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Le Douanier Rousseau, candide et moderne au Musée d’Orsay

Agathe Lautréamont 23 mars 2016

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C’est promis, l’accrochage que le Musée d’Orsay dédie à Henri Rousseau, plus connu sous le surnom du « Douanier », ne reviendra pas une fois encore sur l’éternel sujet de la candeur renommée du peintre autodidacte. Le sujet, ici, sera moins l’ingénuité que l’originalité. L’unicité de cet artiste dans le petit monde de l’Histoire de l’art européen est célèbre et son regard, empreint d’une stylistique archaïque, lui permettra de son vivant d’être couronné, rien de moins, père de la modernité.

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Douanier Rousseau, Promeneurs dans un parc,  1900-1910 © RMN – Grand Palais

Un des points positifs dans le grand accrochage du Musée d’Orsay est sa volonté de placer le travail si caractéristique du Douanier Rousseau (1844-1910) au cœur de son époque, via des travaux réalisés par d’autres peintres qui étaient ses contemporains. C’est pourquoi l’on trouve côte à côte avec des toiles d’Henri Rousseau des œuvres de la main de Vassily Kandinsky, Pablo Picasso ou Georges Seurat.

Les liens sont bel et bien là, évidents et riches, tandis que le Douanier Rousseau a su s’inspirer des maîtres de son temps tout en dessinant son propre chemin : celui de l’exploration picturale de la modernité. Car c’est ce style unique, singulier en tout point, qui lui a permis de glaner la place de cas unique dans l’Histoire de l’art. Si l’on s’attarde par exemple sur ses natures mortes, l’influence de prédécesseurs comme Paul Cézanne est prégnante.

Si les objets représentés sur la toile font partie de notre quotidien, Rousseau a l’art d’insuffler à ces simples pièces (cafetière, fruits…) une essence poétique surprenante. Le regard du peintre ne s’attache pas au formel, encore moins à la fidélité : ce qui lui importe, c’est la manière avec laquelle il va rendre ce qu’il voit sur la toile, d’une touche enchanteresse et d’un regard empreint de pureté enfantine.

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Douanier Rousseau, Nature morte, 1910 © Collection Particulière – DR

Les désastres de la guerre

Quelques arbres morts, une cavalière aux cheveux hirsutes, un destrier que l’on croirait venu tout droit d’un des cercles de l’Enfer de Dante… C’est une œuvre complexe, mais surtout résolument originale, que le Douanier Rousseau expose au Salon des indépendants qui se tient en 1894. A-t-il créé cette huile sur toile monumentale ex nihilo ? S’est-il inspiré du très académique Adolphe William Bouguereau qui, dans une composition présentant des similitudes troublantes, a réalisé une allégorie poignante de la mort ?

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Douanier Rousseau, La guerre, vers 1894 © RMN – Grand Palais

Toujours est-il qu’une fois encore, Rousseau se démarque de ses contemporains, qui furent légion à s’emparer du sujet de la guerre franco-prussienne de 1870. Qualifiée « d’étrangeté novatrice » par les critiques d’art de l’époque, l’œuvre qui occupe un grand pan de mur de l’accrochage du Musée d’Orsay, La Guerre, frappe par sa grande puissance symbolique, par son paysage désolé et son grand dénuement narratif. Les couleurs sont ternes, brunes et noirâtres : l’important est le métaphorique. Par son absence de clés permettant une datation précise et d’éléments historiques précis, ce tableau du Douanier Rousseau s’élève au rang de manifeste pictural.

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Adolphe William Bouguereau, Égalité devant la mort, 1848 © RMN – Grand Palais

À la recherche de l’Eden

Quête d’une innocence absolue, rêverie d’un retour à l’état originel et primaire, la recherche du Paradis est un sujet qui occupe les plus célèbres et surtout les plus saisissantes toiles d’Henri Rousseau. Luxuriantes, vibrantes du foisonnement de la vie qu’elles représentent, ces œuvres du Douanier figurent un véritable monde exotique intérieur, inspiré par ses propres songes et ce qu’il a l’occasion d’observer dans les jardins tropicaux de Paris et de ses alentours.

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Douanier Rousseau, La charmeuse de serpents, 1907 © RMN – Grand Palais

Espace où les bêtes se traquent et s’entretuent, labyrinthes verts où on ne peut que difficilement voir l’horizon, lieu de vie de la tentatrice absolue Ève… Le Paradis selon le Douanier Rousseau mêle tous ces éléments à la fois, à tel point que cet univers à part aura une grande influence sur l’école artistique des surréalistes. La vision est fabuleuse de prime abord, mais peut vite se révéler angoissante si l’on prend le temps de détailler cette jungle luxuriante, où le danger et l’étrange rôdent derrière chaque tronc d’arbre, chaque grande feuille de palmier.

LE DOUANIER ROUSSEAU. L'INNOCENCE ARCHAÏQUE.

22/03/2016 > 17/07/2016

Musée d'Orsay

PARIS

Peintre éminemment singulier, Henri Rousseau est un cas unique dans l'histoire de l'art européen. Son oeuvre s'inscrit pourtant dans son t...

Exposition terminée
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