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La National Gallery de Londres doit-elle s’ouvrir à l’art moderne ?

Agathe Lautréamont 4 mars 2016

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Cela fait un peu plus de six mois maintenant, un temps bien court, que Gabriele Finaldi a posé ses lourdes valises riches de savoir d’historien de l’art dans son bureau feutré de la National Gallery de Londres. Et il semblerait que sa volonté, en tant que nouveau directeur, soit justement d’infuser cette nouveauté dans les couloirs de l’institution anglaise. Une infusion en douceur ? Ce n’est pas le terme le plus adapté. Celui-ci en effet, entend bien faire entrer l’art moderne dans un musée dont le patrimoine artistique ne s’étire pas au-delà de 1900. Un raz-de-marée qui attise les débats outre-Manche.

finaldi © National Gallery

Gabriele Finaldi © National Gallery

Comment une petite déclaration peut-elle seulement porter des effets similaires à ceux d’une onde de choc en bonne et due forme ? Il suffit de poser la question à Gabriele Finaldi pour obtenir la clé de cette énigme. Né dans une famille italienne en 1965, cette figure influente du milieu de l’art connaissait bien la National Gallery avant d’en occuper la plus haute direction, puisqu’entre 1992 et 2002, il était en charge des collections italiennes et espagnoles.

L’Espagne d’ailleurs, ne tarda pas à lui ouvrir ses bras puisqu’il s’envola ensuite pour le Musée du Prado où il demeura comme conservateur jusqu’en 2015… Albion l’appelait. Et aujourd’hui, ayant à peine en mains les rênes de la National Gallery de Londres, l’aurige de l’art a avancé une idée certes qui peut sembler audacieuse, mais qui lui tient grandement à cœur : ouvrir les collections du musée le plus célèbre d’Angleterre à de nouveaux horizons artistiques. Oh, des horizons peu lointains, ceux des premières décennies du XXe siècle. Et si les auspices semblent favorables, peut-être étirera-t-il la nouvelle frise chronologique du musée jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Sauf que.

En premier lieu, la National Gallery a depuis son existence, bâti ses collections sur un patrimoine qui n’a jamais cherché à dépasser l’année 1900. Enfin et non des moindres, cette extension des collections signifierait venir marcher sur les platebandes de la Tate ; ce qui risque de fortement déplaire à l’autre poids lourd muséal des rives de la Tamise.

national gallery © Wiki

La façade du musée © National Gallery

 En effet, cette initiative lancée par Finaldi ne revêt pas seulement le caractère d’une innovation plutôt bienvenue pour un musée aussi fameux que la National Gallery. Elle se présente de fait comme une totale remise en question d’un accord de longue date passé entre l’institution dominant de ses colonnes blanches Trafalgar Square et celle de Bankside. Cet arrangement ratifié en 1996 prévoit une division nette des collections des deux musées à partir d’une date : 1900.

Or, si l’on en croit les propos volontairement avenants et rassurants de Gabriele Finaldi au sujet de cette remise en question, celui-ci ne serait pas aussi catégorique qu’on se plaît souvent à le présenter, et le duo de musée discuteraient souvent d’échanger parfois quelques œuvres qui ne correspondent pas à leurs traditions muséographiques.  Pour le conservateur donc, la National Gallery peut tout à fait partir à l’exploration des contrées artistiques du XXe siècle, tant qu’elle laisse à la Tate la mainmise sur des œuvres abstraites ou d’avant-garde. Une figure comme Pablo Picasso, cependant, aurait toute sa place sous les cimaises du musée de Trafalgar Square.

london city seeker

Le musée de nuit © London City Seeker

Dans une interview-fleuve accordée au journal The Art Newspaper, l’iconoclaste Finaldi explique qu’il serait déjà en pourparlers avec la Tate, évoquant avec les têtes pensantes de l’institution les possibilités s’offrant aux deux musées pour organiser d’intéressantes « rencontres » de leurs collections. Pour l’ancien du Musée du Prado, il est également urgent de revoir les conceptions mêmes de l’Histoire de l’art. 1900, que l’on a pu considérer pendant des décennies comme une date charnière, quelque peu arbitraire (mais n’est-ce pas toujours le cas lorsqu’on choisit une date comme limite ou borne à quoi que ce soit en Histoire ?), n’a plus dans le regard actuel le rôle de limite absolue que cette année a pu incarner par le passé.

Si l’on échange en termes purement artistiques, rien d’exceptionnel n’a pu se produire en 1900 qui justifie d’en faire une borne absolument catégorique. Néanmoins, les années 1880 et 1890 se sont, elles, révélées particulièrement fertiles en fourmillements artistiques, les créateurs de ce temps cherchant activement de nouvelles formes d’expression qui impactèrent l’art jusqu’à quarante à cinquante ans plus tard. D’où la frustration compréhensible de Finaldi à l’idée de présenter  à la National Gallery des œuvres de cette période sans pouvoir les mettre en regard de celles qu’elles ont grandement influencé. Affaire à suivre…

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