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Caillebotte à Giverny : du Paris Haussmannien à la Normandie

Agathe Lautréamont 25 mars 2016

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Jusqu’en juillet 2016, le Musée des Impressionnismes de Giverny consacre une grande rétrospective à Gustave Caillebotte : peintre, mécène, architecte naval et horticulteur. Influenceur au regard intransigeant, ami des Impressionnistes qui inspirèrent son travail, Caillebotte est un peintre au parcours atypique. Et l’institution normande s’attache aux pas de l’artiste, des grandes rues parisiennes aux prés verts de Gennevilliers…

Le Boulevard vu d’en haut, 1880 © Comité Caillebotte

Gustave Caillebotte, Le Boulevard vu d’en haut, 1880 © Comité Caillebotte

Et Paris devint haussmannien

Comment passe-t-on de peintre de l’activité urbaine à chantre des plaisirs bucoliques ? En suivant le même parcours que Gustave Caillebotte ! L’artiste, qui a longtemps été considéré à tort comme un peintre amateur mineur est né et a grandi dans la capitale française. Observateur, soucieux de la condition des petits travailleurs, ses premières œuvres vont s’attacher à dépeindre l’ouvrage des travailleurs anonymes, puis à décrire des scènes de rue qui se déroulent dans son quartier alors en pleine mutation : celui entre l’Opéra et la gare Saint-Lazare.

Là où ses amis impressionnistes ont déjà attaché leur œil à la campagne environnant Paris, rendue accessible par l’essor du chemin de fer, Caillebotte décrit un tout autre bouillonnement : celui des chantiers haussmanniens, des ouvriers et des peintres en bâtiment.

peintres en bâtiment

Gustave Caillebotte, Les peintres en bâtiment, 1877 © DR

Sa vision intègre et sans misérabilisme de cette classe sociale le range d’ores et déjà du côté des modernes ; à tel point que son œuvre la plus célèbre, Les raboteurs de parquet, sera refusée au Salon officiel en 1876. Mais bien vite, le peintre ne tardera pas à se délier de cette atmosphère poussiéreuse et grisâtre qui ne compte que quelques arbres rabougris et bien isolés sur les grands boulevards percés par le Baron. Emporté par un puissant désir d’évasion et d’espace libre, Gustave Caillebotte plie bagages, emporte palettes et pinceaux. Direction : la propriété familiale d’Yerres.

L’adieu à la foule : Yerres

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Gustave Caillebotte, Le Jardin potager, Yerres, 1877 © Comité Caillebotte

L’installation dans la ville d’Yerres marque un tournant essentiel dans la pratique artistique de Gustave Caillebotte. Des rues parisiennes nues et sans vie (hormis l’activité humaine), l’artiste passe à un foisonnement de verdure qui allait, sans qu’il ne le soupçonne encore, devenir la ligne directrice de son œuvre jusqu’à sa disparition prématurée à l’âge de 45 ans.

Du blanc crayeux et du gris, il passe au bleu turquoise et au vert émeraude ; des couleurs d’ailleurs, qui ne manqueront pas de choquer la critique de l’époque pour leur teinte très crue, presque saturée. Ainsi du minéral, le peintre se tourne vers le végétal. Fortement inspiré par les jardins à l’anglaise d’Yerres, il va exploiter les nombreuses possibilités offertes par ces bosquets ombragés, ces allées sinueuses empreintes de mystère, ses massifs de fleurs où la main de l’homme n’a, en apparence seulement, aucune prise.

Puis, des fleurs, Caillebotte opère un nouveau revirement en se tournant cette fois-ci vers le jardin-potager. Il s’inspire également des loisirs nautiques devenus brusquement très à la mode suite à l’essor du style de vie bourgeois en quête de fraîcheur et de dépaysement (mais pas trop loin de Paris…) Cette étape dans son parcours pictural témoigne d’un impressionnisme très personnel chez Caillebotte, qui n’hésite pas à opter pour des cadrages surprenants et encore jamais vus dans l’Histoire de l’art.

La mise au vert

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Gustave Caillebotte, Les Roses, jardin du Petit Gennevilliers, 1886 © Comité Caillebotte

Après Yerres, Gustave Caillebotte poursuit son exploration des régions vertes et préservées de la région Île-de-France, assoiffé de nature et de plantes qui lui permettront d’exercer son œil et son style. C’est ainsi qu’en 1888, l’artiste-mécène (qui vivra entouré de plusieurs toiles achetées à ses amis Impressionnistes) acquiert une vaste propriété dans la commune du Petit Gennevilliers. Une possession qu’il ne cessera d’agrandir au fil des ans en faisant l’acquisition de nouvelles parcelles de terrain progressivement, en fonction de l’état de ses finances.

L’artiste opère ici son ultime mutation picturale : sa focalisation sur le jardin, ou plutôt à la manière de son ami Claude Monet, sur son jardin. Passionné d’horticulture, encore plus d’orchidées et autres plantes tropicales rares qu’il cultive avec beaucoup de soin dans son imposante serre, le peintre utilise ses plantations comme principale source d’inspiration; à tel point que ses cultures représenteront l’unique sujet de ses dernières productions artistiques.

Cette étape du parcours du Musée des Impressionnismes de Giverny est probablement la plus passionnante. En effet, non content de nous conter l’amour de Caillebotte pour le jardinage, l’accrochage nous propose une plongée dans l’intimité du peintre. Grâce à des actes de vente, des extraits de sa correspondance, des plans ou encore des photographies prises par son propre frère et pionnier dans cet art (tout nouveau pour l’époque) Martial Caillebotte, on prend la pleine mesure de la taille de la propriété de l’artiste et aussi de sa passion dévorante pour l’horticulture. Une passion écourtée tragiquement, puisque l’artiste disparaît d’une congestion cérébrale en 1894.

GUSTAVE CAILLEBOTTE, PEINTRE ET JARDINIER

25/03/2016 > 03/07/2016

Musée des impressionnismes

GIVERNY

Longtemps considéré comme un peintre amateur, collectionneur et mécène de ses amis impressionnistes, Gustave Caillebotte apparait aujour...

Exposition terminée
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