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Anish Kapoor s’octroie les droits exclusifs d’une nuance de noir

Agathe Lautréamont 1 mars 2016

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Un artiste peut-il posséder une couleur ? Il semblerait que pour Anish Kapoor, la réponse soit oui. Le peintre et sculpteur a en effet récemment acheté les droits de la couleur « Vantablack », un pigment noir incroyablement profond ; provoquant dans le même temps quelques remous dans le monde de l’art…

vantablack wikimedia commons

La couleur  « Vantablack » © Wikimedia Commons

Noir, c’est noir

Désormais, si vous êtes amené à utiliser du noir « Vantablack », attendez-vous à des représailles judiciaires. Car le fameux artiste Anish Kapoor possède les droits exclusifs de ce pigment. Un pigment si intense, si profond, qu’il est connu dans le monde de l’art comme le noir le plus noir de toutes les nuances existant. Développée par Surrey Nanosystems, une entreprise britannique spécialisée dans les nanotechnologies, cette couleur absorbe 99.96% de la lumière et est utilisée, entre autre, dans l’armement militaire et la technologie spatiale.

Or, l’artiste utilise cette teinte dans son art depuis 2014 et en ce début 2016, il a eu l’idée d’en acheter les droits… provoquant par-là l’ire des autres artistes qui ne pourront à présent plus utiliser cette couleur sans verser des royalties à Kapoor. Ainsi le peintre britannique Christian Furr a-t-il déclaré au Daily Mail qu’il est « injuste qu’une couleur appartienne à un seul homme » et que les autres artistes devraient « pouvoir l’utiliser également ». L’artiste avait en effet l’intention de l’utiliser pour une série d’œuvres, mais ça, c’était avant de se faire griller la politesse. Pas sûr que Kapoor l’entende de cette oreille, d’autant que Surrey Nanosystems a récemment enfoncé le clou, confirmant que seul Kapoor peut peindre avec leur incroyable « Vantablack ».

Anish Kapoor's Exhibition At Palace Of Versailles

Anish Kapoor à Versailles, en 2015 © Chesnot – Getty Images

Paint it black

Toujours dans ses déclarations rapportées par le Daily Mail, Christian Furr visiblement remonté, explique qu’il n’a  « jamais entendu parler d’un artiste monopolisant littéralement une matière. » Pourtant, des précédents existent bel et bien et des artistes ont déjà établi un lien si fort avec une couleur particulière que leur nom y a été attaché. De fait en 1960, le peintre Yves Klein a déposé un brevet sur son fameux « Bleu Klein », une teinte profonde et mate de bleu qu’il a créée dans son atelier parisien et qu’il a utilisée dans une non moins célèbre série de peintures bleues monochromes. C’est de ce même bleu qu’il a recouvert des femmes nues, avant de les laisser s’allonger sur un support qui allait recevoir la marque laissée par leur silhouette couverte de peinture.

Cependant, sous prétexte que Kapoor explore des matières et couleurs uniques en leur genre depuis le début de sa carrière, et du fait qu’il utilise le « Vantablack » depuis 2014, ce soudain placement de monopole est-il justifié ? Certains y voient une opération de communication de la part de Surrey Nanosystems, qui associe ses recherches scientifiques à un nom très populaire du milieu de l’art. Kapoor, qui a toujours apprécié les couleurs profondes, sombres et mystérieuses, est donc la personnalité idéale aux yeux du laboratoire pour exploiter leur teinte dans sa pratique artistique. D’autres y décèlent un énième coup de pub de la part de Kapoor pour faire parler de son travail, lui qui déclare pourtant ne pas chercher la polémique.

bleu klein

Le fameux « bleu Klein » © Wikimedia Commons

Les autres artistes voient rouge

Un artiste peut donc, manifestement, tomber amoureux de la couleur, tandis que certaines rendaient fous d’autres peintres. Littéralement. Comme le tristement célèbre vert de Scheele (du nom de son inventeur Carl Wilhelm Scheele), dont la fabrication requerrait l’utilisation d’arsenic et se trouve donc à l’origine de nombreux empoisonnements. Si on remonte un peu plus dans le temps, on constate que les artistes étaient prêts à payer des sommes folles pour obtenir du lapis-lazuli (dont on tirait le pigment outremer), dont le principal gisement se trouve en Afghanistan. D’où le prix faramineux auquel il se monnayait, dépassant parfois même la valeur de l’or.

En attendant, la décision du très controversé Kapoor de s’octroyer le monopole du « Vantablack » ne fait, on le devine, pas que des heureux. Emboîtant le pas à Christian Furr, l’artiste anglais Shanti Pachal est également monté aux créneaux, qualifiant cette acquisition d’absurde et arguant que dans le monde de l’art, personne ne devrait avoir le monopole sur quoi que ce soit (comme rapporté par News Artnet). En tout cas, nous serions curieux d’avoir le regard de Pierre Soulages sur la question…

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