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À La Haye, un terroriste jugé pour avoir ordonné la destruction des mausolées de Tombouctou

Agathe Lautréamont 1 mars 2016

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C’est un procès inédit qui s’annonce pour la Cour Pénale Internationale. Pour la première fois, le tribunal de La Haye, aux Pays-Bas, s’apprête à tenir une audience pour « destruction culturelle ». Ahmad Al Mahdi Al Faqi, une des têtes pensantes du groupe terroriste malien Ansar Dine, est jugé à partir d’aujourd’hui pour avoir ordonné la destruction des mausolées de Tombouctou.

mausolées 2010

Un des mausolées de Tombouctou, en 2010 © AFP

C’est une première pour le tribunal installé à La Haye depuis l’établissement du Statut du Rome, le 1er juillet 2002. En temps normal chargée de juger des personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre, la CPI va traiter pour la première fois de la destruction d’héritage culturel. C’est dans ce cadre que comparaît ce mardi 1er mars le terroriste Ahmad Al Mahdi Al Faqi, un ancien enseignant malien ayant fait allégeance au groupe extrémiste Ansar Dine (rallié à AQMI, Al Qaida au Maghreb Islamique).

Ce dernier est accusé d’avoir  ordonné la démolition de neuf mausolées de Tombouctou et de la mosquée Sidi Yahia, érigée au XVe siècle dans le nord du Mali. En sus, Al Faqi est soupçonné d’avoir été à la tête d’une « police religieuse » appelée Hesbah, qui se chargeait de faire respecter la charia en terrorisant la population durant la guerre du Mali entre 2012 et 2013.

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Ahmad Al Mahdi Al Faqi, en 2015 © SIPA Press

Celui qui se présente comme un simple enseignant à Tombouctou aurait donc activement participé à la destruction du patrimoine religieux malien, en choisissant de raser des sanctuaires médiévaux, des mausolées de saints vénérés par la branche de l’Islam appelée soufisme ainsi que la mosquée Sidi Yahia construite en 1440. Tous ces monuments inestimables figuraient sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO et constituaient la richesse de Tombouctou, surnommée la ville des 333 saints. Hélas, ces trésors ont été considérés comme hérétiques par les extrémistes d’Ansar Dine. Des craintes s’étaient alors élevées au sujet des manuscrits de Tombouctou.

Cet ensemble de textes séculaires, dont une partie était conservée au centre culturel malien Ahmed Baba, a été grandement menacé par la prise de contrôle de la ville par les terroristes. Entre 2012 et 2013, des déclarations contradictoires ont affirmé qu’ils avaient été détruits, perdus ou encore brûlés lors d’incendies volontaires des bibliothèques. D’autres déclarations (en particulier celle d’un ancien conseiller du président de l’époque Amadou Toumani Touré) affirment au contraire que les documents avaient été placés en lieu sûr avant l’arrivée des extrémistes dans la ville.

Un manuscrit au Centre Juma Al Majid, en 2010 © Andrea Borgarello – Getty Images

Aujourd’hui, l’UNESCO a permis de reconstruire à l’identique les mausolées de Tombouctou. Mais Fatou Bensouda, avocate gambienne et procureure générale de la Cour Pénale Internationale, a estimé que les exactions commises durant la guerre du Mali constituent un crime de guerre. Les souffrances imposées à la population, l’extrême violence des djihadistes et la destruction méthodique de l’héritage culturel seront donc des accusations auxquelles devra répondre Ahmad Al Mahdi Al Faqi, comme le rend possible le Statut de Rome (qui définit la juridiction de la Cour Pénale Internationale). Le tribunal espère que ce jugement servira de moyen de dissuasion, étant donné que jusqu’à aujourd’hui, peu de chefs de guerre ont été traînés en justice pour avoir détruit le patrimoine. La peine maximale encourue est de 30 ans de prison.

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