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Cinq siècles d’enfance au Musée Marmottan Monet

Agathe Lautréamont 11 mars 2016

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Du XIVe siècle au XXe siècle, comment la peinture française s’est-elle attachée à représenter l’enfant ? Le thème nous concerne tous, est largement représenté dans l’Histoire de l’art et a opéré d’importantes mutations au cours des siècles : selon les exigences sociales, les variations de régimes politiques et l’amélioration des conditions de vie. Les œuvres réunies par le Musée Marmottan Monet tendent à illustrer cette évolution, dans une exposition réjouissante et passionnante.

Philippe de Champaigne, Louis XIV offrant sa couronne et son sceptre à la Vierge, vers 1650 © Hamburger Kunsthalle – Elke Walford

L’enfant roi (littéralement)

Entre le XIVe et le XVIIIe siècle, on trouve encore peu de représentations d’enfants. La mortalité infantile étant hélas très élevée à cette époque, les familles hésitaient à commander des portraits de leurs jeunes enfants. Quelle que soit la classe populaire concernée, toutes étaient exposées aux mêmes maladies, aux mêmes manquements à l’hygiène. Ainsi lorsque le portrait d’un petit est commandé, il se trouve que l’œuvre porte le lourd poids des espérances parentales vis-à-vis du rejeton. Ceux qui ont la chance de vivre assurent l’avenir du père et de la mère, mais permettent aussi de pérenniser leur nom (d’où l’importance encore plus essentielle d’avoir des enfants de sexe masculin).

Pierre Mignard, Louise – Marie de Bourbon, duchesse d’Orléans, 1681-1682 © Château de Versailles

Au fil de la première étape du parcours de l’exposition, on croisera donc nombre d’enfants appelés à des destins grandioses : Louis XIV poupon puis au seuil de l’adolescence, François II, portrait de famille des Habert de Montmor, duchesse d’Orléans… Plus qu’une jeune personne, on voit un enfant vêtu, coiffé, orné à la manière d’un adulte, puisqu’appelé très vite à de hautes responsabilités. La noblesse du rang et l’importance du pouvoir décisionnel se retrouve dans les regards de ces enfants portraiturés : fiers, durs et quelque peu sentencieux. Le rôle est déjà là, ou bien ajouté par les soins de l’artiste. L’être qui se trouve face à nous n’est plus de chair, simplement un outil politique, qui revêt trop tôt le rôle dont il est bien trop jeune pour saisir toute la portée.

Le petit peuple

Il faut attendre véritablement la moitié du XIXe siècle pour que l’enfant soit considéré en tant que tel. Il n’est plus une propriété des parents, une paire de main qui servira dans les champs ou une assurance de la survivance d’une grande famille. Il opère une mue conséquente, de sorte à devenir un individu à part entière. Les peintres de ce temps s’intéressent alors à cette mutation dans leur art, attachant leurs pinceaux à reproduire des scènes de genre où l’aventure de l’enfance se retrouve magnifiée dans un univers où la fragilité côtoie une insouciance que l’on ne peut qu’envier une fois arrivé à l’âge adulte. Cependant, une fois n’est pas coutume, la place du rang influence considérablement les existences, dans des contrastes insoupçonnés.

Fernand Pelez, Martyr ou Le marchand de violettes, vers 1883 © Petit Palais

Si l’enfant de la ville peut grandir dans un milieu où les avancées sociales permettent un meilleur accès à l’instruction, à l’alimentation et à un plus grand confort de vie, il peut hélas se retrouver très vite livré à lui-même quand ses deux figures parentales (et non plus qu’une seule, à savoir le père) se trouvent forcées à travailler pour gagner leur vie.

Cet aspect rude de l’existence est admirablement dépeint par l’artiste Fernand Pelez qui dans sa toile Un martyr ou le marchand de violettes, représente un gamin des rues abandonné, petit Gavroche anonyme à la veste qui perd ses boutons et au pantalon élimé par le temps. Les pieds nus et sales, portant autour du cou la maigre marchandise qu’il tente de revendre, il dort à l’angle d’une rue, oublié de tous, ignoré de la foule. Ce n’est qu’en 1881 qu’un service dédié aux enfants abandonnés verra le jour au sein de l’assistance publique.

Berthe Morisot, Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881 © Musée Marmottan Monet

Douceurs de l’enfance

Que ce soit sous le pinceau des Impressionnistes ou du moderne Pablo Picasso, la légèreté inhérente à l’enfance ne saurait être oubliée. Et cette délicatesse, ce bonheur simple mais essentiel à beaucoup, c’est sûrement  simplement celui qui peut être puisé dans le cadre familial. Aussi des artistes comme Félix Vallotton, Auguste Renoir ou Berthe Morisot nous offrent-ils des scènes réjouissantes issues de leur propre cercle familial, ou celui de leurs amis les plus proches. On pourrait rétorquer que l’âge enfant tel qu’il est figuré par cette école picturale est quelque peu angélisé, idéalisé; puisque la majorité des œuvres présentées par l’exposition du musée Marmottan Monet sont des scènes de jeu, de dessin, de réunions dans le cadre bucolique d’un parc public ou d’un jardin.

Pablo Picasso, Paul Dessinant, 1923 © Succession Picasso 2016

Mais ce qui intéresse ces artistes, c’est leur habilité à proposer au public d’entrer dans l’intimité de l’enfant, en représentant ses naïfs amusements qui font partie intégrante de l’essence de cet âge. Si le récit est anecdotique, la gaîté et l’évolution des mœurs (relations plus tendres entre parents et enfants, souci accru apporté à l’éducation) sont bien là, témoins d’une époque et de thèmes parfois anecdotiques, mais qui ravissent l’œil et le cœur.

L'ART ET L'ENFANT

10/03/2016 > 03/07/2016

Musée Marmottan Monet

PARIS

Le musée Marmottan Monet organise, du 10 mars au 3 juillet 2016, l’exposition L’art et l’enfant. Chefs-d’œuvre de la peinture fran...

Exposition terminée
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