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Entretien avec Jean-Luc Léon, réalisateur de « Un vrai faussaire »

Jéremy Billault 1 mars 2016

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Le mercredi 2 mars sort au cinéma le documentaire Un vrai faussaire réalisé par Jean-Luc Léon consacré à Guy Ribes, l’un des plus grands maîtres du genre. Exponaute a rencontré le réalisateur du film à la fois drôle et impressionnant pour savoir comment s’est déroulée cette rencontre atypique, entre empathie et remise en question des propos d’un génie au langage cru.

« Est-ce que vous connaissez un faussaire ? », cette question, Jean-Luc Léon l’a posée pendant des années. Orson Welles déjà l’avait abordée  dans F for Fake, mais il fallait approfondir le sujet, il fallait en faire un film. Mais partout, une seule réponse : « On m’a ri au nez. » Et pour cause, si certains connaissaient effectivement un faussaire, peu de chance que celui-ci accepte d’apparaître à la caméra. Alors quand en 2010 l’histoire de Guy Ribes, l’un des faussaires français les plus productifs, fait surface, Jean-Luc Léon a su qu’il avait son homme. Guy Ribes comparaissait devant la justice qui, a l’époque, avait saisi plus d’une centaine de ses faux tableaux. A sa sortie de prison (il en a fait quelques mois), le faussaire pourrait enfin se livrer. Et il y a beaucoup à dire.

GuyRibesUNVRAIFAUSSAIRE

D’ailleurs, il en dira beaucoup. « On a été aidé par des avocats qui nous ont prévenus que certaines choses n’étaient pas diffusables. Dans ces cas-là, on a préféré flouter ou biper certains propos plutôt que de supprimer les scènes : on préfère tout laisser et tout expliquer au public. » Car oui, Guy Ribes ne semble pas intimidé par la caméra. Après plus de trente ans de carrière, les faux et les grands noms  défilent (galeries, marchands, acheteurs): « Certains tableaux sont reconnaissables (obtenus avec des moyens douteux, ou dont on espère se débarrasser, ndlr) et leurs propriétaires ne veulent pas qu’ils soient dévoilés ».

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Mais, au-delà du potentiellement sulfureux, l’histoire de Guy Ribes est incroyablement romanesque, riche en rebondissements et en personnages : le spectateur se laisse alors tranquillement guider par le récit gouailleur d’un génie aux airs de truands. Là pourrait être la difficulté du réalisateur. Génie mais immoral, héros d’un récit rocambolesque mais potentiel baratineur, il a fallu prendre de la distance même si, comme  le dit le réalisateur lui-même: « Je n’ai jamais pensé que c’était un criminel ». Le tournage a duré quatre ans (durée qui comprend une année de bisbille due à une avidité un peu exagérée de la part du principal intéressé) et pendant cette période, Jean-Luc Léon a eu le temps de voir l’artiste à l’œuvre. « Pendant le tournage, il a réalisé quatre tableaux : trois petits (Picasso, Chagall, Léger) et un grand (Matisse). Pour les trois premiers, il lui a fallu une matinée. Pour le Matisse, il a travaillé pendant quatre séances de quatre heures». Le génie, concrètement.

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Entre l’histoire folle qui raconte comment il a appris à peindre par lui-même et le résultat concret des tableaux réalisés pendant le film, l’étendue du talent de Guy Ribes, elle, ne reste pas à prouver. « C’est un autodidacte et une véritable éponge, il a appris à travailler en achetant une tonne de bouquins, de son côté.» Et personne ne semble être hors de sa portée. «Il a fait Chagall, Léger, Dufy, la liste est longue, il pourrait même s’attaquer à Rembrandt mais il lui faudrait plus de temps, ce ne serait pas rentable. Et chez Picasso, il ne fait pas Guernica ». C’est probablement la raison du succès. La justice a intercepté 150 tableaux, l’artiste prétend en avoir vendu beaucoup plus: « Selon lui, il a créé dix-mille tableaux, mais pour être sûr on préfère diviser ». Dans le film on estime son oeuvre entre trois à cinq mille faux.

Quant à l’avenir de l’oeuvre de Ribes, rien n’est certain : « Cela coûte trop cher d’expertiser une oeuvre (plusieurs milliers d’euros), la justice va les détruire. » Quant aux autres, on leur laissera probablement le bénéfice du doute. « Vous savez, Michel-Ange lui même était faussaire, il faisait des fausses statues grecques pour lesquelles il était applaudit. » Sans aller jusqu’à l’applaudir, Jean-Luc Léon transmet une admiration légèrement raisonnée (pour que le public ait toutes les clés de l’histoire sans trop être berné). Et Guy Ribes lui-même l’a bien compris : « Il était très heureux après avoir vu le film. Il s’est trouvé beau. » Beau, peut-être, drôle et attachant, c’est certain.

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