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Hubert Robert au Louvre : l’imaginaire poétique

Agathe Lautréamont 9 mars 2016

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C’est à un voyage surréaliste et onirique que nous convie le Musée du Louvre avec sa plus récente exposition. Hubert Robert, un peintre visionnaire propose de retracer le parcours esthétique d’un artiste assoiffé de grands espaces, qui glissait son imaginaire poétique et utopique dans ses peintures. Sublimes paysages où l’Histoire rencontre l’imaginaire ou illustrations intimistes à la sanguine… Plongée dans un monde où le fantastique côtoie l’emphatique, à travers trois grands thèmes chéris de l’artiste.

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Hubert Robert, Pont du Gard, 1787

Rome imaginée

Peintre influencé par les philosophes de son temps, Hubert Robert aimait à célébrer la nature, sa force vive et sa capacité à susciter l’émerveillement des hommes. Paysagiste, son amour pour le jardin infuse ses paysages fascinants. Un brin poète, il avait l’art d’insuffler à ses compositions un élan solennel qui force l’admiration. En un sens, Robert est un homme des Lumières et sa façon de transmettre ses aspirations nouvelles se faisait via la peinture à l’huile. Le voyage du peintre à Rome en 1754 aura une influence décisive sur sa future carrière.

C’est en effet à cette occasion qu’il profite des cours d’architectes célèbres, découvre la vie culturelle foisonnante de la Cité Éternelle et peut admirer tout son soûl le patrimoine exceptionnel de la cité italienne. Dans sa peinture La découverte du Laocoon réalisée en 1773, le peintre mêle dans une seule et même composition son goût pour les structures architecturales monumentales, sa fascination pour le monde antique avec l’évocation de la sculpture dite du « Groupe de Laocoon » et son amour pour les thématiques mystérieuses.

hubert robert laocoon

Hubert Robert, Découverte du Laocoon, 1773

La découverte de cette sculpture au tout début du XVIe siècle fut en effet un événement décisif de la Renaissance. Hubert Robert tend à créer, dans une toile fantaisiste où personnages vêtus à l’Antique et promeneurs de sa propre époque admirent le chef-d’œuvre, une atmosphère des plus mystérieuses. En effet, toujours aujourd’hui, on ignore avec précision la date de réalisation et surtout le nom du sculpteur du Laocoon. Dans cette toile d’envergure, où le spectateur se sent soufflé par le monumentalisme de l’espace, on admire le groupe de marbre blanc sur lequel se dépose délicatement la lumière, tandis que le peintre détaille une scène où l’imagination est reine.

 

L’influence du Piranèse

Si l’on ne devait retenir qu’un seul maître à Hubert Robert, ce serait sans conteste l’architecte et graveur italien Giovanni Battista Piranesi, plus connu sous le surnom du Piranèse. Artiste de génie, ses planches gravées sont passées à la postérité comme autant de visions d’une Antiquité sublimée, dans des compositions amplifiant ou isolant des éléments architecturaux grandioses. Ses œuvres sont empreintes d’une dimension dramatique, où la magnificence romaine côtoie l’idée de dignité toute rigide qui emplit l’imaginaire du grand public dès lors qu’il est question d’aborder la période de la Rome antique.

15. Caprice architectural au canal

Hubert Robert, Caprice architectural au canal

Hubert Robert a été profondément marqué par le monde vespéral et étouffant de Piranèse, où voûtes, escaliers, herses et murs d’enceintes aux dimension monumentales n’ouvrent que sur des issues hélas bouchées, des barreaux indénombrables et des engrenages de fer cruels. C’est ainsi que pendant plusieurs décennies, les œuvres picturales d’Hubert Robert vont établir un véritable parallélisme avec son maître spirituel, tandis que les motifs appréciés par le peintre français noueront un dialogue à part entière avec les œuvres les plus célèbres de Piranesi : Les Prisons.

Lorsqu’Hubert Robert représente des ponts de pierre à moitié écroulés, où la nature a repris fièrement ses droits, ou bien de sublimes escaliers bordés de colonnades s’étirant vers le ciel, l’hommage au graveur italien est prégnant et d’une indicible beauté. Ces vastes ensembles évoquent des compositions réalisées par des artistes comme John Martin ou Caspar David Friedrich, dans leurs représentations glorifiées des grandes créations architecturales ou dans leurs descriptions parnassiennes de la nature toute-puissante.

 

Merveilleuses ruines

Hubert Robert, Caprice architectural avec la statue de Marc Aurèle

Comme annonçant la fascination de la période Romantique pour les témoignages des grandeurs passées, le XVIIIe siècle illustra un goût certain pour les ruines. C’est en effet à cette époque que la Grèce Antique et la grande Rome sont redécouvertes et suscitent un emballement esthétique et historique indéniable, influençant tous les artistes. Et Hubert Robert n’échappe pas à la règle. Admirant le travail des architectes, le peintre français n’aimait rien de plus qu’insuffler à ses compositions une âme mélancolique et passionnée, en y représentant des ruines mystérieuses, peut-être plus belles encore que le bâtiment d’origine dont elles sont issues.

Mais Robert ne se limite pas à une figuration passionnée de ces signes de civilisations influentes et déterminantes pour l’Histoire humaine. En jetant sur ces vestiges des lumières dorées de crépuscule, en les disposant au bord de rivières furieuses ou calmes et en imaginant de grands incendies ravageurs qui purifient la vanité de l’Homme, l’artiste se fait philosophe et pessimiste sur la destinée humaine et sur le devenir des grandes actions de l’Homme. Comme s’il craignait l’écoulement inexorable du temps, le peintre représente les affres de ce dernier, donne à son art une capacité d’ensorcellement qui stimule l’imaginaire du spectateur.

Quels grands personnages ont pu vivre dans cet ancien palais effondré ? Quelle civilisation disparue a pu chercher à atteindre les nues et les dieux par ces escaliers monumentaux ou des colonnades qui s’étirent à l’infini ? Via ces questionnements, mélancolie et torpeur saisissent le visiteur, qui part durant quelques minutes dans un voyage charmeur et sibyllin ; où il est aisé de bâtir des contes merveilleux à partir de ce qui fut bâti, dans la pierre, par le passé.

HUBERT ROBERT (1733-1808)

09/03/2016 > 30/05/2016

Musée du Louvre

PARIS

Véritable homme des Lumières et l’un des plus grands créateurs d’imaginaire poétique, Hubert Robert entreprit un remarquable itinér...

Exposition terminée
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