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Des Youtubeurs au Louvre : bilan et avenir d’un choc des cultures

Jéremy Billault 7 mars 2016

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Pour la première fois en France, un musée a décidé d’étendre sa présence sur le web en s’attaquant plus profondément à une plate-forme parfois rapidement jugée comme peu sérieuse : Youtube. Ce musée (le Louvre pour ne pas le citer)  a fait appel à trois youtubeurs reconnus au contenu à la fois divertissant et pédagogique pour se présenter sous différents aspects et sous une forme plus ludique. Pour en savoir plus et dresser un bilan quelques semaines après l’intéressante opération, le youtubeur Nota Bene a accepté de répondre à nos questions.

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Nota Bene devant la pyramide

Deux millions de fans sur facebook, un peu moins de la moitié sur twitter, le Musée du Louvre n’a pas à rougir quant à sa présence sur le web. Mais dans l’océan exponentiel et délirant des réseaux sociaux, une irréductible plate-forme est toujours passée entre les mailles du clic, du like et du partage. Cette plate-forme, c’est tout simplement Youtube. Malgré sa création il y a dix ans de cela (en 2006, donc, bravo à vous), la chaîne du plus vaste et plus prestigieux des musées français peine encore à atteindre les 15 000 abonnés.

Mais ça, c’était avant. Car le Louvre a récemment décidé d’inviter ceux qui font que Youtube est plus que de l’humour ou du gaming, ceux qui apprennent des choses à leur public tout en proposant un format toujours divertissant. Le Cinéma pour le Fossoyeur de films, l’Histoire pour Nota Bene ou encore les curiosités d’Axolot, trois personnalités, trois thèmes et trois formats pour explorer le musée sous différents horizons.

Publi-vidéo ?

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Axolot au Louvre

La question se pose alors de l’affreux méchant « publi-reportage » que certains dégainent à la vitesse de la lumière : les youtubeurs ont-ils été libres ou leur a-t-on dicté leurs vidéos ? Pour répondre à cette question et dresser un bilan quelques semaines après la parution des six vidéos (trois sur la chaîne du Louvre et une sur la chaîne de chaque youtubeur), Nota Bene a clarifié pour nous la situation : « Il y a eu une première réunion où ils nous ont exposé leur projet, à savoir des vidéos centrées sur le musée, et ont cherché à savoir si ça nous convenait, si on avait des idées, des possibilités… Bien sûr on a tout de suite accepté de participer à ce projet. Au départ, on a beaucoup parlé de thématiques, et l’idée de créer chacun deux vidéos (une pour notre chaîne, une pour la leur) vient de nous. Ça permet d’avoir un effet ping-pong entre les deux chaînes (celle du Louvre et les nôtres) et de renvoyer les viewers d’une chaîne à une autre. Juste une vidéo aurait été, selon nous, moins efficace. »

Une solution pleine de bon sens qui touche finalement un public beaucoup plus large que les 15 000 abonnés du Louvre ( au total les trois chaînes comptent presque un million d’abonnés). Malgré le regard nécessaire du musée sur les travaux aboutis, le Louvre a surtout offert aux trois vidéastes un cadre original et un sujet vaste totalement légitime avec la ligne de chacune de leurs chaînes.

Pouce bleu ?

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Le Fossoyeur de films devant la Jonconde

Reste à savoir si l’opération a su convaincre le public visé. Car ce public est vaste et il ne faut pas confondre l’audience de Youtube et le jeune public, la plateforme compte son public français en dizaines de millions de « visiteurs uniques » par mois et dépasse de loin les geeks et les ados. « La très grande majorité de mon audience, confie, par exemple, Nota Bene, a plus de 18 ans » . A l’heure où les institutions culturelles rivalisent d’applications et de réalités augmentées pour attirer un public plus jeune, l’opération du Louvre pourrait avoir un effet plus large, sans qu’il ne doive obligatoirement bricoler de nouveaux outils de médiation plus ou moins intéressants.

Encore faut-il convaincre. Mais à ce niveau-là et pour Nota Bene, l’opération semble réussie :  « Sur ma vidéo du Louvre, je n’ai pas eu plus de vues que d’habitude. En revanche, j’ai eu énormément de retours très positifs de la part des viewers. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les commentaires postés directement sur Youtube, il y avait beaucoup d’enthousiasme. » Sur la chaîne du Louvre, le succès est également au rendez-vous : là où traditionnellement les vidéos du Louvre oscillent entre 5’000 et 25’000 vues (des formats courts, en général des présentations d’œuvres), les trois vidéos postées atteignent à ce jour entre 70’000 et 140’000 vues.

Le phénomène est donc globalement positif pour tout le monde : le Louvre assoit son image de précurseur en ce qui concerne le web et son opération de communication touche un large public. « Ma chance grâce à cette collaboration est d’essayer, pourquoi pas, de rendre le Musée du Louvre plus accessible, plus cool, plus attrayant et peut-être un peu moins effrayant. » Le Louvre trop sérieux rencontre Youtube trop vulgaire : des deux côtés, les clichés sont mis à mal.

One-shot ?

 

Car de leur côté, les vidéastes gagnent une considération que certains ne leur soupçonnaient pas : « Cela fait trois ans maintenant que les chaînes de vulgarisation explosent dans tous les sujets (maths, sciences, linguistique, biologie, art…), précise notre interlocuteur qui a, lui, lancé sa chaîne en août 2014. Ça manifeste bien une envie de ces jeunes adultes de vouloir profiter de cette manne culturelle offerte sur internet et si possible en vrai. Je pense clairement que ça peut conduire des personnes qui ne pensent pas forcément à aller au Louvre, à se remotiver et ensuite y aller. »

Au Louvre ou ailleurs, les opérations de ce genre pourraient donc être amenées à se développer : si Youtube est resté très longtemps dans l’ombre de son accessibilité, l’aspect didactique et intellectuel que développent les trois youtubeurs invités (ou d’autres comme Bruce Benamran de la chaîne e-penser dont le livre est un best-seller) commence à être reconnu (l’adoubement du grand Louvre donnera peut-être des idées).

« C’est quand même cool de pouvoir se dire qu’une institution comme celle-là décide de se pencher sur le média internet, puisque jusqu’à présent, les vidéastes du web étaient peu considérés, ou en tout cas, les grandes institutions estimaient que ce qu’on trouve sur internet ne pouvait pas être sérieux. Et là, en prenant ça à contre-pied, le Louvre a ouvert une porte, et j’espère que ça va permettre d’autres collaborations à l’avenir avec d’autres vidéastes Youtube qui font du très bon boulot. J’aimerais beaucoup par exemple travailler avec des villes afin de mettre en valeur leur histoire et leur patrimoine. »

Pour cette grande première, le Louvre a fait le pari audacieux mais respectable de donner carte blanche à ses partenaires qui ont même bénéficié de son aide pour pouvoir parler du musée avec l’angle qui les intéresse. On est donc, pour l’instant, loin du placement de produit qui foisonne sur Youtube et que la communauté rejette viscéralement au point d’en voir partout, y compris là où il n’y en a pas. L’effet pourrait rapidement s’inverser. Mais pour l’heure, le buzz est bon.

Propos recueillis par Agathe Lautréamont

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