairement et revêt tout son sens. Elle s’étire sur 300 mètres, et dit : « Quiconque veut bien voir la lumière du jour doit d’abord s’essuyer les yeux ».

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