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À la Fondation Bergé – Saint Laurent, des robes-sculptures d’une beauté saisissante

Agathe Lautréamont 11 mars 2016

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Il y a des couturiers qui se servent des femmes et il y a ceux qui servent les femmes. Le créateur Noureddine Amir est de ces personnages fascinés par l’esthétique intrinsèque à la création textile, par les matériaux qui vêtent et subliment le corps féminin. Peu importe, au fond, si la matière exploitée s’appelle raphia, jute, métal ou feutre. Visite en images d’une exposition hors du commun, où la robe se mue en sculpture.

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Les matériaux sont bruts, mais l’on ne saurait les qualifier de grossiers. Les motifs sont larges, cependant nullement dénués d’une délicatesse fascinante. Sont-ce là des robes ? Des sculptures ? De l’architecture ? Peut-être ces trois domaines infusent-ils dans la pratique artistique de Noureddine Amir. Dans une scénographie savamment travaillée, où les rares touches de lumière se diluent dans des jeux d’ombres et de formes envoûtantes, les créations de l’artiste marocain semblent flotter sous nos yeux, d’une délicatesse éthérée qui tranche radicalement avec les matériaux via lesquels elles ont été conçues.

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Le créateur de mode travaille en effet les matières textiles comme certains tanneurs des temps passés modelaient les peaux. Dans le but de réinventer des matières élémentaires comme la toile de jute, le raphia ou la laine non-traitée, l’artiste leur impose d’abord de passer par une étape de profonde transformation. Ces dernières sont ainsi traitées, teintées, usées volontairement, tissées, tressées… Leur caractère brut, même s’il est encore prégnant dans les créations finales, s’adoucit alors étrangement pour donner des parures d’une richesse déconcertante.

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En assouplissant la laine, en filant à la main le coton, en apprivoisant le rigide raphia, Noureddine Amir ne se contente pas de coudre un habit : il le construit, littéralement. D’où l’analogie surprenante avec l’architecture ! Comme certains constructeurs bâtissent des maisons à l’aide de matériaux rudimentaires, l’artiste mis en lumière par la Fondation Bergé – Saint Laurent érige des vêtements que le corps féminin pourra habiter, investir.

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On pourrait donc être surpris de rencontrer de telles créations dans l’univers feutré, luxueux et gracile de la Fondation Bergé – Saint Laurent, quand la haute-couture rime traditionnellement avec matières nobles et délicatesse des tissus. Pourtant, pour les deux créateurs, Noureddine Amir et Yves Saint-Laurent, le langage parlé est sensiblement le même : celui de l’amour du travail. Car à une époque où le vêtement est devenu un produit de consommation comme un autre, où le client semble s’habituer à acquérir des tissus synthétiques, transformés à l’excès, dénaturés et de piètre qualité, Amir semble vouloir prendre le contrepied de cette tendance.

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En optant pour le matériau rustique, vierge, et en le travaillant de sorte à ce qu’il conserve sur la création finale son aspect extérieur imparfait, l’artiste nous explique qu’il est temps de se réconcilier avec les matières, de parvenir à retrouver une certaine grâce dans le basique et l’originel. Et c’est avec un plaisir qui se ressent pleinement que le créateur nous livre des vêtements vraiment sublimes, finement travaillés et d’une légèreté qu’on ne saurait soupçonner de prime abord. On ressent dans ces œuvres un vrai amour pour la manipulation, pour ces pièces de laine ou de jute devenues étrangement malléables, pour ces éléments que l’on a envie de toucher comme Amir a pu les transformer, les nouer, les lier avec un plaisir éclatant.

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Grâce à cet appétit pour le matériau brut, le créateur de mode fait entrer dans ses robes-sculptures une noblesse insoupçonnée. On est là face à des créations à part entière, qui renvoient aux objets originels. Avec une certaine poésie, on peut y déceler un hommage à la Nature, à l’instinct primitif, à la mère nourricière.

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En puisant directement dans les espaces naturels où croissent les matières exploitées, on a envie de percevoir une forme de retour à  un respect desdites matières, où elles ne sont pas exagérément dénaturées mais transparaissent avec évidence dans l’œuvre que l’on admire dans les salles d’exposition de la Fondation. Ainsi, tout le talent de Noureddine Amir est de créer des robes qui renvoient à des sensations, des impressions, et c’est superbe.

Photographies : Agathe Lautréamont

LES ROBES SCULPTURES DE NOUREDDINE AMIR

09/03/2016 > 03/04/2016

Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent

PARIS

Suite à un coup de cœur pour son travail, Pierre Bergé a souhaité consacrer à Noureddine Amir une exposition à la Fondation Pierre Be...

Exposition terminée
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