Disallowed Key Characters.
Magazine » Voir + clair
Actualités - Comptes-rendus - Voir + clair - Entrer dans l'œuvre - Entretiens - Voir + loin


expo_une_favori
expo_cercle_1 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou

- PARIS

expo_cercle_2 SOULÈVEMENTS

18/10/2016 > 15/01/2017

Jeu de Paume - PARIS
expo_cercle_5 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

Quand un street-artiste efface 20 ans de fresques en signe de protestation

Agathe Lautréamont 16 mars 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

N’allez surtout pas expliquer à Blu, graffeur mondialement célèbre, que l’art de rue est en train de s’institutionnaliser; sa réponse risque d’être des plus… radicale. Alors que le vendredi 18 mars doit ouvrir une grande exposition sur le street-art à Bologne, en Italie, l’annonce est loin de faire des heureux…

wu ming 3

Blu et ses accolytes effaçant les fresques © Wu Ming Foundation

« Street Art, Banksy & Co : l’art à l’état urbain ». L’affiche est intéressante et la promesse alléchante. Organisée au Palazzo Pepoli, musée de l’Histoire de la ville de Bologne, l’événement annonce sa volonté de création d’une réflexion sur les moyens de protection, de conservation et de présentation dans un espace muséal des œuvres pensées pour l’espace urbain.

Malheureusement, si l’intention paraît somme toute louable, les méthodes quant à elles, sont bien moins orthodoxes ; et c’est précisément ce que s’est attaché à démontrer le graffeur de 35 ans, Blu (qui comme nombre de ses coollègues du monde de l’art de rue, tient à conserver l’anonymat). Que reproche-t-il à l’accrochage italien ? Son vandalisme, si on en croit le peintre. L’institution bolognaise aurait en effet prélevé plusieurs œuvres présentes dans ses rues sans en informer les artistes, sous prétexte de les préserver de la dégradation progressive à laquelle elles sont irrémédiablement exposées si elles demeurent en leur lieu de conception.

Blu n’a donc pas tardé à voir rouge et dans la nuit du vendredi 11 au samedi, à l’aide de plusieurs complices, il a minutieusement effacé 20 ans de travail, 20 ans de carrière étalés dans les rues de Bologne, dont il est originaire : toutes ses œuvres réalisées depuis deux décennies ont disparu.

wu ming 4

© Wu Ming Foundation

Dans un sens, on comprend que l’artiste qui a toujours jalousement veillé sur son indépendance et sa discrétion n’ait que peu apprécié de se voir de la sorte bombardé à l’affiche d’une exposition sans avoir été mis au préalable au courant. Si l’accrochage du Palazzo Pepoli entend initialement faire la promotion de l’art qu’il pratique depuis tant d’années en présentant au public 250 œuvres et documents revenant sur le patrimoine street-art de Bologne, Blu a un tout autre regard sur la chose.

Pointant du doigt les méthodes cavalières du musée, Blu questionne dans le même temps la légalité d’une telle action consistant à ôter des fresques de leur support sans l’accord de l’artiste. Ces œuvres en effet, initiées par et pour la rue, doivent fondamentalement se dégrader, se décolorer, être recouvertes et taguées à leur tour.

C’est là l’essence même du street-art : vivre dans la rue et vieillir avec elle. Du coup, face à une action qui peut être assimilée à du pillage, autant pratiquer la politique de la terre brûlée : on efface tout, purement et simplement, de sorte à ne rien laisser à ceux qui s’approprient des œuvres qui n’appartiennent à personne, mais sur lesquels les créateurs conservent tout de même un certain droit de regard.

wu ming

© Wu Ming Foundation

Pour justifier cette action de décrochage, le Palazzo Pepoli a avancé l’argument comme quoi les fresques étaient de toute façon irrémédiablement condamnées, étant donné qu’elles reposaient sur des bâtiments voués à la démolition ; avant d’ajouter que le nombre de créations de la main de Blu sont minoritaires au sein de l’accrochage.

Pas de quoi empêcher le principal intéressé (exposé à la galerie Jonathan Levine de New York) de fulminer, celui-ci voyant dans cette action non seulement une idée grotesque (exposer de l’art de rue sous les cimaises d’un musée) mais également une volonté de transformer le graffiti en un produit marchand comme un autre, qui devient brusquement sacralisé et monnayable une fois passé dans l’espace muséal. La fresque se voit alors vidée de sa substantifique moelle : le fait qu’elle s’offre à tous les regards, à tous les passants qui déambulent à ses abords.

D’autant que par le passé, toujours selon Blu, la ville de Bologne aurait cherché à criminaliser l’art de rue. N’y a-t-il pas aujourd’hui un paradoxe à la voir faire entrer ce même art qu’elle a tant de fois décrié dans les couloirs feutrés des musées ?  Il semblerait en tout cas que la ville de Berlin, elle, n’y décèle pas le moindre problème

wu ming 2

© Wu Ming Foundation

Mais au-delà de ce contresens évident, Blu semble aussi dérangé par la grande figure qui se cache derrière le musée de l’Histoire de Bologne. Cette figure, c’est celle de Fabio Roversi-Monaco. Personnalité du milieu bancaire de Bologne, il est le président de Genus Bononiae (branche culturelle de la principale fondation bancaire de la ville italienne) et directeur de la Fondation de la Caisse d’épargne de Bologne.

Blu ne se pose-t-il donc pas simplement en pourfendeur des magnats de la finance, en tant que représentant de la liberté artistique et de la jeune création qu’on pointe du doigt et qu’on évacue de ses laboratoires artistiques sous prétexte qu’elle n’est pas propriétaire des lieux ? Dans cette exposition à l’entrée payante, le street-art, pratique vandale et iconoclaste, devient sacralisé tandis que les organisateurs de l’événement pourront gagner de l’argent sur des œuvres décrochées sans avis préalable. La réponse de la rue ne se sera pas fait attendre.

Par le passé, Blu s’était déjà fait remarquer par une action similaire, lorsqu’il avait appris que des promoteurs immobiliers vendaient des appartements de luxe avec comme argument, la présence d’œuvres de l’artiste sur leurs murs. Il avait alors minutieusement gommé ses créations des immeubles en question.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE