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Yoko Ono au Mac de Lyon : au coeur d’une grande expo participative

Jéremy Billault 10 mars 2016

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Pour la première fois en France, Yoko Ono est l’objet d’une grande rétrospective, comprenant ses travaux depuis 1952 jusqu’à des créations inédites. Organisée par le Musée d’Art Contemporain de Lyon, l’expo intitulée Lumière de l’aube sera présentée jusqu’en juillet prochain. Instructions, participation et expérience sensorielle, visite au cœur d’un événement qui a besoin de son public pour être abouti.  

Yoko Ono på Louisiana.

Yoko Ono dans En Trance , 1997 © Yoko Ono

Physiquement, elle n’était pas là. Et pourtant, elle semblait partout. A quelques jours de l’ouverture de sa grande exposition au Mac de Lyon, Yoko Ono, souffrante, a été contrainte d’annuler sa visite très attendue,  « la mort dans l’âme ». Et quand, dans son message, elle fait part de sa déception… On la croit sur parole. Qu’on la considère comme l’insupportable sorcière qui a séparé les Beatles ou encore comme un bisounours qui ne jure que par l’amour et les fleurs,Yoko Ono a le mérite d’être investie, surtout lorsqu’il s’agit de confronter son travail au public.

Ono for all, all for Ono

08b - Yoko Ono, Parts Of A Light House, 1966-2013

Yoko Ono, Parts Of A Lighthouse, Photo Tetsuo Ito © Yoko Ono

A Lyon, la ville s’en apercevra avant même de se rendre au musée. Affiches, drapeaux, tickets de transports : des mots-instructions viennent d’apparaître un peu partout, jusqu’aux toilettes des bars et des lieux culturels de la ville. Belle promo, mais pas seulement. Car à l’intérieur, tout est plus ou moins de cet ordre-là : des invitations, des instructions qui conduisent le public à agir (physiquement ou spirituellement, ce qui, finalement, revient au même). Il faut donc s’accrocher, faire un effort pour entrer dans cette expérience totale. Chez Yoko Ono, admirer (juste admirer) c’est passer à côté de l’essentiel.

Pour la star qu’on présente souvent comme « la plus célèbre des artistes inconnus », le Mac a fait les choses en grand : l’expo s’étale sur les trois étages du musée et, chose importante, ne s’attache pas à un ordre chronologique ou à une classification formelle. Depuis Fluxus et les performances des années 50 jusqu’à aujourd’hui, 2016, et la création d’œuvres originales ou réinterprétées pour l’exposition, la rétrospective en est pourtant bien une. Et c’est là une grande partie de son charme.

retouche 3

Partout, encore une fois, Yoko Ono s’adresse directement au visiteur. En plus d’être suivies en temps réel par quelques dizaines de congénères, les instructions de cet art participatif ont sans doute connu plusieurs générations de curieux. On s’installe à une table, on joue aux échecs (tous les pions sont blancs, pas de perdant), on grimpe aux échelles, on va même parfois jusqu’à ramper sur le sol : une empathie presque inconsciente se répand rapidement dans l’espace d’expo, sous le regard protecteur d’une Yoko mi-artiste, mi-gourou.

L’apothéose de cet esprit de participation du visiteur à l’oeuvre (plus qu’un prolongement, on devient la touche finale) c’est une salle qui, par son aspect parfaitement anodin, détonne : une salle de réunion tout à fait normale. On croit s’être égaré. Pourtant il y a un détail espiègle : des clous. Des clous à planter partout avec un marteau (sur les murs, les meubles, la table, les chaises) et à planter ensemble, dans la violence joyeuse et sonore d’une délivrance qui, il faut le dire, surprend. L’autre se lâche, il s’acharne rapidement sur ce clou symbolique et récalcitrant, on le voit, on rit, on y est.

Bouleversements

24 - Yoko Ono, Ex It, 1997

Yoko Ono, Ex It, 1997 © Yoko Ono

Outre les instructions et les invitations à « partager » (des bandes de papier nous y encouragent tout au long de l’expo), la rétrospective présente des aspects plus sombres, violents et poétiques de l’œuvre de Yoko Ono. On retiendra surtout une installation remarquablement placée : des dizaines de cercueils desquels émergent des arbres dans un cimetière devenu jardin, entre la vie et la mort. Devant une grande baie vitrée qui offre une vue splendide sur le Parc de la tête d’Or (ensoleillé c’est une merveille), le poids et la légèreté sont saisissants. On retiendra aussi une paire de lunettes. Elles sont rondes et ensanglantées. Pas besoin d’en dire plus…

Plus loin dans l’expérience personnelle (comme la présentation de l’expo l’annonce, il s’agit bien d’une « expérience »), l’événement s’achève sur des installations sensitives fortes : une pièce plongée dans l’obscurité, une autre dans une lumière intense (après avoir enfilé puis retiré un sac noir opaque)…

L’artiste a besoin d’une dévotion et d’une bonne volonté sans limite de la part de son public, pour que l’œuvre soit complète et, surtout, pour que l’expo fonctionne. On imagine donc que c’est, effectivement, la mort dans l’âme, que Yoko a annulé sa venue tant on sent qu’elle aurait aimé présenter, accompagner et intervenir devant le public français. Si sa santé s’améliore, Yoko a promis qu’elle visiterait l’expostion en mai prochain.

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